Les enquêteurs des Tueurs du Brabant se penchent sur un lien entre le suicide en début de semaine de Roger Romelart, 78 ans, un ancien enquêteur, et l'arrestation récente de deux de ces ex-collègues. Une perquisition a eu lieu jeudi et deux de ses enfants ont été auditionnés.
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Les enquêteurs des Tueurs du Brabant se penchent sur un lien entre le suicide en début de semaine de Roger Romelart, 78 ans, un ancien enquêteur, et l'arrestation récente de deux de ces ex-collègues. Une perquisition a eu lieu jeudi et deux de ses enfants ont été auditionnés. Romelart était membre de la cellule Delta, qui enquêtait sur les Tueurs du Brabant dans les années 1980. Il avait pour collègue Philippe V., qui est soupçonné d'avoir occulté des informations cruciales sur l'affaire. "Nous continuons de suivre la même stratégie dans le dossier des Tueurs du Brabant. Nous voulons absolument 'retourner chaque pierre', et le parquet fédéral veut tout faire pour parvenir à la vérité. Nous ne savons pas si cela donnera quelque chose, mais vu qu'on parle ici d'un ancien enquêteur du dossier, nous voulons qu'aucun doute ne subsiste", a indiqué le porte-parole néerlandophone du parquet fédéral. Le juge d'instruction de Charleroi a placé sous mandat d'arrêt deux anciens inspecteurs de police ayant enquêté sur les tueurs du Brabant. François A., ex-membre de la brigade de surveillance et de recherche (BSR) originaire de Hal, est inculpé pour les mêmes préventions que Philippe V. (61 ans), un autre ancien inspecteur. Le parquet les soupçonne d'avoir, alors qu'il était membre des services de police, sciemment et volontairement retenu des informations dans le cadre d'une enquête et d'avoir participé à une association de malfaiteurs en vue de commettre des délits. Pour rappel, Philippe V. avait lui aussi été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction à Charleroi, également dans le cadre de cette enquête. L'homme, qui est à présent pensionné, avait été un temps privé de liberté. Ces deux arrestations seraient à mettre dans le contexte de la découverte d'armes ayant servi aux tueries, le 6 novembre 1986 à Ronquières (Hainaut). Dans les années '80, Philippe V. était membre de la cellule d'enquête Delta, sous la direction du juge d'instruction de Termonde Freddy Troch. Ce jour-là, des sacs ont été découverts dans le canal Bruxelles-Charleroi à Ronquières avec des preuves reliant les armes découvertes aux tueries du Brabant. Un gilet pare-balles, une arme à feu volée à un policier et des munitions ont ainsi été extraits des eaux. Les recherches avaient été effectuées par la cellule Delta. Précédemment, d'autres enquêteurs avaient déjà procédé sans succès à des fouilles similaires au même endroit. L'examen des preuves, demandé en 2009 par le juge d'instruction, a montré que les objets trouvés, encore en bon état, venaient d'être jetés à l'eau peu de temps avant leur découverte. Les enquêteurs ont d'abord suggéré que les pièces retrouvées par la cellule Delta "n'étaient pas dans l'eau depuis plus d'un mois avant leur découverte", suivant ainsi le rapport d'expert de l'INCC (Institut National de Criminalistique et de Criminologie). L'année dernière, le procureur fédéral a précisé que les sacs étaient "dans l'eau moins de 24 ou 48 heures" avant leur découverte. La deuxième commission d'enquête à propos des tueries du Brabant avait déjà établi que la manière dont la deuxième plongée à Ronquières s'était déroulée n'était pas claire.Philippe V. a toujours affirmé que cette fouille avait été réalisée dans le cadre d'un travail policier classique. En 1997, il avait ainsi déclaré devant le Parlement avoir examiné un certain nombre de déclarations évoquant l'amateurisme de la première fouille. A l'heure actuelle, les enquêteurs cherchent à savoir si Philippe V. avait un informateur, qui en saurait davantage sur la bande de Nivelles, et l'aurait caché pendant des années.Philippe V. a indiqué avoir reçu le PV en question de François A. Ce dernier a dans un premier temps nié avoir transféré ce document, avant de l'admettre plus tard au cours d'une confrontation. Les enquêteurs veulent maintenant faire la lumière sur les faits et déterminer si François A. était celui qui bénéficiait d'un informateur et s'il avait éventuellement "utilisé" Philippe V. pour plonger à nouveau dans le canal.Toujours est-il qu'à l'époque Philippe V. et François A. avaient des contacts réguliers, mais il existait par contre des tensions entre la cellule Delta et les enquêteurs wallons au sujet de l'approche des recherches. Selon des déclarations antérieures des ex-enquêteurs, François A. aurait copié le PV à l'insu de ses supérieurs, puis l'aurait remis à Philippe V. dans un café à Bruxelles. Après la découverte de la cellule Delta, François A. avait été convoqué par ses supérieurs. D'autres anciens enquêteurs ont eux fait valoir que ce transfert n'impliquait rien de suspect, mais qu'il était nécessaire en raison de la concurrence entre les équipes d'enquête en Flandre et en Wallonie.Peu après que V. a été interpellé, Roger Romelart a écrit une lettre d'adieu (datée du 1er février). Il s'est suicidé chez lui dimanche dernier. Le timing pose question. Selon la fille de Romelart, ce dernier était nerveux et inquiet depuis que la piste de la manipulation de l'enquête a été mise au jour. Ce n'est pas une coïncidence, explique sa fille Caroline. "Papa était nerveux." Depuis que la piste d'une enquête manipulée a été relancée, il semblait vouloir reprendre le fil de ce qu'il avait appris à l'époque.Mais que savait Roger Romelart pour qu'il soit si agité ? Le policier a rejoint la cellule Delta du juge d'instruction Freddy Troch en 1985. Il a concentré ses recherches sur les actions de Robert De Staercke, l'un des frères de Philippe De Staercke. La cellule Delta le considérait comme un personnage clé du gang. L'un de ses meilleurs amis était Apostolos Papadopoulos, une personne sur laquelle Romelart avait appris l'une et l'autre chose.Il y a cinq ans, l'ancien détective avait dit à ses jeunes collègues qu'il avait été frappé par le fait que les chèques repêchés dans le canal en 1986 semblaient si secs. D'autant plus surprenant qu'ils étaient censés s'y trouver depuis un an, soit depuis le raid Delhaize à Alost. Cela corroborait l'hypothèse des enquêteurs qui suivent aujourd'hui le dossier. La juge d'instruction Martine Michel oriente plus que jamais son enquête sur les tueries du Brabant vers une manipulation du travail policier au milieu des années 1980. Les enquêteurs pensent que les preuves n'ont été jetées dans le canal que peu avant la " pêche miraculeuse ". Le 6 novembre 1986, la brigade Delta repêche au fond du canal du Hainaut à Ronquières des armes liées aux tueries, un gilet pare-balles volé lors de l'attaque de l'usine de Tamise et un coffre-fort issu de l'attaque du Delhaize d'Alost. On s'attend à un tournant dans l'enquête, sauf que très vite des doutes surgissent. Ne chercherait-on pas à manipuler la police ? C'est en tout cas la conviction, trois décennies plus tard, de la cellule spéciale d'enquête de Jumet.Sauf que selon d'autres anciens collègues de Romelart, cela pouvait parfaitement s'expliquer par le fait que les " chèques secs " se trouvaient au milieu d'autres liasses de chèques.Les détectives souhaitent aujourd'hui des certitudes et ont perquisitionné la maison de Romelart à Erpe-Mere. A la recherche de ses archives, notes ou autres documents qu'il aurait conservés sur le Gang. Ils souhaitent aussi vérifier s'il s'agit bien d'un suicide. Le parquet de Dendermonde ne souhaitant pas enquêter sur la question, ils ont eux-mêmes ouvert l'enquête.