La période creuse de l'été n'est plus ce qu'elle était. Autrefois, les journaux sortaient des histoires de chat cleptomane responsable de six cents vols ou de renard ayant tiré sur un chasseur. C'étaient de véritables histoires. Mais le mois dernier, la situation a évolué. Les journaux ont relayé une idée mort-née après l'autre, annoncée en grande pompe par les politiciens. Ainsi, il y a eu la limitation de la liberté d'expression pour les complices de terrorisme (déjà punissable), l'interdiction du burkini à la plage (sans véritable motif) ou une déclaration de citoyenneté que tous les élèves doivent signer à l'issue de leurs études secondaires (un coup dans l'eau). En revanche, le silence qui entoure le budget est inquiétant.
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La période creuse de l'été n'est plus ce qu'elle était. Autrefois, les journaux sortaient des histoires de chat cleptomane responsable de six cents vols ou de renard ayant tiré sur un chasseur. C'étaient de véritables histoires. Mais le mois dernier, la situation a évolué. Les journaux ont relayé une idée mort-née après l'autre, annoncée en grande pompe par les politiciens. Ainsi, il y a eu la limitation de la liberté d'expression pour les complices de terrorisme (déjà punissable), l'interdiction du burkini à la plage (sans véritable motif) ou une déclaration de citoyenneté que tous les élèves doivent signer à l'issue de leurs études secondaires (un coup dans l'eau). En revanche, le silence qui entoure le budget est inquiétant. Pourtant, le défi est important. Pour maintenir le budget à flot, le gouvernement Michel doit trouver 3,7 milliards d'euros : 1,3 milliard cette année et 2,4 milliards en 2017. Les groupes de travail sont réunis depuis une dizaine de jours - pour selon une mauvaise habitude - masser un peu les chiffres afin d'alléger les efforts sur papier. Mais si le gouvernement prend l'assainissement des finances publiques au sérieux, il doit répondre à trois questions fondamentales et urgentes.Première question: établit-on un budget qui va plus loin que 2017 et 2018, car connaissez-vous l'astuce du nez de chameau ? C'est une image qu'affectionne le professeur spécialisé en budget, Wim Moesen (KuLeuven) : le gouvernement ne montre qu'une partie de l'effort nécessaire: les bosses du chameau n'apparaissent que plus tard. Il est très peu probable qu'on trouve encore 1,3 milliard d'euros cette année. Cela signifie que les efforts pour les années à venir seront encore plus considérables. C'est pourquoi il faut établir un budget pluriannuel. Cela évitera non seulement de remettre les efforts à plus tard, mais permettra de s'en faire une idée pour les années à venir afin de garder le cap. Si le gouvernement Michel n'établit pas de budget pluriannuel, il leurre tout le monde. Deuxième question: le gouvernement se tiendra-t-il à un budget en équilibre structurel d'ici 2018? L'Europe nous demande d'améliorer notre budget chaque année de 0,6% du produit intérieur brut (PIB). Le gouvernement Michel s'est également engagé dans ce sens. Cela signifie que nous devons trouver 2,4 milliards d'euros et la même somme en 2018. Si nous faisons cela, nous aboutissons à un déficit de 1,6%. Jusqu'à présent, le gouvernement a toujours dit qu'il voulait réduire le déficit structurel à zéro, mais cela signifie qu'il faut fournir un effort de 9 milliards d'euros. C'est irréaliste et le gouvernement ferait mieux de l'admettre. Le MR et la N-VA semblaient déjà s'en rendre compte. Kris Peeters (CD&V) suit depuis cette semaine. À présent, il suffit d'attendre que l'Open VLD s'en rende compte. En outre, le professeur Moesen estime qu'un déficit de 1,6% se défend, car cela correspond à ce que l'état investit, par exemple en infrastructure. L'instauration de la règle de financement en or, où les dépenses courantes sont en équilibre et où il est permis d'avoir un déficit pour les investissements, témoignerait à la fois de discipline budgétaire et de politique d'investissement responsable. Troisième question: le tax shift aura-t-il une suite? Le glissement des impôts sur le travail vers la consommation, la pollution, et la fortune tournent en perte pour les finances publiques. Cela aussi, le gouvernement ferait mieux de l'admettre. En plus ce tax shift n'est pas fameux : en 2007, le Conseil Supérieur des Finances avait déjà établi qu'un tax shift sérieux doit concerner environ 2% du PIB, soit huit milliards d'euros. Le tax shift actuel ne concerne que la moitié. Verra-t-on la suite nécessaire, un tax shift 2.0? Verra-t-on une baisse de l'impôt sur les sociétés ? La TVA sera-t-elle enfin harmonisée ? Si le gouvernement est vraiment sérieux à propos du tax shift, il doit oeuvrer dès à présent à une réforme et une simplification fiscale fondamentale.Si le gouvernement Michel ne donne pas rapidement une réponse claire à ces trois questions fondamentales, il ne prend pas l'assainissement des finances publiques au sérieux et joue avec l'avenir. Pour le reste : cessez de lancer n'importe quelle idée stupide et gardez votre sang-froid. La situation est déjà assez grave comme ça.