Organisé simultanément dans une soixantaine de pays, dont la Belgique, le scrutin se déroulera du 27 mars au 9 avril prochains, tandis qu'il est fixé au 16 avril en Turquie.

Alors que la révision constitutionnelle proposée par le Parti de la Justice et du Développement (AKP) - au pouvoir depuis plus de dix ans - déchaîne les passions en Turquie, ce sont les Turcs de la diaspora qui s'exprimeront les premiers sur l'élargissement des pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan, dont le parti veut "renforcer la stabilité de l'Etat", secoué l'année dernière par une vague d'attentats et une tentative de putsch manquée.

Selon les derniers sondages publiés en Turquie, le résultat s'annonce serré. Le camp des partisans à la réforme est toujours au coude à coude avec celui des opposants, qui dénoncent une dérive autoritaire.

Le clivage est tout aussi profond en Europe, où les dirigeants de l'ancienne puissance ottomane ont tenté de faire campagne en faveur du "oui" auprès de la diaspora turque d'Allemagne, des Pays-Bas et de France, notamment, déclenchant parfois l'ire de leurs homologues européens. "Les opinions sont plurielles. Il y a ceux qui soutiennent le président Erdogan de façon inconditionnelle, ceux qui sont satisfaits de son bilan mais se méfient de la transition vers un régime présidentiel, ou ceux encore qui y sont totalement opposés", souligne le chercheur à l'Institut des sciences politiques de l'UCL, Vincent Eiffling. Sans compter ceux qui ne se prononceront pas.

"Même s'il s'agit d'un référendum portant sur une modification de la Constitution, il est perçu comme un plébiscite par certains qui voteront 'oui' parce qu'ils soutiennent le gouvernement ou 'non' parce qu'ils s'y opposent", renchérit Seyma Gelen, analyste politique et chercheuse à l'ULB. Du reste, "les taux de oui, de non et d'abstention dépendront d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre", poursuit-elle, estimant que les positions de rejet adoptées par les pays européens face au gouvernement et au président turcs favoriseront la participation des citoyens pro-gouvernementaux et pro-Erdogan.

En Belgique, où de nombreux Turcs ont émigré comme travailleurs invités dans les secteurs du charbon et du textile dans les années 60, il est difficile de prédire l'issue du vote. Si l'on en croit les résultats des dernières élections législatives turques, tenues en juin 2015, les Belgo-Turcs qui s'étaient rendus aux urnes avaient largement plébiscité l'AKP en Flandre, et dans une moindre mesure à Bruxelles et en Wallonie. Le Parti de la Justice et du Développement avait alors obtenu 62,93% des voix en Belgique, avec un taux de participation de 35%.

"Beaucoup d'entre eux, lorsqu'ils voyagent en Turquie, constatent que le pays a énormément changé ces dernières années et attribuent cette évolution à M. Erdogan qui, d'un point de vue strictement économique, fait du bon travail", explique Vincent Eiffling. "Mais ce résultat tient aussi au fait que beaucoup s'informent principalement à travers les médias turcs, dont une large majorité est pro-Erdogan", poursuit-il, ajoutant qu'il s'agit d'un "problème sous-estimé en Europe".

Depuis le coup d'Etat manqué en Turquie, des dizaines de médias et d'associations ont été fermés sur ordre des autorités et de nombreux journalistes licenciés. "La plupart des médias turcs ne sont plus que l'écho des discours polarisants d'Erdogan, qui alimentent les tensions entre les membres de la communauté", affirme Hüseyin Çakmak, porte-parole de Fedactio, une fédération d'associations belgo-turques proches du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir ourdi la tentative de putsch du 15 juillet dernier.

Selon lui, si à l'approche du référendum aucun incident majeur n'a été constaté en Belgique, les attaques verbales envers les opposants à la réforme constitutionnelle sont toutefois bien réelles. "Elles se concentrent en langue turque sur les réseaux sociaux", précise-t-il.

D'après le consulat général de Turquie à Bruxelles, quelque 68.000 Turcs et Belgo-Turcs se sont inscrits en Belgique pour participer au scrutin. Le vote se déroulera à Bruxelles et Anvers.