Egalement inculpé de "manoeuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique", Adama Gaye devait être écroué à la prison de Rebeuss, principal établissement pénitentiaire de Dakar, "où il va passer sa première nuit", a déclaré à l'AFP son avocat, Cheikh Khouraissy Ba. Il était en garde à vue depuis son interpellation lundi par la Division des investigations criminelles (DIC) de la police judiciaire. M. Gaye, qui a été journaliste dans plusieurs médias avant de se revendiquer comme un militant pour la "justice, la transparence et le progrès", est l'auteur de plusieurs articles dénonçant ce qu'il considère comme la mauvaise gestion du secteur du pétrole et du gaz. Mais il a également publié sur Facebook depuis plusieurs semaines plusieurs messages crus, voire obscènes, mettant en cause la vie privée du président Macky Sall et de son entourage. Des hommes de médias sénégalais ont pris leurs distances avec les méthodes de M. Gaye, mais son arrestation a été dénoncée par la section sénégalaise d'Amnesty International. "Tout prétexte est bon pour réduire au silence ceux qui critiquent le régime de Macky Sall", a déclaré mardi sur Twitter le responsable de l'ONG, Seydi Gassama, qui a appelé à sa libération. Dans un bref entretien téléphonique à l'AFP mardi, Adama Gaye a dit se considérer comme un "prisonnier d'opinion", "retenu pour ses écrits basés sur des faits précis, des questions vitales par rapport à la souveraineté nationale du Sénégal, notamment la gestion des hydrocarbures". Le dossier des hydrocarbures agite la classe politique et les médias du pays depuis la diffusion début juin d'un reportage de la BBC. La chaîne britannique s'interrogeait notamment sur les conditions d'attribution en 2012, juste après l'arrivée au pouvoir de Macky Sall, de marchés pour la prospection et l'exploitation de champs off-shore à Petro-Tim, une société de l'homme d'affaires australo-roumain Frank Timis. Le frère du président, Aliou Sall, qui avait été embauché peu après par cette société, a démissionné fin juin de la présidence d'une banque publique, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), tout en démentant tout conflit d'intérêts dans le dossier pétrolier. (Belga)