Lire également "Marc Bolland : "L'argent de la vente de sociétés d'Enodia (ex-Publifin) doit revenir aux communes"
...

La rumeur circule depuis plus d'un an. Stéphane Moreau accepterait de quitter la tête de Nethys en échange de l'une ou l'autre société du groupe qu'il rachèterait avec des alliés. On appelle ça un management buy out (MBO) : des cadres reprennent leur entreprise, parfois pour un euro symbolique, afin de sauver l'outil ou, s'il échet, le revendre plus tard avec une plus-value. Spécialiste du droit des sociétés et des entreprises en difficulté, Roman Aydogdu, avocat et professeur à l'ULiège, relève que la réglementation des conflits d'intérêts pour les administrateurs et membres d'un comité de direction " pourrait être utilement complétée " (" Stéphane Moreau. Coulisses de la stratégie d'exfiltration ", Le Vif/L'Express du 14 janvier dernier). Manière de dire que le code des sociétés et le code de la démocratie locale ne permettent pas de déminer les conflits d'intérêts éventuels dans le chef d'un dirigeant d'entreprise qui connaît bien sa société et qui se trouve à la fois dans la position du vendeur et de l'acheteur. Dans un tel cas de figure, Me Aydogdu insistait pour que l'évaluation du bien soit confiée à un tiers. McKinsey peut-il être considéré comme un tiers, alors qu'il abreuve Stéphane Moreau de ses conseils chèrement payés depuis tant d'années ? Selon nos informations, le bureau de consultance a calculé la valorisation de Voo (devenue entre-temps SA), d'Elicio (éolien en mer) et de Win (services informatiques aux entreprises et collectivités). Trois sociétés du groupe Nethys susceptibles de faire l'objet d'un MBO ou d'un rachat d'actifs. Lorsque, l'année passée, le bruit s'est répandu que Stéphane Moreau démarchait les investisseurs en vue de racheter le câblo-opérateur Voo, les deux poids lourds liégeois, Daniel Bacquelaine (MR) et Jean-Claude Marcourt (PS), avaient stoppé la manoeuvre. Les élections communales approchaient. Confessé par la ministre des Pouvoirs publics, Valérie De Bue (MR), le président du conseil d'administration de Nethys, Pierre Meyers, jura que l'information " était non fondée et, en tout état de cause, impossible sans l'accord des actionnaires ". Interrogé par Fabian Culot (MR), administrateur d'Enodia (nouveau nom de Publifin), actionnaire de Nethys, Stéphane Moreau avait nié avec énergie vouloir racheter Voo à titre personnel. Ces derniers temps, la rumeur a repris de plus belle et elle bouleverse la fédération liégeoise du PS, berceau de l'initiative industrielle publique. Tout le monde n'est pas d'accord de laisser s'envoler sans sourciller le fruit de l'investissement des contribuables liégeois depuis 1929. Marc Bolland, fils d'un ancien gouverneur de la province de Liège et bourgmestre de la petite commune de Blegny (le PS y est passé de 50 % à 59 % des suffrages aux dernières élections), s'insurge. Thibaud Smolders, vice-président de la fédération liégeoise du PS et bourgmestre de la petite commune d'Awans, monte aussi au créneau : " On n'a aucune information sur le processus de réorganisation d'Enodia qui, pour rappel, appartient aux communes et à la Province et non au management, déclare-t-il au Vif/L'Express. On doit au minimum être consulté. Or, le processus est opaque. Seule une poignée de personnes décident. Pour moi, un management buy out ou un rachat d'actifs par des membres du conseil d'administration est inenvisageable. D'aucuns s'en inquiètent au PS et dans d'autres partis, voire même à la Province. " C'est une petite trouvaille du Soir dans LeMoniteur belge qui a donné l'alerte. Où l'on apprenait que François Fornieri (Mythra), administrateur indépendant de Nethys, avait créé deux sprl le 11 juillet dernier, Ardentia Tech et Ardentia Holding, dotées chacune de 100 000 euros et dont Stéphane Moreau est le délégué à la gestion journalière. Son but, selon Fornieri, est de " créer des consortiums de gens qui peuvent aider à valoriser les actifs de la région. Nous sommes en discussion pour certains actifs, mais rien n'est fait et rien ne dit qu'on y arrivera ". Selon nos informations, Ardentia Tech devrait servir au rachat de Win, une société prospère. Ardentia Holding est destinée au rachat des actifs de Voo SA, avec l'aide de Telenet et de partenaires basés au Luxembourg. Le point est à l'ordre du jour du comité fédéral de la fédération liégeoise du PS, ce 6 septembre.