Charles Kupperman, qui fut jusqu'en septembre l'adjoint du conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, avait saisi la justice vendredi, se disant pris en tenaille entre le Congrès et la Maison Blanche, qui lui a ordonné de refuser de témoigner. Il "fait face à des demandes irréconciliables des branches législatives et exécutives du gouvernement", selon un copie de sa plainte, qui demande à un juge fédéral de trancher au plus vite. Ce recours pourrait avoir des conséquences importantes pour l'enquête ouverte il y a un mois par l'opposition démocrate, qui cherche à établir si le président républicain a abusé de son pouvoir à des fins personnelles quand il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur son rival Joe Biden. La Maison Blanche dénonce une "chasse aux sorcières" et refuse de coopérer à ces investigations. Elle a intimé aux membres de l'administration (conseillers, diplomates, ministres...) de ne pas répondre aux injonctions des parlementaires, invoquant la nécessité de protéger le travail présidentiel et notamment la "confidentialité" des échanges avec son entourage. Malgré tout, neuf personnes ont déjà témoigné à huis clos devant des commissions de la Chambre des représentants, dont l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, qui avait manqué une première convocation avant de s'y plier. En revanche, plusieurs ministères et personnalités ont refusé de livrer des documents. Pour l'élu démocrate Adam Schiff, qui supervise l'enquête contre Donald Trump, ces blocages représentent une "entrave" à la bonne marche du Congrès et pourraient alimenter la mise en accusation du président ("impeachment") à la Chambre des représentants avant son procès au Sénat. Il a estimé lundi que le recours de M. Kupperman n'avait "pas de base légale" et pourrait également lui valoir des "poursuites pour entrave". Selon des médias américains, le conseiller a assisté à l'échange téléphonique du 25 juillet entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky au coeur de l'affaire. Mais il intéresse surtout les démocrates en raison de sa proximité avec John Bolton, un témoin de premier plan des efforts déployés par l'entourage de Donald Trump en Ukraine. Selon une de ses anciennes collaboratrices, John Bolton s'était alarmé des démarches engagées notamment par l'avocat personnel du président américain, Rudy Giuliani, pour pousser Kiev à salir Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump lors de la présidentielle de 2020. Adam Schiff a déclaré dimanche qu'il souhaitait entendre John Bolton, démis en septembre de ses fonctions. (Belga)