Elle a pu passer au chaud le troisième hiver de son existence, à l'abri de la tempête qui déferle en début d'année sur les bonnes moeurs politiques. Publifin, Nethys, cumul de mandats et conflits d'intérêts, rémunérations plantureuses et autres estompements de la norme : les entorses à la gouvernance publique qui font scandale du sud au nord du pays n'éclaboussent pas la suédoise. Au balcon fédéral, Michel I passe entre les gouttes. Il s'offre même le luxe, rare en politique, d'une remarquable discrétion.
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Elle a pu passer au chaud le troisième hiver de son existence, à l'abri de la tempête qui déferle en début d'année sur les bonnes moeurs politiques. Publifin, Nethys, cumul de mandats et conflits d'intérêts, rémunérations plantureuses et autres estompements de la norme : les entorses à la gouvernance publique qui font scandale du sud au nord du pays n'éclaboussent pas la suédoise. Au balcon fédéral, Michel I passe entre les gouttes. Il s'offre même le luxe, rare en politique, d'une remarquable discrétion. A la veille de reprendre le collier début janvier, Kris Peeters, chef de file CD&V au gouvernement fédéral, avait pourtant planté le décor : " 2017 sera l'année de vérité. " Et Bart De Wever, président de la puissante N-VA, venait gentiment de mettre la pression sur l'attelage N-VA - MR - CD&V - Open VLD cornaqué par Charles Michel (MR) : l'année qui s'ouvre sera la dernière de la législature à pouvoir accoucher de grandes réformes, avant l'entrée en zone de turbulences électorales pour cause de scrutin communal en 2018 et d'élections fédérales et régionales un an plus tard. L'éclipse de la suédoise finit par se remarquer et faire jaser. Avec le retour du printemps, le toujours très écouté patronat flamand se met à accuser ouvertement Charles Michel et sa dream team de somnoler dans sa planque. Tout le monde sur le pont. Sauf que l'équipage gouvernemental tire la langue, affairé qu'il est à cultiver sa réputation de kibbelkabinet, " gouvernement de chamailleries " en français dans le texte. Entre partenaires N-VA et CD&V, les couteaux sont tirés. Fin mars, Eric Van Rompuy, député fédéral et lanceur d'alerte attitré du CD&V, résume sur son blog l'humeur ambiante : " La méfiance est totale. " Surmonter le coup de mou passera impérativement par un sérieux ajustement des relations passablement détériorées au sein de la coalition. " Je vous demande de vous arrêter ", fait savoir le Premier ministre, obligé de remonter les bretelles de la nouvelle recrue de son gouvernement. A peine promue secrétaire d'Etat à la Politique scientifique, début avril, il a pris à la N-VA Zuhal Demir l'envie un peu folle de taxer le CD&V de " parti des musulmans " qui considère ceux-ci comme du " bétail électoral ". Le coup de latte du jeune Premier est supposé valoir pour Theo Francken, autre secrétaire d'Etat N-VA, abonné aux sorties tapageuses, avec une prédilection marquée pour le migrant et pour celles et ceux qui s'avisent de lui venir en aide. Le 21 mars, celui-ci avait signé une nouvelle saute d'humeur sur Twitter, son outil de travail favori. Dissertation du jour : ces " Médecins sans frontières " n'ont-ils donc rien de plus intelligent à faire que de vouloir sauver des réfugiés en Méditerranée et de jouer aux trafiquants d'êtres humains ? Bien sûr, Charles Michel a désapprouvé et invité " à tourner sept fois son pouce avant de "tweeter" ". Il devenait urgent de resserrer les boulons et les rangs. " Oui, il fallait remettre les choses au point quant à la cohésion et la confiance entre nous ", confesse Charles Michel à la Chambre, le 20 avril. " Je ne tolère pas la déloyauté au sein de la majorité. J'ai trouvé nécessaire de pouvoir constater une volonté commune de poursuivre les réformes. " Au boulot. Réformes des pensions et de l'impôt des sociétés, mobilité, pacte énergétique, équation budgétaire, etc. Les grands chantiers en cours avancent cahin-caha. De Daniel Bacquelaine (MR) à Johan Van Overtveldt (N-VA), en passant par François Bellot (MR) et Marie-Christine Marghem (MR), les ministres concernés s'appliquent avec plus ou moins de maestria et de réussite.Au coeur d'un été que l'on annonçait meurtrier pour cause de grosses tensions budgétaires, une divine surprise parvient au 16, rue de la Loi, en provenance de Namur, capitale de la Wallonie. La minirévolution fomentée par le CDH en bord de Meuse, qui a bouté les socialistes hors du gouvernement wallon, porte un attelage MR-CDH aux affaires. L'Elysette se pare de bleu, couleur favorite de Charles Michel. Voilà qui augure de relations plus harmonieuses entre le niveau fédéral et le nouveau casting wallon. " C'est la cerise sur le gâteau, après le grand accord fiscal conclu par la suédoise à l'été, qui représente une avancée importante pour la coalition et ses partenaires ", relève Jean Faniel, directeur général du Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques). Michel junior en apesanteur. La presse nordiste se met à l'encenser, les Flamands en font leur personnalité politique préférée. Le jeune Premier francophone savoure l'instant en toute (fausse) modestie : " J'essaie de garder mon sang-froid. " Sage précaution. Car Theo n'est jamais loin. L'agité de la classe, sourd aux appels du maître à la retenue, est bien trop occupé à soigner sa droite sur Facebook et Twitter. Ses dérapages contrôlés sur la migration ulcèrent jusque dans la majorité fédérale. " A titre personnel, je souhaiterais demander pourquoi, alors qu'il exerce une mission aussi délicate, il pratique l'art de la provocation et de la polarisation stériles sur les réseaux sociaux ? Monsieur Francken, votre style n'est pas le nôtre ! " lance Patrick Dewael, chef de groupe Open VLD à la Chambre, à l'occasion d'une énième " saillie ". L'opposition applaudit, les libéraux francophones et flamands aussi. C'est qui le patron, à la fin ? A la Chambre, l'élu de l'opposition Hendrik Vuye, ex-N-VA, voit double : " A l'évidence, nous sommes confrontés à deux gouvernements fédéraux : le gouvernement Michel et le gouvernement Francken. Le gouvernement Francken nous demande d'écouter et de regarder ses tweets et ses interviews, mais de ne surtout pas regarder les actes du gouvernement Michel qui ne parvient pas à faire ce qu'on attendait de lui : un gouvernement de redressement socio- économique. " Charles Michel au rapport. On lui reproche son incapacité chronique à faire taire l'électron libre, on accuse plus globalement les libéraux francophones de s'aplatir devant le remuant partenaire flamingant de la coalition. Bref, de céder un peu trop à la routine. " Avec Theo Francken, le MR est passé au stade de l'accoutumance. Il ne peut plus être surpris par les sorties du secrétaire d'Etat, à moins de feindre de l'être. Il doit faire avec ", prolonge Jean Faniel. Et il le fait assez bien. Le Premier ne laisse pas tout passer. Mais laisse beaucoup dire. Recadre sur la forme sans vraiment désavouer le fond. Distribue les cartons jaunes sans jamais sortir la rouge qui signifierait sa propre exclusion. Et l'arbitre sait jouer habilement du sifflet quand il faut maîtriser le dernier gros incident de jeu. Fin octobre, face caméra, Francken est de sortie : il annonce tout de go que la Belgique pourrait fort bien offrir le gîte et le couvert à Carles Puigdemont, ministre-président catalan déchu et en délicatesse avec la justice espagnole. La crise catalane, qui met aussi les ministres fédéraux N-VA Jambon et Van Overtveldt en verve, fait tanguer la coalition fédérale. Mais le roulis reste maîtrisé. Jamais la suédoise n'a paru se mettre réellement en danger. Portée par une fragile embellie économique, elle entretient certes la grogne sociale, fidèle à sa réputation de rouler pour les plus riches et de tracasser les moins bien lotis de la société. " Depuis le début de l'automne, on assiste à une reprise de la conflictualité sociale ", observe le directeur du Crisp. Mais la rue n'aura pas raison du gouvernement fédéral. L'opposition socialiste, un ton plus bas, n'atteint plus les volumes sonores enregistrés au début de la législature. Le CD&V se résigne à (sur)vivre avec la N-VA, faute de mieux. Le frigo communautaire est resté officiellement fermé. Michel I ne termine pas l'année sur les rotules. " 2017 a été pour la suédoise une année plutôt heureuse, celle de la consolidation et du renforcement ", commente Jean Faniel. L'hypothèse d'un Michel II, si d'aventure le verdict électoral de 2019 devait permettre de jouer les prolongations, fait toujours sens. " Une reconduction n'est plus une vue de l'esprit mais un élément qui s'impose de plus en plus comme une évidence, y compris au sein du CD&V. " C'est dire.