Rassurez-vous, cher Georges Eugène, vous dont le nom de famille a donné naissance à un adjectif, votre émule belge ne vous fera pas d'ombre : Yvan Mayeur maïeur, c'est fini !
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Rassurez-vous, cher Georges Eugène, vous dont le nom de famille a donné naissance à un adjectif, votre émule belge ne vous fera pas d'ombre : Yvan Mayeur maïeur, c'est fini !Pourquoi je vous dis ça à vous, mon cher Georgeug' ? Parce que vous fûtes à n'en point douter l'un de ses modèles. Comme lui, vous n'aimiez guère vous encombrer de l'avis des autres. Vous aviez une vision, vous aviez une mission, et il convenait que la terre entière s'y pliât. Nommé préfet de la Seine le 22 juin 1853, vous recevez, sept jours plus tard, le mandat d'assainir et d'embellir Paris. Impressionné par les nouveaux quartiers londoniens qu'il a vus lors de son exil quelques années plus tôt, séduit par vos états de service dans le Bordelais, Napoléon III voit en vous l'homme qui va transformer Paris en une ville moderne. Et vous n'allez pas le décevoir ! Obsédé par la ligne droite, vous percez les grandes artères de pénétration de la capitale. Soucieux d'améliorer l'hygiène des Parisiens, vous tracez le réseau d'égouts, ménagez des espaces verts, aménagez les bois de Boulogne et de Vincennes. La mobilité ? Vous y pensez. La gare de Lyon et la gare de l'Est, c'est vous. Et tant qu'à faire, vous faites annexer par un décret de l'empereur les quelques communes limitrophes qu'il serait bon de mettre au diapason de vos envies de modernité. Mais ce que l'histoire retiendra de vous, outre la soufflante cohérence urbanistique qui fait aujourd'hui de Paris une ville-musée, c'est votre entêtement. Et votre arrogance. Votre prétendu titre de baron ? Usurpé. Récupéré d'un grand-père maternel privé de descendance masculine, le baron Dentzel. Votre considération pour les quartiers pauvres et pour les plus démunis des Parisiens ? Nulle. La pression immobilière fut si forte que le coût de l'habitat devint intenable dans la capitale. Sans compter les dépenses pharaoniques que vous imposâtes aux finances publiques. A tel point que l'empereur lui-même finit par vous lâcher, vous débarquant en 1870 par décret après vous avoir vainement enjoint de vous démettre. Obsédé par votre rêve, vous aviez tout balayé sur votre passage. Même votre propre maison de naissance fut détruite sur votre ordre sans aucun état d'âme, pour laisser la place à un boulevard... haussmannien ! Chez nous, on n'utilise pas l'adjectif haussmannien. On emploie les mots bruxellisation et façadisme pour décrire les pratiques entrepreneuriales qui ont ravagé Bruxelles durant trente ans. On les croyait derrière nous, ces pratiques. Et puis, il y eut Yvan Mayeur. Et le retour des rêves de gloire : le plus grand réseau de rues piétonnes d'Europe tracé du jour au lendemain sans concertation, un stade national qui n'en finit pas de faire des vagues, un projet Neo qui se veut comme une nouvelle ville au pied de l'Atomium. Le tout, soutenu bec, ongles et griffes acérées par le Mayeur qui se voyait bien léguer son nom au Larousse. Mais contrairement à vous, il s'occupait un peu trop des pauvres. Son dévouement pour le Samusocial aura eu raison de son rêve...