Gouverner c'est prévoir, dit l'adage, mais tous les politiques n'en semblent pas capables. Prenez les pensions. Dans le monde industrialisé, la population vieillit et le taux de natalité est bas. Pour les deux développements, on a inventé des termes à la mode. Si ces développements démographiques sont connus depuis longtemps, le déficit de pension risque d'atteindre les 400 000 milliards de dollars d'ici 2050. C'est ce que révèle une étude du think tank international World Economic Forum (WEF) parue la semaine dernière. 400 000 milliards de dollars, c'est cinq fois plus que le produit intérieur brut (PIB) d'aujourd'hui. "Nous sommes à un moment charnière", a déclaré le directeur du WEF Michael Drexler. "Le sous-financement des pensions est...

Gouverner c'est prévoir, dit l'adage, mais tous les politiques n'en semblent pas capables. Prenez les pensions. Dans le monde industrialisé, la population vieillit et le taux de natalité est bas. Pour les deux développements, on a inventé des termes à la mode. Si ces développements démographiques sont connus depuis longtemps, le déficit de pension risque d'atteindre les 400 000 milliards de dollars d'ici 2050. C'est ce que révèle une étude du think tank international World Economic Forum (WEF) parue la semaine dernière. 400 000 milliards de dollars, c'est cinq fois plus que le produit intérieur brut (PIB) d'aujourd'hui. "Nous sommes à un moment charnière", a déclaré le directeur du WEF Michael Drexler. "Le sous-financement des pensions est le changement climatique de la sécurité sociale mondiale."Cette constatation vaut également pour la Belgique. Il y a quelques jours, Marcia De Wachter, directrice de la Banque Nationale, a analysé les problèmes principaux de notre société. " Ce qui m'inquiète le plus, c'est la grande déception qu'auront beaucoup de gens en voyant le montant peu élevé de leur pension légale. Le montant ne suffira pas à maintenir leur niveau de vie. Souvent, il ne suffira pas non plus à payer un séjour dans un centre de soins."En Belgique, le débat sur le vieillissement a démarré autour du tournant du siècle. En 2001, on a fondé le Comité d'étude sur le Vieillissement. Depuis, on n'a pourtant pas accumulé les réserves nécessaires pour combler les déficits prévus. Pourquoi ? "Ces dernières années, le vieillissement a été amplement analysé et documenté", écrit Theo Peeters, longtemps président de la Commission sur le Vieillissement, dans son livre Eigenzinnig in Economie (que l'on pourrait traduire par Opiniâtre en économie). "Le problème n'était et n'est pas là. Par contre, le problème dans ce pays, c'est de traduire les analyses et les conclusions en politique où l'on fait des choix décisifs, et ensuite de persévérer dans cette politique."En 2001, on a aussi lancé le Fonds de Vieillissement. Celui-ci serait alimenté par les excédents de budget et serait utilisé également pour les coûts du vieillissement. Cependant, les gouvernements violets (1999 - 2007) ont consacré tous les excédents, les bonus et aubaines budgétaires à d'autres choses. Entre-temps, les responsables de cette époque, le Premier ministre Guy Verhofstadt (Open VLD) et le ministre du Budget Johan Vande Lanotte (sp.a) ont dit adieu à la politique nationale : Verhofstadt explique partout ce que doit faire l'Europe et Vande Lanotte s'est retiré à Ostende. Et aujourd'hui, les gens qui ont une petite pension ressentent tous les jours les conséquences de leur politique. Tous les mois, il y a 10 000 pensionnés en plus dans notre pays. Chaque année, cela nous coûte 1,7 milliard d'euros. Chaque année. Cela correspond à peu près au budget total de la Justice. Si le gouvernement Michel a relevé l'âge de la pension, cette hausse n'entre en vigueur qu'en 2025 et 2030. C'est donc une forme de politique d'annonce. En outre c'est une mesure, et non une réforme. Il y a trois ans, Frank Vandenbroucke, qui faisait partie de cette Commission, avait esquissé le principe : "Un bon système de pension, c'est un système où un certain jour, sur base de leurs préférences, les gens ont droit à une retraite suffisante." Le gouvernement Michel ne s'est toujours pas occupé de ce contrat social avec le citoyen. Tant qu'il n'y aura pas de système de pensions fort et fiable, chacun de nous doit s'armer contre une trop grande perte de prospérité quand il prendra sa pension. Une maison à soi et une épargne sont les conditions principales. Quand on a des dirigeants sur le bras qui ne prévoient pas, mieux vaut prendre ses précautions.