Une grève du rail, c'est mal et c'est encore plus vilain lorsqu' elle est sauvage. Elle enquiquine un peu tout le monde, excepté le plus souvent ceux et celles qu'elle entend viser. Elle condamne les usagers du train à rester à quai, piégés par d'incorrigibles "preneurs d'otages".
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Une grève du rail, c'est mal et c'est encore plus vilain lorsqu' elle est sauvage. Elle enquiquine un peu tout le monde, excepté le plus souvent ceux et celles qu'elle entend viser. Elle condamne les usagers du train à rester à quai, piégés par d'incorrigibles "preneurs d'otages".Bon sang, n'est-il pas possible de se rabattre sur d'autres formules ? De hisser l'imagination au pouvoir parmi les syndicats de cheminots ? De concevoir une contestation à la fois sympa et efficace, qui joindrait l'utile à l'agréable et réconcilierait ainsi grévistes et voyageurs ?Si. Une poignée d'accompagnateurs de trains ont récemment expérimenté la chose lors d'une énième grogne sociale. Mécontents des mesures gouvernementales décidées à la SNCB, ils ont décidé de passer à l'acte. Non pas en se croisant les bras, en bloquant les voies comme tout gréviste qui se respecte. Mais en se rendant au boulot, au service des voyageurs. Pour travailler comme d'habitude, à une nuance près : ils refusaient de contrôler les tickets des usagers. Vachement sympa.Sauf que cette action "tarif zéro" n'a pas plu à l'employeur. Et qu'il y a eu sanction. David Geerts, député sp.a, a posé au ministre de la Mobilité une question bien de saison : "Ces personnes se verraient infliger un blâme. Cette sanction est incompréhensible. D'un côté, le gouvernement veut a? tout prix qu'un service minimum ou garanti soit assure?. De l'autre, il inflige des sanctions financières aux personnes qui se montrent créatives dans leur manière de mener des actions sociales". François Bellot (MR), nouveau ministre des chemins de fer, s'est fait un devoir de replanter le décor. "Les actions sociales font l'objet d'accords avec les organisations syndicales. Toute action doit être annoncée au préalable et suffisamment tôt". Or, l'action en question "n'avait pas été annoncée" et, circonstance aggravante, "est susceptible d'être préjudiciable a? la SNCB pour cause de perte de revenus." Nous y voilà.Pour avoir enfreint cette règle, 32 accompagnateurs de train des dépôts de Courtrai, Poperinge et Audenarde ont écopé, non pas d'un blâme, mais d'un rappel à l'ordre. "Sans conséquences pour la suite de la carrière", a rassuré le ministre. Il reste à ces travailleurs flamands qui ont tenté le pari de l'innovation en matière de contestation à méditer ce principe de précaution en vigueur aux chemins de fer : ne doit être autorisé que ce qui rend une protestation impopulaire. Les règles sont décidément bien faites.