Depuis février dernier et la quasi- certitude que le virus toucherait des centaines de milliers de personnes, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le serine sur tous les tons : " Test, test, test ". Mais la Belgique ne le fait pas. Mi-mars, alors que le lockdown gèle le pays, le ministre Philippe De Backer est appelé à la rescousse de Maggie De Block, la ministre de la Santé, manifestement dépassée, pour assurer " l'intendance ". Cela comprend les masques, le tracing, les tests, et inclus les machines et les réactifs nécessaires pour les faire fonctionner. Il promet 60 000, voire 100 000 tests par jour pour endiguer la vague qui submerge la Belgique.
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Depuis février dernier et la quasi- certitude que le virus toucherait des centaines de milliers de personnes, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le serine sur tous les tons : " Test, test, test ". Mais la Belgique ne le fait pas. Mi-mars, alors que le lockdown gèle le pays, le ministre Philippe De Backer est appelé à la rescousse de Maggie De Block, la ministre de la Santé, manifestement dépassée, pour assurer " l'intendance ". Cela comprend les masques, le tracing, les tests, et inclus les machines et les réactifs nécessaires pour les faire fonctionner. Il promet 60 000, voire 100 000 tests par jour pour endiguer la vague qui submerge la Belgique. " Au meilleur moment, sa construction, basée sur une association avec l'industrie pharmaceutique, n'a atteint que 15 000 tests par jour. Le seuil de 25 000 tests, qui associe la plateforme nationale de dépistage et les labos de biologie clinique ne sera dépassé qu'à une seule reprise ", ne décolère pas le professeur Frédéric Cotton, chef de service de chimie médicale du Laboratoire universitaire de Bruxelles (LHUB-ULB), le plus gros labo du pays, furieux qu'on n'ait pas appelé les labos à collaborer à cette " capacité de guerre ", comme cela a pourtant été fait en Allemagne, en Autriche ou en France. Paradoxe : nous connaissons actuellement donc des pénuries de tests à des endroits cruciaux, là où le virus flambe à nouveau, à Anvers d'abord, à Bruxelles ensuite. Des tests dont les résultats devraient tomber dans la journée sont mis en attente durant une semaine, ce qui en rend leur efficacité quasi nulle. Le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron annonce que " de nouveaux centres de tests vont ouvrir à l'hôpital Saint-Luc et à l'hôpital Saint-Pierre, que les centres de tests actuels vont accroître leurs capacités. Au total, dans les prochains jours, on augmentera de 60% les capacités de testing à Bruxelles ". En réalité, la capacité de testing dans la capitale ne dépasse pas actuellement 2 500 tests par jour. " C'est le quart de ce qui serait nécessaire ", soupire un expert rompu à la gestion de pandémie.D'ici à septembre, le ministre "espère atteindre 5 000 tests par jour". A Anvers, le bourgmestre Bart De Wever, lui, adopte une "attitude Trump", laissant croire à tort que c'est parce qu'on teste davantage qu'on y décèle un taux record d'infections. Le moins que l'on puisse écrire est qu'il n'y a pas de consensus sur le fait que le testing généralisé constitue un rempart efficace contre une deuxième vague. " Il n'y a aucune volonté politique de mettre en place les ressources pour élargir le testing dans les collectivités et les zones à risque ", relève le professeur Yves Coppieters, épidémiologiste à l'ULB. " Même le groupe d'experts du gouvernement n'en est pas convaincu. Pourtant, si on ne pratique pas de tests massifs, on va perdre le fil des transmissions. Au lieu d'être cantonnée à des clusters, la pandémie va se généraliser. En septembre, on risque de se retrouver dans la même situation qu'en mars. "Pour l'ancien porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 Emmanuel André, "il est temps de changer de stratégie sur la capacité de testing. L'élargissement des capacités des laboratoires cliniques a démarré mais n'a pas encore atteint les capacités nécessaires. Et cela n'arrivera pas dans les prochaines semaines." Aujourd'hui, les tests biologiques qui établissent le diagnostic de l'infection reposent sur l'identification du matériel génétique du virus dans les sécrétions du nez et du pharynx : ce sont les tests dits PCR. " La mise en oeuvre de ces tests est loin d'être facile. La première étape, le frottis effectué à l'aide d'un écouvillon, nécessite déjà la plus grande attention. Manoeuvre désagréable pour le sujet testé, elle doit être pratiquée selon une technique précise par du personnel entraîné. L'échantillon est ensuite acheminé au laboratoire où il fait l'objet de plusieurs traitements délicats nécessitant différents réactifs et appareillages et une expertise technique. Cela explique les discordances entre les tests théoriquement disponibles et effectivement réalisés ", souligne le professeur Michel Goldman, immunologiste et directeur de l'Institut I3h (ULB) qui promeut l'innovation en santé par l'interdisciplinarité. " S'y ajoutent des lourdeurs administratives et des retards dans la transmission des résultats. Actuellement, ce sont essentiellement des problèmes de logistique et d'organisation qui engendrent les files d'attente pour se faire tester et les retards - souvent de plusieurs jours - dans l'obtention des résultats. Ces ralentissements sont très dommageables puisqu'ils retardent d'autant le contact tracing qui permet de casser la chaîne de transmission du virus. Le défaut de coordination est patent. " Un élément essentiel souvent négligé : le test PCR est négatif à tort dans un tiers des cas. " Ces faux négatifs sont liés à la nature même des tests qui comportent plusieurs étapes délicates, à commencer par celle du frottis. De plus, ces tests ne deviennent positifs que quelques jours après contamination. Pour ces raisons, il est important de répéter le test PCR si la suspicion clinique est élevée (par exemple en cas de perte du goût ou de l'odorat, ou de pneumonie rapidement évolutive) ou chez des contacts à haut risque qui doivent être libérés de la quatorzaine le plus rapidement possible (personnel de santé) ", insiste le professeur Goldman. Les supercontaminateurs sont en général atteints de formes légères du Covid-19 ou sont même tout à fait asymptomatiques. Des études montrent que certains d'entre eux contaminent jusqu'à 70 personnes. En fait, ce sont des malades qui s'ignorent : c'est pour cette raison d'ailleurs qu'ils gardent une vie sociale active avec de multiples contacts qu'ils contaminent parfois en quelques heures. Il est donc capital de les repérer le plus rapidement possible. C'est le but des campagnes de dépistage massif dans les zones où des foyers surgissent. " Idéalement, des tests gratuits devraient être proposés à toute la population qui fréquente ces zones. La Belgique n'a franchement pas été performante à cet égard, malgré les recommandations de l'OMS et de la Commission européenne ", affirme le professeur Goldman. " Un des arguments avancés pour justifier l'attitude belge, c'est qu'un test négatif aujourd'hui peut devenir positif quelques jours plus tard, en fonction du moment de la contamination. Cet argument ne tient pas : ce n'est pas parce que certains cas vont échapper au dépistage qu'il ne faut pas tout faire pour identifier les supercontaminateurs qui peuvent l'être. J'imagine que ce sont en réalité les obstacles logistiques et aussi les difficultés à accorder les différentes instances décisionnelles qui expliquent l'absence de dépistage massif dans notre pays. Pourtant, des solutions existent, par exemple en incluant plusieurs échantillons dans le même test, comme cela est réalisé dans d'autres pays. " Des moyens considérables sont actuellement mis en oeuvre pour développer des tests beaucoup plus faciles à déployer à large échelle. " Je pense notamment aux tests permettant de détecter le virus dans la salive par des techniques ultrarapides. Les technologies sont pratiquement prêtes mais elles doivent encore faire l'objet de validations rigoureuses ", met en garde le professeur Goldman. " C'est essentiel pour endiguer l'épidémie non seulement dans nos pays mais aussi, et surtout, dans les pays pauvres qui ne disposent pas des réactifs et équipements nécessaires pour les tests de première génération. C'est l'organisme international Find qui centralise l'évaluation de ces tests avant leur commercialisation. Ainsi, il est très probable que l'on voie arriver sur le marché des tests qu'il sera possible de réaliser soi-même avant de les faire confirmer dans un laboratoire de biologie clinique en cas de positivité. Je sais que les autorités de santé et les médecins-biologistes sont souvent très réticents en argumentant des mauvaises interprétations de ces tests réalisés par les consommateurs eux-mêmes, mais le mouvement me paraît inexorable. " Il faut bien comprendre que ces tests sérologiques ne détectent pas la présence du virus mais permettent de certifier une infection antérieure, cependant impossible à dater. Par la mise en évidence d'anticorps, ils démontrent que le système immunitaire a réagi au virus. Ils ont l'avantage d'être simples à réaliser : ils ne nécessitent pas de nouveaux équipements et le personnel des laboratoires est rompu à leur utilisation. Il a cependant fallu assurer l'approvisionnement en réactifs, ce qui a nécessité d'intenses campagnes d'achats à l'international et des négociations commerciales difficiles qui ont été menées à terme par les autorités gouvernementales, même si le prix payé reste sujet à controverse." La difficulté, c'est que ces tests sérologiques ne dosent pas tous les mêmes anticorps, ce qui rend les comparaisons extrêmement compliquées. Tout cela alors qu'il existe encore une grande incertitude sur la capacité des différents types d'anticorps à protéger d'une nouvelle infection ", nuance le professeur Goldman. Aujourd'hui, les tests sérologiques ont deux rôles principaux. Le premier, " rattraper " un diagnostic qui n'a pu être établi par un test PCR. " C'est particulièrement important pour les patients qui n'ont pu bénéficier d'un test PCR au moment où l'épidémie faisait rage. Il est essentiel d'établir formellement qu'ils ont bien été infectés car on sait que des complications à long terme peuvent survenir ", signale le directeur de l'Institut I3h. " La documentation de l'infection par un test sérologique peut aussi être importante pour des raisons médico-légales chez les personnes qui ont été exposées au virus via leur profession. L'autre rôle, ce sont les campagnes de dépistage visant à établir la circulation du virus dans un environnement donné. "Ajoutons que les tests sérologiques sont essentiels pour le suivi des sujets enrôlés dans les essais vaccinaux : ils permettent de vérifier que le candidat au vaccin induit bien la production d'anticorps. Les tests rapides sont possibles sur une goutte de sang que l'on fait sourdre par piqûre au bout d'un doigt. Ils sont proposés aujourd'hui dans les pharmacies françaises où ils sont effectués sur place en quelques minutes. " Si la fiabilité de ces tests est moindre que celle des tests sanguins classiques, leur qualité est suffisante pour repérer la plupart des sujets séropositifs ", jauge le professeur Goldman. C'est le cas de celui développé par la firme wallonne Zentech. " Ces tests ont particulièrement utiles dans les pays qui ne disposent pas de laboratoires de biologie clinique en suffisance. Chez nous, ils pourraient certainement être déployés pour des études de masse visant à établir le degré d'immunisation dans la population. C'est dans ce but que des tests de ce type viennent d'être approuvés aux Etats-Unis par la Food and Drug Administration. Ils permettent aussi de fournir un élément de réponse aux personnes craignant d'avoir été infectées. On ne peut que regretter l'incohérence des autorités dans notre pays. Après avoir demandé à la firme Zentech de mettre à disposition de la Belgique plusieurs millions de tests rapides, aucune directive n'a été fournie sur leur utilisation. Cela dit, là aussi, l'évolution vers des tests que chacun pourra réaliser soi-même, à l'instar des tests rapides sida, me semble inexorable ", analyse le professeur Goldman. " Aucun test n'est parfait. Il faut choisir en fonction de la réponse que l'on souhaite avoir et bien connaître aussi les limites de chaque test. Le test Zentech permet la détection d'anticorps, il devient très performant surtout à partir du 14e jour à dater du début de symptômes. Ce type de test permet donc de voir si l'on a été en contact ou pas avec le Sars-CoV-2 ", conclut Leïla Belkhir, infectiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc (UCLouvain). " Ils ne sont pas utiles pour poser un diagnostic au moment de l'apparition des symptômes à la différence des tests PCR. " Ce type de test peut aussi être utile pour des études de séro- prévalence dans des zones déterminées (hôpital, collectivité, etc.).