Lancée par l'ASBL "Touche pas à ma pote" et Bianca Debaets, secrétaire d'État en charge de l'Égalité des chances, l'application permet de donner la parole aux victimes et d'encourager la solidarité. En notifiant l'intimidation sexuelle ou sexiste sur une carte, elle permet d'alerter les personnes membres de la communauté qui se trouvent à proximité.
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Lancée par l'ASBL "Touche pas à ma pote" et Bianca Debaets, secrétaire d'État en charge de l'Égalité des chances, l'application permet de donner la parole aux victimes et d'encourager la solidarité. En notifiant l'intimidation sexuelle ou sexiste sur une carte, elle permet d'alerter les personnes membres de la communauté qui se trouvent à proximité.De nombreuses femmes sont affectées par le problème du harcèlement de rue : se faire insulter, se faire suivre, contacts physiques non souhaités... Pour beaucoup, le sentiment d'insécurité dans les espaces publics est fort. "Ce n'est pas anecdotique, c'est un réel problème qui peut avoir des conséquences durables sur la vie des femmes, mais aussi des hommes", souligne Bianca Debaets. "L'espace public est hostile pour les femmes". C'est une problématique urbaine que l'on perçoit à Bruxelles comme dans la majorité des grandes villes. Et face à ce phénomène, "ce n'est jamais à la victime de changer son comportement ou ses tenues", insiste la secrétaire d'État.Les derniers chiffres, dévoilés ce mardi, annoncent que 86% des femmes ont déjà été victimes au moins une fois d'intimidation sexuelle. Parmi celles-ci, 34% témoignent en subir toujours les conséquences : éviter certains endroits, subir des cauchemars, souffrir d'anxiété et d'un sentiment de vulnérabilité, etc.Issues d'une étude récente relative à la violence faite aux femmes réalisée par l'UGent, ces données montrent que 22% des femmes ne racontent pas les évènements les plus graves, et seulement 3,6% ont porté plainte. "Il faut inciter plus de gens à porter plainte", exhorte Bianca Debaets. "Il y en a trop peu qui portent plainte. On a dû attendre quatre ans avant la première condamnation" [suite à la loi relative à la lutte contre le sexisme]. Le coupable a dû payer la somme de 3.000€. "J'espère que cela va faire réfléchir les auteurs éventuels". L'application "Touche pas à ma pote" fonctionne grâce à la géolocalisation. Vous pouvez ainsi témoigner et lancer une alerte en direct, en tant que victime ou en tant que témoin et indiquer le lieu où cela s'est produit. Dans les espaces et transports publics, le message peut être écrit ou parlé. "On peut enregistrer son message, car on n'a pas forcément la force d'écrire à ce moment-là parce qu'on peut être choquée", ajoute Alma Guiaro, créatrice de l'application. Ensuite, les "potes" qui se trouvent aux alentours reçoivent un signalement sur leur smartphone et peuvent alors envoyer un message à la victime ou aller à se rencontre, pour discuter, proposer son aide, boire un café. Apporter une oreille attentive et une présence pour soulager la victime d'intimidation sexuelle ou sexiste. "C'est vraiment le but de l'application : créer une communauté de soutien et de solidarité", explique Pauline Pourtois, coordinatrice. L'application n'est pas une solution miracle pour lutter contre l'intimidation en rue. Mais les données enregistrées sur l'appli seront utiles pour avancer dans ce combat. "On sait que c'est un phénomène important, mais on ne sait pas exactement où, dans quel quartier, à quel moment", développe Bianca Debaets. En rassemblant les données, la police pourra donc renforcer sa présence en rue là où cela semble davantage nécessaire. Les policiers sont également désormais mieux formés au traitement des plaintes de ce type: "C'est important aussi qu'une plainte pour agression ou intimidation sexuelles, mais aussi homophobie, soit reçue correctement. Qu'on ne vous dise pas "mais mademoiselle, vous savez avec une petite jupe comme ça ..." ou "oui, mais vous savez, quand vous vous baladez main dans la main avec votre homme, vous l'avez cherché vous-même". Ça ne va pas du tout. Tout le monde a droit à son identité."L'application est basée sur le modèle français "Handsaway" d'Alma Guirao. Utilisée à Paris depuis un an, elle compte plus de 11.000 inscrits. "On a eu plus de 10.000 alertes. C'est quand même assez important. On sait très bien qu'il faut passer le cap pour pouvoir témoigner, et on sait que ce n'est pas encore complètement représentatif, parce que des agressions sexuelles et sexistes il y en a plus que 10.000 par an", explique Alma Guirao. "Mais c'est déjà un pas. Déjà dire qu'il y a un outil numérique, que vous pouvez témoigner de façon anonyme et passer par cette phase de solidarité citoyenne, pour nous c'est primordial. "Parmi les volontaires français, 30% sont des hommes. "C'est aussi un appel à la solidarité masculine", précise Bianca Debaets. "C'est un combat que nous, les femmes, on ne pourra pas gagner seules". Oriane Renette.