Jonathan Collin était employé de maintenance chez GlaxoSmithKline, depuis une année. Le 4 août 2015, à 16 h 45, il vient de terminer son travail et se dirige vers sa voiture, l'esprit libre. Il est enfin en vacances. Mais il n'atteindra jamais le parking du site GSK de Rixensart. Lorsqu'il passe à côté du bâtiment RX06 qui abrite trois vieilles chaudières industrielles à vapeur, l'une d'elles explose. La déflagration est tellement forte qu'elle arrache la porte métallique du RX06 de ses gonds. Jonathan est soufflé, projeté à douze mètres de hauteur. Brûlé au deuxième degré sur tout le corps, il décédera deux heures plus tard à la clinique Saint-Pierre d'Ottignies, d'" une insuffisance respiratoire due à l'explosion ", selon le rapport légiste. Deux autres employés ont également été blessés.
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Jonathan Collin était employé de maintenance chez GlaxoSmithKline, depuis une année. Le 4 août 2015, à 16 h 45, il vient de terminer son travail et se dirige vers sa voiture, l'esprit libre. Il est enfin en vacances. Mais il n'atteindra jamais le parking du site GSK de Rixensart. Lorsqu'il passe à côté du bâtiment RX06 qui abrite trois vieilles chaudières industrielles à vapeur, l'une d'elles explose. La déflagration est tellement forte qu'elle arrache la porte métallique du RX06 de ses gonds. Jonathan est soufflé, projeté à douze mètres de hauteur. Brûlé au deuxième degré sur tout le corps, il décédera deux heures plus tard à la clinique Saint-Pierre d'Ottignies, d'" une insuffisance respiratoire due à l'explosion ", selon le rapport légiste. Deux autres employés ont également été blessés. Ce jour-là, on a sans doute évité un drame plus grave encore. Si les murs séparant les chaudières du bâtiment RX06 n'avaient pas résisté (il aurait suffi d'une fissure), la déflagration aurait été bien plus dévastatrice. Quant au bâtiment en face du RX06, dont toutes les fenêtres ont volé en éclats, il était heureusement en réfection et donc inoccupé. Aujourd'hui, après l'enquête de l'auditorat du travail du Brabant wallon, GSK doit répondre de la prévention d'homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution, devant le tribunal correctionnel de Nivelles. Les plaidoiries débuteront le 4 juin. Pour la multinationale, l'enjeu est de taille. Elle risque, selon les conclusions développées par ses propres avocats, de se voir exclue des marchés publics, dans plusieurs pays à cheval sur la gouvernance, en cas de condamnation pénale. Les Etats-Unis pourraient en faire partie. Or, GSK est très active dans le secteur des vaccins, qui est dépendant des marchés publics... L'expertise judiciaire a déterminé que l'explosion était due à un manque d'eau dans la chaudière. Explication : pour stériliser le matériel lié à la production de vaccins, GSK utilise de puissantes chaudières à vapeur. A l'époque, le site de Rixensart en comptait dix-neuf. La n° 8, celle qui a explosé, est une des premières à avoir été installées, en 1982, dans le bâtiment RX06. Elle pouvait contenir plus de 20 000 litres d'eau et 8 500 litres de vapeur produite grâce à un brûleur chauffant des tubes-foyer en acier. Lesquels doivent rester immergés perpétuellement dans l'eau qui a un effet régulateur sur leur température très élevée. Sinon, ils peuvent se " plastifier ", se déchirer et faire exploser la chaudière, en transformant instantanément l'eau restante en vapeur. C'est ce qui s'est passé en 2015. Dans sa citation directe du 7 août 2018, l'auditorat du travail explique le manque d'eau par une série de défaillances de sécurité, dont trois principales. 1. Le régulateur de la vanne d'alimentation en eau n'était pas en mode automatique, comme cela aurait dû l'être pour assurer le remplissage régulier de la chaudière, mais en mode manuel, ce qui a entraîné la carence en eau. 2. Laquelle aurait dû être détectée, mais le principal dispositif de sécurité (appelé Stegu), qui, via un système de flotteur sophistiqué, arrête le brûleur et déclenche une alarme lorsque le niveau d'eau est trop bas, n'a pas fonctionné. Il était pourtant doublé. Mais le premier (Stegu 1) avait été mis hors service par des techniciens de GSK moins d'un mois avant l'explosion, car son flotteur était percé, ce qui déclenchait l'alarme de manière intempestive, et le second (Stegu 2), prévu en cas de défaillance du premier, n'a rien déclenché le jour de l'accident. Il n'était visiblement pas opérationnel. 3. La chaudière était, en outre, équipée de deux " regards " permettant de visualiser le niveau d'eau. Ceux-ci étaient également défectueux, l'un d'eux au moins ayant été volontairement isolé un mois avant l'explosion. L'auditeur constate ainsi qu'à partir de début juillet 2015, GSK a laissé fonctionner une chaudière qui ne répondait plus aux normes réglementaires, " ce qui mettait la sécurité des travailleurs en danger ". Il ajoute, en s'appuyant sur l'expertise judiciaire, que le cahier des pauses des opérateurs de GSK ne contenait pas les résultats de contrôles des sécurités de niveau d'eau. Impossible dès lors d'établir si ceux-ci étaient bien réalisés tous les jours. Par ailleurs, les instructions concernant les dispositifs de sécurité des chaudières ainsi que la manière de gérer d'éventuels incidents techniques (qui fait quoi dans quel délai ?) n'était pas clairs au sein du personnel et de la hiérarchie de GSK. Dans ses conclusions, la famille Collin, qui s'est constituée partie civile, enfonce le clou. Elle pointe une série de négligences, visant à démontrer que GSK se comportait de manière légère avec la sécurité de ses installations, en tout cas dans les mois qui ont précédé la mort de Jonathan. De son côté, GSK va tenter de convaincre le tribunal correctionnel de son absence de responsabilité pénale dans l'accident du 4 août 2015. En réfutant les accusations de négligence en matière de sécurité. " Les techniciens de GSK effectuaient bel et bien un tour de contrôle de la chaudière n °8 à chaque pause ", lit-on dans les conclusions de ses avocats. Ou encore : " Des fiches blanches visibles indiquaient que le regard de niveau d'eau était non opérationnel. " Pour GSK, les expertises judiciaires se contredisent sur le fonctionnement du dispositif de sécurité Stegu 2. Quant au Stegu 1, la hiérarchie n'était tout simplement pas au courant de sa mise hors service, elle ne l'aurait jamais accepté. La multinationale souligne, par ailleurs, l'implication de la société sous-traitante qui gérait la maintenance des chaudières et dont un technicien est intervenu sur la n° 8, une heure avant l'explosion. Elle conteste toute pression exercée sur celui-ci. L'enquête n'a pas pu déterminer qui a laissé la vanne de régulation d'eau en mode manuel. Le technicien externe (il a affirmé le contraire aux enquêteurs) ? Un employé de GSK ? La firme pharmaceutique assure qu'elle n'a jamais voulu faire d'économie en matière de sécurité, contrairement à ce que les parties civiles insinuent. Elle en veut pour preuve son projet, existant déjà en 2015, d'investir dans une nouvelle centrale énergétique, dans le but notamment de remplacer les chaudières du RX06. " L'absence d'investissements supplémentaires concernant la chaudière n° 8, en vue du phase-out de celle-ci au 31 août 2015, cadrait par conséquent dans un projet plus général d'investissement ", lit-on dans les conclusions de GSK. Convaincant ? Le tribunal tranchera.