Les 25 et 26 avril dernier, le parquet fédéral belge coordonnait pour Eurojust, l'Unité de coopération judiciaire de l'Union européenne, l'opération de démantèlement d'Amaq, l'appareil de propagande de l'Etat islamique, en Belgique (où une enquête gantoise avait identifié deux administrateurs de serveurs), en Bulgarie, en France, aux Pays-Bas, en Roumanie, au Royaume uni, au Canada et aux Etats-Unis. Une action menée depuis le siège d'Europol, à La Haye, par l'unité Internet du contre- terrorisme européen, avec les Américains et les Britanniques. " Amaq ne fonctionnait plus après l'intervention, indique au Vif/L'Express Wenke Roggen, la porte-parole du parquet fédéral. L'attentat de Lièg...

Les 25 et 26 avril dernier, le parquet fédéral belge coordonnait pour Eurojust, l'Unité de coopération judiciaire de l'Union européenne, l'opération de démantèlement d'Amaq, l'appareil de propagande de l'Etat islamique, en Belgique (où une enquête gantoise avait identifié deux administrateurs de serveurs), en Bulgarie, en France, aux Pays-Bas, en Roumanie, au Royaume uni, au Canada et aux Etats-Unis. Une action menée depuis le siège d'Europol, à La Haye, par l'unité Internet du contre- terrorisme européen, avec les Américains et les Britanniques. " Amaq ne fonctionnait plus après l'intervention, indique au Vif/L'Express Wenke Roggen, la porte-parole du parquet fédéral. L'attentat de Liège, le 29 mai dernier, a été revendiqué par Daech via d'autres canaux ". En l'occurrence, la messagerie cryptée Telegram. " Qu'ils essaient de remettre en place une autre structure de communication semble logique, mais ça devient plus difficile ", conclut la porte-parole. En Belgique, c'est la cellule Be-Iru, intégrée dans la DJSOC (criminalité grave et organisée) de la police fédérale, qui est le pivot du dispositif de surveillance des réseaux sociaux. " Entre août 2016 et février 2017, Be-Iru a contrôlé environ 1 100 sites ou adresses et 704 ont été référencés (avec un taux de blocage/effacement très positif de 91,2 %) auprès des plus grands opérateurs (Facebook, Google, MSN de Microsoft, Twitter, etc.) ", indique le rapport de la Chambre sur les attentats du 22 mars 2016. Une note en bas de page relativise ce bilan. Les 1 100 sites inspectés par les patrouilles policières du Web " forment un volume significatif ", mais il faut les mettre en perspective " avec les études qui évaluent à 4,56 milliards (hors " Web caché ") le nombre total de pages Internet et les 1,86 milliard d'utilisateurs revendiqués par Facebook en 2016 ". Michaël Dantinne (ULiège), criminologue spécialisé dans les nouvelles technologies, était l'un des experts de la commission d'enquête parlementaire d'après attentats du 22 mars à Bruxelles. " La lutte est disproportionnée, nous explique-t-il. Comme pour le blanchiment d'argent, elle impose des partenariats public-privé avec des géants mondiaux. Nos ambitions préventives ou répressives se heurtent aux règles de l'économie capitaliste. Notre capacité d'intervention est forcément très parcellaire, mais il faut la développer. Toutes les études récentes montrent que les nouvelles technologies ont joué un rôle dans la trajectoire des individus radicalisés. " Le débat, vieux comme la criminologie, resurgit. Faut-il s'appliquer à faire baisser l'offre djihadiste (émetteurs) ou la demande de radicalité des jeunes (récepteurs) ? " Les deux ! Plusieurs études démontrent que les nouvelles technologies permettent très souvent le contact avec l'idéologie, l'appartenance à un groupe et, parfois, le passage à l'acte. Mais s'il faut lutter contre la diffusion de ces idées, il faut aussi travailler sur ce qui favorise la réceptivité de certains individus. " Enfin, les nouvelles technologies n'engendrent pas de nouvelles ressources. Le financement du terrorisme, qu'il faut bien distinguer des ressources mobilisées pour les guerres de Daech, repose essentiellement sur les individus. D'après une étude suédoise de 2015, sur les 40 attentats ou projets d'attentats en Europe, 68 % coûtaient moins de 10 000 dollars et 81 % moins de 20 000 dollars.