Les commissions Industrie et Marché intérieur du Parlement européen avaient demandé une seconde audition de la commissaire désignée française, après lui avoir déjà soumis une liste de questions écrites dont les réponses n'avaient visiblement pas totalement convaincu. Plusieurs points continuent de gêner, et l'ancienne ministre des Armées du gouvernement français n'en a pas fait mystère, dès son allocution face aux parlementaires en matinée. Elle a d'emblée évoqué la lourdeur de son portefeuille présumé au sein de la future Commission d'Ursula von der Leyen. Il comprend le marché intérieur, l'industrie et le numérique, en passant par la défense et l'espace. "C'est le choix de la présidente élue von der Leyen, et c'est un choix que je partage car il me semble bien refléter la complexité des enjeux économiques, industriels et humains d'aujourd'hui. Ce portefeuille a du sens parce que les évolutions technologiques rendent obsolète la distinction entre un marché unique traditionnel et un marché unique numérique", a expliqué la Française dès le début de son allocution. "Ce portefeuille permet, je l'espère, d'exploiter au maximum les synergies possibles en évitant les silos bureaucratiques", alors qu'on critique régulièrement la lourdeur bureaucratique de la machine européenne, a-t-elle pointé. Elle a d'elle-même aussi superficiellement évoqué son travail bien rémunéré pour le think tank de l'investisseur américain Nicolas Berggruen, à l'époque où elle était députée européenne. Les contours de cette mission auprès d'un institut privé restent très vagues, même après les questions écrites et orales. "Cela fait 30 ans que je suis dans les affaires européennes. Toute ma vie, j'ai essayé de jeter des ponts entre les uns et les autres, je l'ai fait aussi avec l'institut Berggruen", s'est défendue la commissaire désignée, qui a de nouveau exprimé des "regrets" quant aux soupçons jetés par cette activité sur son intégrité au service des intérêts européens. L'affaire des assistants parlementaires présumés fictifs du MoDem lui a une nouvelle fois été rappelée avec une certaine verve. Prenant les devants, Sylvie Goulard est restée sur sa position, appelant à la présomption d'innocence. A la question du Bulgare Andrey Kovatchev (groupe PPE), qui demandait pourquoi cette affaire l'a poussée à démissionner du gouvernement français en 2017 mais ne semble pas l'empêcher en revanche d'être candidate à un poste important de commissaire, elle répond: "La situation est très différente. Entre-temps, j'ai été entendue par la justice française en audition libre, et je ne suis pas mise en examen. Je suis donc dans une situation juridiquement différente (qu'en 2017, NDLR). D'autre part, le parlement européen a estimé, dans une décision prise par le secrétariat général, que mon assistant parlementaire avait travaillé. (...) La procédure judiciaire n'est pas terminée parce que le temps de la justice n'est pas le temps de la vie politique ou administrative". Plusieurs eurodéputés ne se sont pas montrés impressionnés, notamment le Français Damien Carême (Verts), qui a constaté au nom de son groupe: "un portefeuille qui va du marché intérieur à la défense nous laisse pour le moins sceptiques, et votre candidature pose surtout un véritable problème éthique. Vos réponses écrites et explications n'ont pas tari nos inquiétudes". (Belga)