Cela reste étonnant de réaliser des interviews en cette époque de coronavirus. Avec une tasse de café, on présente systématiquement un flacon de gel désinfectant. Dans la maison communale par ailleurs vide de Lubbeek, commune du Brabant flamand, le bourgmestre Theo Francken et le directeur des services communaux sont débordés, y compris le week-end. (...) Cela a pourtant pris un peu de temps avant que Theo Francken prenne conscience du sérieux de la crise. Il est encore poursuivi sur les réseaux sociaux pour un tweet qu'il avait posté à la mi-février. Sous le titre 'Pande-mietje', il affirmait à ses dizaines de milliers de followers: "Si nous laissions faire Van Ranst (célèbre virologue - Ndlr), tout le monde serait mis en quarantaine'.

Theo Francken: 'Je me sens attaqué de façon discourtoise par le retentissement donné à ce tweet. Tout était repris littéralement de la chronique du 'Kaaiman' dans le Tijd. On détourne désormais ce tweet satirique pour me jeter dans le camp de ceux qui niaient le corona. Mais le même jour que ce post 'Pande-mietje', Marc Van Ranst a lui-même écrit: "Chers gens de médias, ne prennez pas le coronavirus de Wuhan pour un virus tueur. L'année passée, 140000 personnes sont mortes de rougeole, 770000 du HIV, 450000 de malaria, 825000 de grippe et 1,5 million de tuberculose. Je peux vous assurer que tous ces gens sont aussi morts que ceux qui meurent du coronavirus de Wuhan'. J'imagine que Marc Van Ranst écrivait cela aussi de façon satirique.

Cela n'ira plus jamais bien entre vous et Marc Van Ranst.

Theo Francken : 'Pourquoi pas ? J'ai parlé à monsieur Van Ranst dans les coulisses d'une émission de la VRT. C'était une discussion relativement agréable. Je l'ai invité à prendre un café. Je suis impatient de pouvoir parler calmement de ce malentendu entre nous. Cela n'a jamais été mon intention d'attaquer Van Ranst dans son expertise de virologue. Mais politiquement, nous nous opposons. Il prend des points de vue forts et très à gauche, qui mènent rapidement à une escalade sur les réseaux sociaux. Je ne compte plus attaquer Marc Van Ranst sur Twitter. Pourquoi devrions-nous finalement nous embêter mutuellement ? Dans Humo, le manager de son propre labo a même qu'il trouvait que j'étais un 'très chic type.' (rires)

Mais trop de N-VA n'ont-ils pas voulu apaiser l'homme de la rue ? Bart De Wever a dit lors de la prermière semaine de crise que l'on "devait se poser la question de savoir si notre réaction sur le coronavorus n'était pas plus grave que le corona lui-même". Puis, à la fin de la semaine, il exigeait non seulement une fermeture des écoles, mais aussi un couvre-feu.

Theo Francken: Nous sommes des politiques, pas des virologues. Nous nous faisosn accompagner par des experts. A mes yeux, les experts ont eux aussi largement sous-estimé ce coronavirus. La ministre de la Santé a affirmé jusque début mars dans des émissions télévisées qu'il s'agissait d'une 'forme douce de grippe'. Qui suis-je pour prétendre le contraire ? Les politiques ne doivent quand même pas décider eux-mêmes ce qui est une menace sérieuse pour la santé publique et ce qui ne l'est pas. Ce n'est donc pas exact que moi ou mon parti, nous aurions sous-estimé le coronavirus. Nous avons seulement écouté les experts ou la ministre de la Santé. Maggie De Block n'était d'ailleurs pas la seule, on entendait la même teneur dans toute l'Europe occidentale.

Après que le président du PS, Paul Magnette, et Bart De Wever avaient convenu qu'ils étaient prêts à former ensemble un gouvernement d'urgence pour combattre le coronavirus, ils ont rassemblé chacun leur équipe pour trouver un appui contre cet 'ennemi juré'. Vous étiez présent à cette réunion fermée de la N-VA.

Francken: Nous avons effectivement donné le feu vert à Bart: il était grand temps que les leaders politiques de ce pays apportent une réponse claire à l'inquiétude au sein de la population. Bien sûr, il ne s'agissait pas d'une approbation sans conditions. Nous voulions nous investir, mais seulement si ce gouvernement d'urgence se focalisait uniquement sur la lutte contre le coronavirus: parce qu'il le fallait vraiment, le PS pouvait en être. Nous trouvions aussi que cette fois, Bart De Wever pouvait diriger ce gouvernement. Cela fait dix ans que De Wever est le politique le plus important du pays. S'il avait parlé au nom du gouvernement fédéral, cela aurait renforcé le sérieux de la situation. Mais 'De Wever premier', ce n'était pas à prendre ou à laisser: les vraies négociations devaient encore commencer. Nous avions encore toute la semaine.

Est-ce une leçon que vous avez retirée de la coalition suédoise: que le plus grand parti devrait aussi prendre la direction du gouvernement ?

Francken: Naturellement. Un leader de gouvernement a du pouvoir, et bien plus que ce que nous pouvions penser il y a quelques années. Le premier définit l'agenda. Si certains de vos points parviennent difficilement à l'agenda, votre parti est trop peu présent au sein du cabinet ministériel restreint ou du conseil des ministres. Nous avons effectivement appris ça au cours des années. Ce que la N-VA demandait n'était pas déraisonnable, mais logique et rationnel. Mais cela n'était pas possible. Je me souviens entre très bien de ce dimanche matin fatal: nous faisions une vidéoconférence avec quelques importants représentants de la N-VA sur la façon d'aborder cette formation gouvernementale, et soudain l'information nous est arrivée que Magnette avait fait tout sauter en direct sur RTL. Tout ce que nous avions discuté ce matin pouvait voler à la poubelle. Nous devions visiblement trouver normal que le président du PS donne sa parole le samedi après-midi et rompe l'accord à la télévision le dimanche matin, sans un coup de téléphone auparavant. Visiblement parce que quelque 'bobos' de Koekelberg, Bruxelles et Molenbeek ne voulaient pas de cet accord? (...)

Notre magazine frère, Le Vif, a écrit : 'Les Flamands sont coincés'.

Francken: Depuis des mois, on sous-estime dans la presse flamande les raisons pour lesquelles cette formation gouvernementale n'a jamais réussi. La vraie raison, c'est que les présidents Paul Magnette (PS) et Georges-Louis Bouchez (MR) se neutralisent. Chaque fois que le PS est prêt à bouger sur le communautaire, le MR dit : 'En aucun cas'. Cet été, nous, à la N-VA, pensions avoir fait une offre forte au PS en proposant de diriger la Belgique selon une variante du modèle danois -fort sur le plan de l'immigration mais avec des corrections sociales - mais à nouveau, le MR a dit : 'Cela n'est pas possible'. Et quand le MR et la N-VA s'entendaient sur le constat qu'un nouveau gouvernement ne devait pas revenir sur les réalisations économiques de la Suédoise, le PS faisait une croix sur l'échange. L'ambiance entre le MR et le PS est comme celle entre l'Iran et l'Arabie Saoudite - je laisse de côté le fait de savoir qui sont les sunnites et les chiites. La N-VA est la principale 'victime' de cette guerre interne wallonne. Dans tous les cas de figure, nous sommes, nous et le CD&V, les spectateurs depuis des mois de cette confrontation au sujet de laquelle nous n'avons rien à dire. (...)

Il y a une autre lecture au fait que la formation du gouvernement a longtemps dormi : cela convenait aussi à la N-VA, parce que vous ne deviez pas afficher votre couleur.

Francken: Ce n'est pas exact. Nous savions que ce ne serait pas facile pour notre base de former un gouvernement avec le PS. Ce parti est notre ennemi juré. Mais nous avons, loin des caméras, fait notre travail en interne. C'est pour cela qu'une grande majorité des bourgmestres N-VA disaient comprendre que la N-VA mène des discussions avec le PS. Le PS a négligé de préparer sa base à une telle phase de négociation. (...) Finalement, il est quand même risible de voir que Paul Magnette veuille subitement consulter son bureau de parti un dimanche matin alors que les négociations gouvernementales entrent dans une phase décisive. (...) C'était incroyablement difficile pour le PS de conclure un accord avec la N-VA, parce qu'il a constamment reproché ces dernières années au MR d'avoir trahi en formant un gouvernement fédéral avec la N-VA. Au sud du pays, les grands partis sont coincés dans leurs propres vetos.

Encore une fois : entretemps la N-VA se trouvait dans une situation confortable, certainement parce que le CD&V refusait de monter dans une majorité fédérale sans une majorité flamande.

Francken: (Il élève la voix) Vous pensez vraiment que c'est une situation politique confortable de se trouver dans un imbroglio politique pendant huit mois, pendant que le Vlaams Belang vous attaque perpétuellement et que vous perdez de sondage en sondage ? Pensez-vous vraiment que beaucpoup dans notre parti n'étaient pas prêts à prendre le Vlaams Belang dans le nouveau gouvernement flamand ? Nous avons déçu beaucoup de nos électeurs en laissant le Vlaams Belang de côté malgré sa victoire électorale. Nous n'avons pas assez expliqué d'où cela vient. Ce n'était pas confortable pour la N-VA de former un gouvernement flamand avec trois partis qui avaient tous perdu les élections. Et non: ce n'étais pas confortable pour la N-VA que la formation gouvernementale fédérale s'éternise. Nous avions vraiment voulu conclure un accord politique durant l'été. En attendant, nous continuions à attendre des négociations avec le PS. Cela a duré des centaines de jours avant que les socialistes francophones osent s'asseoir à la table avec nous. Des centaines de jours ! Et tout cela sans résultat. Bart De Wever s'est tu pendant huit mois. Huit mois! Moi-même j'ai à peine donné des interviews. Ce silence était nécessaire pour donner toutes les chances à la formation gouvernementale, mais cela a évidemment dérouté notre électorat.

D'où les mauvais sondages pour la N-VA, et la forte progression du Vlaams Belang.

Francken: En effet. Même si je ne sais pas sur la crise du coronavirus est une bonne chose pour le Vlaams Belang. Que peut apporter de positif ce parti contre le corona, si ce n'est de proposer de fermer les frontières ou d'impliquer l'armée? Aucun indépendant ne sera aidé par cela, ni même un magasinier ou un infirmier.

En attendant, on rejette la faute sur nous. La N-VA aurait soi-disant saboté la formation d'un gouvernement pour montrer que la Belgique ne fonctionnait pas. Désolé, mais c'est une interprétation perfide d'une stratégie que nous n'avons pas menée. Bien sûr, on peut désormais dire que les faits ont prouvé la justesse de notre analyse, notamment sur le fait que ce pays ne marche plus. Il en est ainsi, mais ce n'était pas notre objectif de le démontrer.

Nous n'avons pas non plus mis le confédéralisme sur la table au cours de cette négociation échouée. Il y a beaucoup de choses à lire dans les reconstructions publiées dans certains journaux, mais ce n'est pas vrai. De même qu'il n'est pas juste de prétendre que Bart De Wever m'a proposé comme vice-Premier lors d'une réunion pléniaire, et que c'est la raison pour laquelle les partis francophones ont coincé. N'estce pas Conner Rousseau (président de la SP.A) qui a dit : 'J'ai vu des gens mentir, mais ce n'est pas à moi de la révéler' ? Je ne pense pas qu'il visait Bart De Wever.

(...)

La N-VA a fortement attaqué les Wallons. Rappelez-vous, il y a quelques années, cette action pour dénoncer les transferts avec de l'argent à l'ascenseur de Strépy ?

Francken: Sommes-nous exempts de fautes? Non. La N-VA a-t-elle parfois donné une image sans nuances de la Wallonie, et avons-nous renforcé cela ? C'est possible. Je pense que nous sommes depuis lors devenu beaucoup plus prudents. La N-VA d'aujourd'hui n'est plus le même parti qu'il y a dix ans. Mais les francophones continuent à diffuser les mêmes vieux clichés. Avec cela, tous les débats tombent à plat. Ce n'est pas sans conséquences. Si une grande partie de la Belgique francophone est persuadée qu'elle se trouve face à des cryptonazis, cela n'a évidemment aucun sens pour elle de les écouter. Dans ce contexte, je comprends que Paul Magnette ne parvienne pas à vendre une coalition avec le N-VA. Le seul homme politique important qui a correctement informé sa base au sujet de la N-VA, c'est Charles Michel - credits to him. Je remarque encore cela avec les collègues du MR à la Chambre : en temps normal, ils nous donnent au moins la main et parlent avec nous. Avec la plupart des PS et des Ecolo, c'est impossible. Je suis certainement à leurs yeux un criminel. Un raciste. (Il hésite). Un nazi.

(...)

En attendant, les partis francophones ont contourné la N-VA. Ce n'est pas une position facile de mener l'opposition contre un gouvernement soutenu par pour le pays pour son combat contre l'épidémie.

Francken: Ce gouvernement minoritaire se trouve dans une certaine position de luxe. Même des gens qui ont voté pour moi m'ont fait savoir : 'Devez-vous vraiment émettre des critiques au gouvernement Wilmès ?'. Plus que jamais, le ton que l'on donnera à nos critiques sera important. Nous ne pouvons pas jeter de la boue.

(...)

En attendant, la N-VA est hors-jeu au fédéral.

Francken: Les cyniques diront: bien joué. Je suis du même avis que Bart De Wever : 'Ce n'est pas parce que nous avons perdu une bataille que nous avons perdu la guerre.' Moins que jamais, les partis francophones et leurs petites aides flamandes n'ont réussi à conquérir the hearts and minds des Flamands. Nos électeurs le savent: nous avons essayé de mettre en place un gouvernement d'urgence. Parce que c'était notre devoir contre le corona. Ils nous ont trahi. Ce n'est pas parce que nous allons contribuer à la solution de la crise du coronavirus que nous allons oublier cette trahison. Attendez...

Cela reste étonnant de réaliser des interviews en cette époque de coronavirus. Avec une tasse de café, on présente systématiquement un flacon de gel désinfectant. Dans la maison communale par ailleurs vide de Lubbeek, commune du Brabant flamand, le bourgmestre Theo Francken et le directeur des services communaux sont débordés, y compris le week-end. (...) Cela a pourtant pris un peu de temps avant que Theo Francken prenne conscience du sérieux de la crise. Il est encore poursuivi sur les réseaux sociaux pour un tweet qu'il avait posté à la mi-février. Sous le titre 'Pande-mietje', il affirmait à ses dizaines de milliers de followers: "Si nous laissions faire Van Ranst (célèbre virologue - Ndlr), tout le monde serait mis en quarantaine'.Theo Francken: 'Je me sens attaqué de façon discourtoise par le retentissement donné à ce tweet. Tout était repris littéralement de la chronique du 'Kaaiman' dans le Tijd. On détourne désormais ce tweet satirique pour me jeter dans le camp de ceux qui niaient le corona. Mais le même jour que ce post 'Pande-mietje', Marc Van Ranst a lui-même écrit: "Chers gens de médias, ne prennez pas le coronavirus de Wuhan pour un virus tueur. L'année passée, 140000 personnes sont mortes de rougeole, 770000 du HIV, 450000 de malaria, 825000 de grippe et 1,5 million de tuberculose. Je peux vous assurer que tous ces gens sont aussi morts que ceux qui meurent du coronavirus de Wuhan'. J'imagine que Marc Van Ranst écrivait cela aussi de façon satirique. Cela n'ira plus jamais bien entre vous et Marc Van Ranst.Theo Francken : 'Pourquoi pas ? J'ai parlé à monsieur Van Ranst dans les coulisses d'une émission de la VRT. C'était une discussion relativement agréable. Je l'ai invité à prendre un café. Je suis impatient de pouvoir parler calmement de ce malentendu entre nous. Cela n'a jamais été mon intention d'attaquer Van Ranst dans son expertise de virologue. Mais politiquement, nous nous opposons. Il prend des points de vue forts et très à gauche, qui mènent rapidement à une escalade sur les réseaux sociaux. Je ne compte plus attaquer Marc Van Ranst sur Twitter. Pourquoi devrions-nous finalement nous embêter mutuellement ? Dans Humo, le manager de son propre labo a même qu'il trouvait que j'étais un 'très chic type.' (rires)Mais trop de N-VA n'ont-ils pas voulu apaiser l'homme de la rue ? Bart De Wever a dit lors de la prermière semaine de crise que l'on "devait se poser la question de savoir si notre réaction sur le coronavorus n'était pas plus grave que le corona lui-même". Puis, à la fin de la semaine, il exigeait non seulement une fermeture des écoles, mais aussi un couvre-feu.Theo Francken: Nous sommes des politiques, pas des virologues. Nous nous faisosn accompagner par des experts. A mes yeux, les experts ont eux aussi largement sous-estimé ce coronavirus. La ministre de la Santé a affirmé jusque début mars dans des émissions télévisées qu'il s'agissait d'une 'forme douce de grippe'. Qui suis-je pour prétendre le contraire ? Les politiques ne doivent quand même pas décider eux-mêmes ce qui est une menace sérieuse pour la santé publique et ce qui ne l'est pas. Ce n'est donc pas exact que moi ou mon parti, nous aurions sous-estimé le coronavirus. Nous avons seulement écouté les experts ou la ministre de la Santé. Maggie De Block n'était d'ailleurs pas la seule, on entendait la même teneur dans toute l'Europe occidentale.Après que le président du PS, Paul Magnette, et Bart De Wever avaient convenu qu'ils étaient prêts à former ensemble un gouvernement d'urgence pour combattre le coronavirus, ils ont rassemblé chacun leur équipe pour trouver un appui contre cet 'ennemi juré'. Vous étiez présent à cette réunion fermée de la N-VA.Francken: Nous avons effectivement donné le feu vert à Bart: il était grand temps que les leaders politiques de ce pays apportent une réponse claire à l'inquiétude au sein de la population. Bien sûr, il ne s'agissait pas d'une approbation sans conditions. Nous voulions nous investir, mais seulement si ce gouvernement d'urgence se focalisait uniquement sur la lutte contre le coronavirus: parce qu'il le fallait vraiment, le PS pouvait en être. Nous trouvions aussi que cette fois, Bart De Wever pouvait diriger ce gouvernement. Cela fait dix ans que De Wever est le politique le plus important du pays. S'il avait parlé au nom du gouvernement fédéral, cela aurait renforcé le sérieux de la situation. Mais 'De Wever premier', ce n'était pas à prendre ou à laisser: les vraies négociations devaient encore commencer. Nous avions encore toute la semaine. Est-ce une leçon que vous avez retirée de la coalition suédoise: que le plus grand parti devrait aussi prendre la direction du gouvernement ?Francken: Naturellement. Un leader de gouvernement a du pouvoir, et bien plus que ce que nous pouvions penser il y a quelques années. Le premier définit l'agenda. Si certains de vos points parviennent difficilement à l'agenda, votre parti est trop peu présent au sein du cabinet ministériel restreint ou du conseil des ministres. Nous avons effectivement appris ça au cours des années. Ce que la N-VA demandait n'était pas déraisonnable, mais logique et rationnel. Mais cela n'était pas possible. Je me souviens entre très bien de ce dimanche matin fatal: nous faisions une vidéoconférence avec quelques importants représentants de la N-VA sur la façon d'aborder cette formation gouvernementale, et soudain l'information nous est arrivée que Magnette avait fait tout sauter en direct sur RTL. Tout ce que nous avions discuté ce matin pouvait voler à la poubelle. Nous devions visiblement trouver normal que le président du PS donne sa parole le samedi après-midi et rompe l'accord à la télévision le dimanche matin, sans un coup de téléphone auparavant. Visiblement parce que quelque 'bobos' de Koekelberg, Bruxelles et Molenbeek ne voulaient pas de cet accord? (...)Notre magazine frère, Le Vif, a écrit : 'Les Flamands sont coincés'.Francken: Depuis des mois, on sous-estime dans la presse flamande les raisons pour lesquelles cette formation gouvernementale n'a jamais réussi. La vraie raison, c'est que les présidents Paul Magnette (PS) et Georges-Louis Bouchez (MR) se neutralisent. Chaque fois que le PS est prêt à bouger sur le communautaire, le MR dit : 'En aucun cas'. Cet été, nous, à la N-VA, pensions avoir fait une offre forte au PS en proposant de diriger la Belgique selon une variante du modèle danois -fort sur le plan de l'immigration mais avec des corrections sociales - mais à nouveau, le MR a dit : 'Cela n'est pas possible'. Et quand le MR et la N-VA s'entendaient sur le constat qu'un nouveau gouvernement ne devait pas revenir sur les réalisations économiques de la Suédoise, le PS faisait une croix sur l'échange. L'ambiance entre le MR et le PS est comme celle entre l'Iran et l'Arabie Saoudite - je laisse de côté le fait de savoir qui sont les sunnites et les chiites. La N-VA est la principale 'victime' de cette guerre interne wallonne. Dans tous les cas de figure, nous sommes, nous et le CD&V, les spectateurs depuis des mois de cette confrontation au sujet de laquelle nous n'avons rien à dire. (...)Il y a une autre lecture au fait que la formation du gouvernement a longtemps dormi : cela convenait aussi à la N-VA, parce que vous ne deviez pas afficher votre couleur.Francken: Ce n'est pas exact. Nous savions que ce ne serait pas facile pour notre base de former un gouvernement avec le PS. Ce parti est notre ennemi juré. Mais nous avons, loin des caméras, fait notre travail en interne. C'est pour cela qu'une grande majorité des bourgmestres N-VA disaient comprendre que la N-VA mène des discussions avec le PS. Le PS a négligé de préparer sa base à une telle phase de négociation. (...) Finalement, il est quand même risible de voir que Paul Magnette veuille subitement consulter son bureau de parti un dimanche matin alors que les négociations gouvernementales entrent dans une phase décisive. (...) C'était incroyablement difficile pour le PS de conclure un accord avec la N-VA, parce qu'il a constamment reproché ces dernières années au MR d'avoir trahi en formant un gouvernement fédéral avec la N-VA. Au sud du pays, les grands partis sont coincés dans leurs propres vetos. Encore une fois : entretemps la N-VA se trouvait dans une situation confortable, certainement parce que le CD&V refusait de monter dans une majorité fédérale sans une majorité flamande.Francken: (Il élève la voix) Vous pensez vraiment que c'est une situation politique confortable de se trouver dans un imbroglio politique pendant huit mois, pendant que le Vlaams Belang vous attaque perpétuellement et que vous perdez de sondage en sondage ? Pensez-vous vraiment que beaucpoup dans notre parti n'étaient pas prêts à prendre le Vlaams Belang dans le nouveau gouvernement flamand ? Nous avons déçu beaucoup de nos électeurs en laissant le Vlaams Belang de côté malgré sa victoire électorale. Nous n'avons pas assez expliqué d'où cela vient. Ce n'était pas confortable pour la N-VA de former un gouvernement flamand avec trois partis qui avaient tous perdu les élections. Et non: ce n'étais pas confortable pour la N-VA que la formation gouvernementale fédérale s'éternise. Nous avions vraiment voulu conclure un accord politique durant l'été. En attendant, nous continuions à attendre des négociations avec le PS. Cela a duré des centaines de jours avant que les socialistes francophones osent s'asseoir à la table avec nous. Des centaines de jours ! Et tout cela sans résultat. Bart De Wever s'est tu pendant huit mois. Huit mois! Moi-même j'ai à peine donné des interviews. Ce silence était nécessaire pour donner toutes les chances à la formation gouvernementale, mais cela a évidemment dérouté notre électorat.D'où les mauvais sondages pour la N-VA, et la forte progression du Vlaams Belang.Francken: En effet. Même si je ne sais pas sur la crise du coronavirus est une bonne chose pour le Vlaams Belang. Que peut apporter de positif ce parti contre le corona, si ce n'est de proposer de fermer les frontières ou d'impliquer l'armée? Aucun indépendant ne sera aidé par cela, ni même un magasinier ou un infirmier. En attendant, on rejette la faute sur nous. La N-VA aurait soi-disant saboté la formation d'un gouvernement pour montrer que la Belgique ne fonctionnait pas. Désolé, mais c'est une interprétation perfide d'une stratégie que nous n'avons pas menée. Bien sûr, on peut désormais dire que les faits ont prouvé la justesse de notre analyse, notamment sur le fait que ce pays ne marche plus. Il en est ainsi, mais ce n'était pas notre objectif de le démontrer.Nous n'avons pas non plus mis le confédéralisme sur la table au cours de cette négociation échouée. Il y a beaucoup de choses à lire dans les reconstructions publiées dans certains journaux, mais ce n'est pas vrai. De même qu'il n'est pas juste de prétendre que Bart De Wever m'a proposé comme vice-Premier lors d'une réunion pléniaire, et que c'est la raison pour laquelle les partis francophones ont coincé. N'estce pas Conner Rousseau (président de la SP.A) qui a dit : 'J'ai vu des gens mentir, mais ce n'est pas à moi de la révéler' ? Je ne pense pas qu'il visait Bart De Wever. (...)La N-VA a fortement attaqué les Wallons. Rappelez-vous, il y a quelques années, cette action pour dénoncer les transferts avec de l'argent à l'ascenseur de Strépy ?Francken: Sommes-nous exempts de fautes? Non. La N-VA a-t-elle parfois donné une image sans nuances de la Wallonie, et avons-nous renforcé cela ? C'est possible. Je pense que nous sommes depuis lors devenu beaucoup plus prudents. La N-VA d'aujourd'hui n'est plus le même parti qu'il y a dix ans. Mais les francophones continuent à diffuser les mêmes vieux clichés. Avec cela, tous les débats tombent à plat. Ce n'est pas sans conséquences. Si une grande partie de la Belgique francophone est persuadée qu'elle se trouve face à des cryptonazis, cela n'a évidemment aucun sens pour elle de les écouter. Dans ce contexte, je comprends que Paul Magnette ne parvienne pas à vendre une coalition avec le N-VA. Le seul homme politique important qui a correctement informé sa base au sujet de la N-VA, c'est Charles Michel - credits to him. Je remarque encore cela avec les collègues du MR à la Chambre : en temps normal, ils nous donnent au moins la main et parlent avec nous. Avec la plupart des PS et des Ecolo, c'est impossible. Je suis certainement à leurs yeux un criminel. Un raciste. (Il hésite). Un nazi.(...)En attendant, les partis francophones ont contourné la N-VA. Ce n'est pas une position facile de mener l'opposition contre un gouvernement soutenu par pour le pays pour son combat contre l'épidémie. Francken: Ce gouvernement minoritaire se trouve dans une certaine position de luxe. Même des gens qui ont voté pour moi m'ont fait savoir : 'Devez-vous vraiment émettre des critiques au gouvernement Wilmès ?'. Plus que jamais, le ton que l'on donnera à nos critiques sera important. Nous ne pouvons pas jeter de la boue. (...)En attendant, la N-VA est hors-jeu au fédéral. Francken: Les cyniques diront: bien joué. Je suis du même avis que Bart De Wever : 'Ce n'est pas parce que nous avons perdu une bataille que nous avons perdu la guerre.' Moins que jamais, les partis francophones et leurs petites aides flamandes n'ont réussi à conquérir the hearts and minds des Flamands. Nos électeurs le savent: nous avons essayé de mettre en place un gouvernement d'urgence. Parce que c'était notre devoir contre le corona. Ils nous ont trahi. Ce n'est pas parce que nous allons contribuer à la solution de la crise du coronavirus que nous allons oublier cette trahison. Attendez...