" L'élevage de populations animales captives est nécessaire au soutien de celles qui sont menacées dans la nature ", écrivez-vous. Pouvez-vous expliquer ce processus ?
...

" L'élevage de populations animales captives est nécessaire au soutien de celles qui sont menacées dans la nature ", écrivez-vous. Pouvez-vous expliquer ce processus ? Des espèces sont au bord de l'extinction, notamment en raison de maladies. Un exemple. Un champignon à l'origine de la chytridiomycose ravage depuis des années les populations de batraciens à travers le monde. En développant des élevages sains dans leurs murs, les parcs zoologiques peuvent procéder par la suite à des réintroductions dans la nature. Ils prouvent donc leur utilité et leur efficacité. Autre exemple, le diable de Tasmanie, atteint d'un cancer de la face transmissible, a vu sa population diminuer ces dernières années de 80 à 90 %. Pour tenter d'enrayer leur extinction, les autorités ont donc prélevé des animaux sains pour les élever dans des parcs en Australie. Par sécurité, certains ont été transférés au zoo de Copenhague, puis dans d'autres parcs européens et américains. Aujourd'hui, on peut dire que le diable de Tasmanie est sauvé grâce à ces élevages ex situ. La chasse extrême est également une menace pour certaines espèces. De la même façon, les zoos sont intervenus pour sauvegarder les oryx algazelle et d'Arabie, les condors des Andes et de Californie, les bisons d'Europe et bien d'autres. Ces animaux ont pu être élevés un temps dans des parcs et ont bénéficié ensuite de programmes de réintroduction, certains toujours en cours. Vous affirmez aussi que le travail dans les zoos permet l'approfondissement et la diffusion d'un savoir-faire sanitaire. De quelle façon ? Toute la science vétérinaire a été expérimentée dans les parcs zoologiques. Au travers d'associations nationales et internationales, les vétérinaires entretiennent des liens professionnels très étroits entre eux. Les découvertes en matière de soins dans les zoos (les molécules à utiliser, les dosages, les temps d'anesthésie, les antidotes, les traitements...) sont communiquées, sous forme de protocoles, aux collègues de terrain qui, eux, n'ont ni la possibilité ni le temps d'expérimenter les meilleures méthodes de traitement. Les parcs zoologiques ont aussi la capacité de mener des recherches fondamentales sur l'alimentation, l'écologie, les relations sociales entre les animaux, la reproduction... Y a-t-il des secteurs dans lesquels les parcs zoologiques doivent encore s'améliorer ? La recherche fondamentale, notamment en France. A cette aune, le zoo d'Anvers fait figure de modèle. Son mode de fonctionnement, avec la coopération du gouvernement de la Région flamande, est remarquable. Ses experts sont tenus de publier une vingtaine d'articles par an dans des revues peer review (NDLR : fondées sur l'évaluation par des pairs), donc de grande valeur scientifique. Les Anglo-Saxons mènent aussi énormément de recherches... Cela étant, les zoos du monde ne sont pas tous égaux. Dans certaines zones de la planète, ils ont encore de nets progrès à faire. Même en Europe, il peut arriver que certains ne répondent pas encore complètement aux critères internationaux. Soit ils s'amélioreront, soit ils fermeront leurs portes. Peut-on imposer des exigences en matière de recherche à des structures privées ? Les zoos publics ou ceux qui sont soutenus par des fondations d'envergure ont plus de latitude pour entretenir un travail de recherche soit parce qu'ils ont les financements qui le permettent, soit parce qu'ils ont des obligations de service public. On pourrait aider les zoos privés à suivre cette voie grâce à des avantages fiscaux ou des incitations financières. Le combat contre l'enfermement des animaux est-il contre-productif ? Il y a combat et combat. Celui pour la reconnaissance des droits des animaux et leur bien-être est très important parce qu'il " mord les mollets " de toutes les personnes en contact avec les animaux, y compris dans les zoos, pour tendre vers l'excellence. En revanche, le militantisme extrémiste qui fustige l'enfermement sans autre réflexion et qui saccage des boucheries est contre-productif. La dimension éducative des parcs zoologiques est-elle encore si importante à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux ? Auparavant, on ne se posait pas tellement la question de la reconnexion avec la nature parce que la campagne était à nos portes soit à l'occasion des vacances, soit lors de week-ends hors des villes. Avec l'urbanisation galopante, c'est de moins en moins évident. Du coup, les jardins botaniques, les squares arborés ou les parcs zoologiques redeviennent des zones capitales de reconnexion. Ce contact est essentiel chez l'enfant pour son développement moral, la prise de conscience d'autrui et l'acquisition du sens de la responsabilité. La virtualité des écrans, elle, ne développe pas l'interaction avec le vivant et le réel. Autre exemple, on suit tous, via les réseaux sociaux, des photographes qui passent une partie de leur vie sur le terrain pour faire des photos, extraordinaires d'ailleurs, d'animaux sauvages. Mais rares sont ceux qui peuvent avoir ce mode de vie au milieu des espèces qui font rêver. C'est un exemple extrême, mais d'une façon plus terre à terre, tout le monde ne peut pas s'offrir des voyages. Si on ne veut pas réserver ce privilège de la reconnexion à la nature à une élite, les parcs zoologiques offrent une véritable alternative.