Les services du médiateur flamand ont interrogé des professionnels, des résidents et des membres des familles. Presque tous évoquent le chaos, un mot qui ne couvrirait parfois même pas la réalité, plus proche de la "guerre" ou de "temps atroces". "J'ai eu connaissance de gens qui rangeaient de la nourriture dans leurs poches ou leur armoire parce qu'ils pensaient devoir se rationner car une guerre allait éclater", dit un collaborateur. La façon de réagir à ce chaos a ressemblé, selon plusieurs témoins, à un "football-panique": des réactions dictées davantage par l'émotion que par des décisions réfléchies sur la base de directives claires. Et pour certains, les directives, par exemple à propos du matériel de protection, ont été dictées par la disponibilité de ce matériel plutôt que par des évidences scientifiques. Ainsi, au vu des consignes changeantes, des soignants se sont aperçus des erreurs qu'ils avaient commises. "C'était le chaos, nous travaillions avec les mêmes vêtements auprès des personnes contaminées et non contaminées", rapporte l'un d'eux. Cette situation a eu des répercussions dans les contacts avec les résidents et leur famille. "Nous ne pouvions pas dire au monde extérieur qu'il y avait des cas de covid pour ne pas avoir mauvaise réputation", ajoute un autre. Les témoins ne sont pas tendres avec les dirigeants politiques. "S'il y a une inondation, ils sont là avec leurs bottes dans la flotte. Mais ici, je n'ai vu aucun politique", explique un directeur. Un fils accuse: "On a tout simplement oublié les vieux et les établissements dans lesquels ils vivent. On en a parlé parce qu'il y a eu des milliers de morts". Le rapport mentionne différents témoignages sur la situation derrière le huis-clos des maisons de repos. "Regardez ma mère. En peu de temps, elle est devenue une plante attachée dans son fauteuil roulant. Elle ne reconnaît plus personne et ne peut plus marcher ni parler", dit un fils. "Il n'y a pas pu avoir de visite, sauf en cas de sédation palliative: deux personnes pouvaient rester pendant une demi-heure, la personne n'était pas encore morte mais il y avait déjà un sac mortuaire sous elle, comme ça on pouvait le fermer tout de suite et ne pas risquer de propager la contamination. Le résident savait qu'il était tout seul et mourant, et se sentait tout seul. Cela a été pour moi un moment très difficile", relate un soignant. Même si l'épidémie reflue, l'épuisement du personnel demeure et celui-ci a peu de possibilités de récupérer. "La situation est plus calme maintenant mais nous restons blessés psychiquement", avoue une infirmière. Beaucoup de témoignages ont été recueillis à la fin juin lorsque le personnel a appris que le parlement flamand rejetait la proposition d'octroi d'une prime de 300 euros. Beaucoup se sont dits touchés. (Belga)

Les services du médiateur flamand ont interrogé des professionnels, des résidents et des membres des familles. Presque tous évoquent le chaos, un mot qui ne couvrirait parfois même pas la réalité, plus proche de la "guerre" ou de "temps atroces". "J'ai eu connaissance de gens qui rangeaient de la nourriture dans leurs poches ou leur armoire parce qu'ils pensaient devoir se rationner car une guerre allait éclater", dit un collaborateur. La façon de réagir à ce chaos a ressemblé, selon plusieurs témoins, à un "football-panique": des réactions dictées davantage par l'émotion que par des décisions réfléchies sur la base de directives claires. Et pour certains, les directives, par exemple à propos du matériel de protection, ont été dictées par la disponibilité de ce matériel plutôt que par des évidences scientifiques. Ainsi, au vu des consignes changeantes, des soignants se sont aperçus des erreurs qu'ils avaient commises. "C'était le chaos, nous travaillions avec les mêmes vêtements auprès des personnes contaminées et non contaminées", rapporte l'un d'eux. Cette situation a eu des répercussions dans les contacts avec les résidents et leur famille. "Nous ne pouvions pas dire au monde extérieur qu'il y avait des cas de covid pour ne pas avoir mauvaise réputation", ajoute un autre. Les témoins ne sont pas tendres avec les dirigeants politiques. "S'il y a une inondation, ils sont là avec leurs bottes dans la flotte. Mais ici, je n'ai vu aucun politique", explique un directeur. Un fils accuse: "On a tout simplement oublié les vieux et les établissements dans lesquels ils vivent. On en a parlé parce qu'il y a eu des milliers de morts". Le rapport mentionne différents témoignages sur la situation derrière le huis-clos des maisons de repos. "Regardez ma mère. En peu de temps, elle est devenue une plante attachée dans son fauteuil roulant. Elle ne reconnaît plus personne et ne peut plus marcher ni parler", dit un fils. "Il n'y a pas pu avoir de visite, sauf en cas de sédation palliative: deux personnes pouvaient rester pendant une demi-heure, la personne n'était pas encore morte mais il y avait déjà un sac mortuaire sous elle, comme ça on pouvait le fermer tout de suite et ne pas risquer de propager la contamination. Le résident savait qu'il était tout seul et mourant, et se sentait tout seul. Cela a été pour moi un moment très difficile", relate un soignant. Même si l'épidémie reflue, l'épuisement du personnel demeure et celui-ci a peu de possibilités de récupérer. "La situation est plus calme maintenant mais nous restons blessés psychiquement", avoue une infirmière. Beaucoup de témoignages ont été recueillis à la fin juin lorsque le personnel a appris que le parlement flamand rejetait la proposition d'octroi d'une prime de 300 euros. Beaucoup se sont dits touchés. (Belga)