"Les études économiques sont amusantes à lire, mais les économistes sous-estiment souvent la psychologie fiscale." Michel Maus (VUB), professeur de droit fiscal, n'est pas impressionné par la proposition d'une taxe sur le CO2.
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"Les études économiques sont amusantes à lire, mais les économistes sous-estiment souvent la psychologie fiscale." Michel Maus (VUB), professeur de droit fiscal, n'est pas impressionné par la proposition d'une taxe sur le CO2.Une telle taxe est entièrement fondée sur le principe du "pollueur qui paie ". Les partisans ne s'entendent pas entièrement sur qui devrait payer - les consommateurs, les entreprises ou les deux. Mais l'idée est reprise par différents groupes sociaux - de la présidente de Groen Meyrem Almaci à l'entrepreneur Thomas Leysen. La discussion fait déjà rage aux Pays-Bas.Mais Maus se présente déjà comme un adversaire. Il craint une grande agitation sociale. "Tout comme une taxe sur le sucre, la taxe sur le CO2 n'aurait d'effet que si elle est suffisamment élevée. Un prélèvement de seulement sept euros sur un billet d'avion n'a pas d'effet sur le comportement", dit-il.Michel MausUn prélèvement de 200 euros aurait un effet. Mais il faut y réfléchir à deux fois. Une telle taxe exclurait de nombreuses personnes de la mobilité. Seuls les riches pourraient se permettre de voyager en avion. Qu'en est-il des 20 % de familles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts ?Une taxe supplémentaire ne serait pas sans conséquence, pense Maus. "Le mouvement des Gilets jaunes en est l'exemple ultime. La hausse des accises sur le carburant en France est restée globalement modeste ", dit-il. "Pourtant, elle a provoqué une demi-révolution."TurteltaksLe mouvement a également pris chez nous. En Flandre, il y avait déjà eu l'indignation à propos de la Turteltaks (NDLR : une taxe imposée aux ménages flamands pour compenser l'impact financier du soutien public aux énergies renouvelables des gouvernements précédents). Pour des raisons écologiques, cette taxe n'a finalement pas été introduite. "Mais elle a entraîné la misère et la protestation sociale", dixit Maus. "C'était un impôt qui touchait particulièrement la classe moyenne inférieure. Ils estiment que ces coûts sont les plus élevés dans leur portefeuille. Il suffit alors de pas grand-chose pour obtenir une réaction de colère.""Les partisans de la taxe sur le CO2 proposent souvent de redistribuer les recettes. Mais il me semble que c'est donner d'une main et reprendre de l'autre", dit Maus. "De plus, on force les familles à payer d'abord des impôts, afin qu'elles puissent récupérer l'argent par la suite. Psychologiquement, c'est difficile."Éconormes Cependant, il est urgent d'instaurer des mesures, souligne Maus. C'est pourquoi le conseiller fiscal se concentre principalement sur l'industrie. "Les consommateurs ne peuvent travailler qu'avec des produits que les fabricants leur fournissent. Il faut donc imposer des normes écologiques aux industries, avec un délai raisonnable pour s'adapter. Ce n'est que lorsque ce délai ne sera pas respecté qu'il y aura de la marge pour des taxes punitives."À titre d'exemple, Maus se réfère à la décision de l'Union européenne de rendre tous les emballages plastiques recyclables d'ici 2030. "Je n'ai pratiquement pas entendu de protestations à ce sujet."La proposition du CD&V de rendre le parc de voitures de société entièrement électrique est également une bonne idée, estime Maus."Nous vivons dans de vieilles maisons et conduisons de vieilles voitures. Le gouvernement peut imposer des normes au secteur du logement et à l'industrie automobile. Par exemple, obligez les constructeurs automobiles à passer complètement aux moteurs électriques dans un certain délai. La technologie existe."Cela ne doit pas nécessairement coûter des emplois. Au contraire, dit Maus. "L'innovation en créera justement".