L'incident a repoussé à 15H45 (14H45 GMT) le début de la première plaidoirie d'une partie civile, initialement attendue à 9H00.

Une telle scène est rare en cour d'assises. Un membre du jury a lui-même signalé aux magistrats avoir échangé à propos de l'affaire, vendredi à la fin de l'audience, avec une "personne extérieure", ce qui enfreint le devoir de discrétion auquel il est tenu, a expliqué la présidente de la cour.

Celle-ci a récusé le juré, obtenu son remplacement par un suppléant, ainsi que son audition par le policier belge ayant dirigé l'enquête sur ce quadruple assassinat perpétré en 2014.

L'audience a été suspendue en fin de matinée, le temps que l'interrogatoire ait lieu.

Elle a pu reprendre après que le policier eut rendu compte à la cour d'une audition qui s'est avérée haute en couleurs.

Vendredi après-midi, après la matinée de procès, le juré a raconté être retourné sur son lieu de travail, où il a été "interpellé" par une collègue affirmant s'être trouvée non loin du musée juif le 24 mai 2014, jour de la tuerie.

Elle aurait vu Mehdi Nemmouche descendre d'une voiture dans laquelle se trouvaient deux autres hommes, a rapporté le policier.

Selon le juré relatant l'échange, "elle est persuadée à 100% qu'il s'agit d'un complot et que le ministre (belge des Affaires étrangère Didier) Reynders serait impliqué dans ce complot".

En se confiant "dans les toilettes" à son collègue de travail, elle dit aussi son intention d'aller "voir un médecin pour l'aider à se rafraîchir la mémoire".

Théorie du complot

Les éclats de rire redoublent dans la salle d'audience quand cette prétendue témoin, une femme d'origine bolivienne, précise, toujours d'après le policier, bien connaître un avocat dans le dossier, Me Vincent Lurquin, et avoir à cause de lui prénommé son fils Vincent.

Cet avocat confirme qu'il s'est effectivement occupé de régulariser le séjour de cette femme sur le sol belge il y a des années.

"Il s'agit sans doute d'une personne en recherche d'attention", fait valoir Me Sébastien Courtoy, avocat de Nemmouche, mettant en mots le sentiment général.

Vouloir l'entendre reviendrait à "lui infliger une humiliation", selon l'avocat.

Car l'avocat général a souhaité que cette femme puisse être entendue à son tour, afin d'"éviter tout problème". "On sait que certains prônent la théorie du complot", a-t-il justifié. La présidente n'a pas donné suite.

Dans ce procès, Mehdi Nemmouche, 33 ans, délinquant multirécidiviste radicalisé en prison et passé par la Syrie, est accusé d'avoir tué, le 24 mai 2014 au musée juif, un couple de touristes israéliens, une bénévole française et un jeune employé belge du site.

Mais il nie les faits. Selon ses avocats, il était certes en possession des armes utilisées, le 30 mai 2014 lors de son arrestation à Marseille, mais il n'est pas le tueur et il a été "piégé".

La tuerie n'est pas un attentat de l'organisation Etat islamique (EI), mais, soutiennent-ils, "une exécution ciblée d'agents du Mossad" (le service secret israélien) visant les époux Riva, les deux premiers morts du musée. Une théorie jugée "complotiste" qui indigne les parties civiles.