Dans le monde des affaires wallon, tous les regards sont tournés vers le 31 octobre. Ce jour-là, le Royaume-Uni quittera l'Union européenne, sauf retournement de situation spectaculaire et soudain. Selon une étude de l'IWEPS, l'office statistique du gouvernement wallon, un Brexit dur pourrait coûter plus de 5.000 emplois à l'économie wallonne. C'est quatre fois moins qu'en Flandre, mais pour une économie aussi stagnante que celle de la Wallonie, toute perte d'emploi sera encore plus douloureuse.

Le secteur alimentaire est l'un des secteurs qui risquent d'être le plus durement touchés par le Brexit. En Wallonie, elle est aussi constituée en grande partie de PME exportatrices. Arnaud Bonnel, directeur général de Food N'Joy, une pâtisserie de Dottignies qui emploie une trentaine de personnes, est l'un des rares managers qui osent exprimer leurs préoccupations. "Nous ressentons déjà les effets du Brexit", dit Bonnel. "Depuis le référendum sur le Brexit en 2016, les commandes sont en baisse, car nos clients sont dans l'incertitude à propos de l'avenir. De plus, nos produits sont devenus plus chers parce que la livre sterling s'est dépréciée".

Pour l'entreprise de Bonnel, le Royaume-Uni est le troisième marché le plus important, représentant 10% des ventes totales. Afin de maintenir ce chiffre d'affaires même après le retrait de l'UE, l'entreprise a pris un certain nombre de mesures pour assurer l'exportation. "En fin de compte, nous devrons chercher d'autres marchés", explique Bonnel. "Mais c'est un travail de longue haleine. De plus, les nouveaux marchés nécessitent du personnel spécialisé pour s'assurer que vous respectez toutes les règles. Tout cela prend énormément de temps."

Dans cette recherche d'alternatives, Bonnel souligne l'importance des accords de libre-échange. "Il est extrêmement utile que nous ayons enfin des accords de libre-échange avec le Canada et le Japon. J'ai trouvé incompréhensible que Paul Magnette (PS) tente depuis si longtemps de bloquer l'accord du CETA avec le Canada. Les entreprises wallonnes le réclament."

L'avenir de Food N'Joy restera incertain jusqu'au 31 octobre. Bonnel considère cette incertitude comme un véritable supplice. "C'est pire que le Brexit en lui-même. J'aurais préféré de loin que les Britanniques partent en mai. Au moins, on savait où on en était."