Les années passent, la timidité demeure. Elle continue à me freiner, moins qu'avant, moins longtemps, mais quand même. Ainsi donc ce matin-là, quand j'approche du bien nommé Bar du matin, à Forest, je ralentis le pas. Je passe une première fois devant ce café immense, ou qui me paraît tel. Je passe une deuxième fois, essayant de repérer Thomas Gunzig à l'intérieur ; je répète à nouveau la manoeuvre, l'air dégagé surjoué, dans l'autre sens ; je me sens vivant, je me sens gauche ; il faut arrêter, maintenant, sinon je finirai par être en retard alors que j'étais en avance. J'entre. Je le repère. Il est là-bas. Il est concentré sur son smartphone, sourcils froncés. Pour celles et ceux que ça intéresse : pull, blouson, barbe de trois gros jours.
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