La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, attend de tous les États membres qu'ils désignent un commissaire d'ici le 26 août. Ensuite, l'Allemande organisera une ou deux séries de consultations individuelles et répartira les portefeuilles. Enfin, elle soumettra son équipe à l'approbation du Parlement européen, qui, après des auditions individuelles, peut constituer ou non l'équipe entière. Le 1er novembre, la nouvelle Commission entamera son mandat de cinq ans.

La Belgique a donc un peu plus de deux semaines pour prendre sa décision. Toutefois, ce ne sera pas une tâche facile. Tout d'abord, la nomination d'un commissaire européen belge fait traditionnellement partie des entretiens avec le personnel et de la répartition correspondante des postes. À l'heure actuelle, ces discussions ne sont pas encore dans la phase où l'on discute des nominations. En 2014, les choses semblaient également évoluer dans cette direction. C'est pourquoi le Premier ministre de l'époque, Elio Di Rupo, a envoyé une lettre aux informateurs Kris Peeters et Charles Michel pour discuter de la position avec les présidents des partis majoritaires.

"Cette fois, ce n'est pas le cas. La responsabilité en incombe uniquement au Premier ministre", déclare l'informateur Johan Vande Lanotte à Knack. La clé est donc entre les mains de Charles Michel. La grande différence avec 2014, c'est que le gouvernement Michel n'est pas majoritaire au Parlement fédéral. Strictement parlant, le MR, l'Open VLD et le CD&V peuvent désigner entre eux un commissaire sans être tenu responsable. Vous pouvez vous demander si c'est souhaitable sur le plan démocratique. De plus, une décision unilatérale peut compliquer la formation d'un gouvernement ", prévient le professeur de sciences politiques Carl Devos (Université de Gand).

À la N-VA, on n'aime pas l'idée que le gouvernement minoritaire prenne la décision. "Le gouvernement actuel n'a absolument aucun soutien démocratique pour cela et doit donc consulter les partis qui négocient un nouveau gouvernement", déclare le député européen Geert Bourgeois. En principe, le gouvernement minoritaire peut résoudre ce problème de deux façons. Soit le gouvernement soumet la décision au Parlement, soit Charles Michel consulte directement les présidents des partis d'opposition afin de parvenir à un compromis.

Tout le monde dans l'opposition n'est pas convaincu que le gouvernement Michel s'engagera dans cette voie. "Il me semble évident que c'est une tâche qui incombe aux affaires courantes", déclare une source proche des négociations.

Favoris

Nous devons donc trouver le nouveau commissaire dans les rangs des partis actuellement au pouvoir. Bien qu'on ne puisse jamais exclure un candidat surprise, on entend régulièrement les noms de Marianne Thyssen, Didier Reynders et Gwendolyn Rutten.

Le scénario Thyssen prévoit que l'actuel commissaire restera en poste encore quelques mois en attendant son remplacement. L'avantage est que Thyssen est une femme et qu'elle connaît les tenants et aboutissants de la Commission comme aucune autre. La question est évidemment de savoir si le CD&V, qui n'est nullement certain de la participation du gouvernement fédéral, a le droit de réclamer ce poste. Et le groupe du parti populaire européen (démocrates-chrétiens) et des démocrates européens souhaite-t-il déléguer un nouveau commissaire européen ? La décision de laisser tomber le poste de Premier ministre n'a pas été payante sur le plan électoral.

En outre, la Commission européenne n'a jamais connu de commissaire européen qui avait explicitement l'intention de rester en poste pour quelques mois seulement. Le fait que la politique interne de la Belgique entrave le fonctionnement de la Commission européenne risque de déplaire à la fois au Berlaymont et lors des auditions au Parlement européen. Il est possible que la Commission rappelle la Belgique à l'ordre de manière informelle en lui allouant un portefeuille moins important. En 2014, le gouvernement a été le dernier des 28 États membres à nommer un commissaire européen désigné et il n'a eu "que" le portefeuille de l'Emploi et des Affaires sociales.

On entend également le nom de la présidente actuelle de l'Open VLD Gwendolyn Rutten. La politicienne libérale a commencé sa carrière politique en Europe et a également été citée comme candidate au poste en 2014. Dans huit mois, il y aura des élections présidentielles à l'Open VLD et il est possible que Rutten soit remplacée par un collègue de son parti. Avant les élections, Rutten a indiqué qu'elle aimerait devenir Premier ministre, mais entre-temps cette voie semble très peu probable. En plus d'un éventuel poste ministériel au sein du prochain gouvernement fédéral, la Commission européenne lui conviendrait. Cependant, Rutten présente l'inconvénient de ne pas avoir occupé d'autre poste exécutif que celui de bourgmestre d'Aarschot.

Enfin, il y a l'inévitable Didier Reynders. L'actuel ministre des Affaires étrangères et de la Défense Reynders a manqué de peu une carrière européenne en 2014 parce que Peeters a finalement renoncé au poste de Premier ministre. De plus, Reynders a récemment dû s'incliner face à la Croate Marija Buric dans la course à la présidence du Conseil de l'Europe. Sera-t-il en mesure de passer au niveau européen cette fois-ci ? Le fait que son collègue de parti, Charles Michel, soit déjà président du Conseil européen ne doit pas nécessairement être à son désavantage. Si le CD&V, l'Open VLD et certains partis d'opposition sont convaincus que Reynders disparaîtra de la scène belge, cela ne doit pas nécessairement entraver les discussions de formation.

La nomination de Reynders pourrait être entravée par la parité souhaitée par Ursula von der Leyen. L'Allemande souhaite que la moitié de sa Commission soit composée de femmes. Elle devra plus ou moins tenir cette promesse si elle veut éviter de perdre la face au début de son mandat. Actuellement, il y a neuf femmes parmi les candidats. A première vue, cinq des six pays indécis doivent encore proposer cinq femmes. Mais lorsque le Royaume-Uni quittera l'Union européenne le 31 octobre, il n'y aura plus que 27 États membres. Dans ce cas, von der Leyen s'en sortirait avec 13 femmes sur 27 commissaires. "Si elle laisse tomber deux ou trois femmes, elle sera pardonnée", estime le professeur de politique européenne Hendrik Vos. Si le gouvernement Michel enchaîne rapidement, la parité ne devrait pas être un problème pour Reynders.