C'est avec une certaine gourmandise dans la voix que le 3 septembre, Rachid Madrane annonçait l'inauguration, en 2020, d'un nouveau musée d'art moderne et contemporain sur le site du garage Citroën le long du canal de Bruxelles. La première réaction engendrée par l'annonce a été le soulagement, car la situation de la capitale en la matière est assez désastreuse. D'abord, parce que les collections d'art moderne des Musées royaux des beaux-arts ne sont plus visibles de...

C'est avec une certaine gourmandise dans la voix que le 3 septembre, Rachid Madrane annonçait l'inauguration, en 2020, d'un nouveau musée d'art moderne et contemporain sur le site du garage Citroën le long du canal de Bruxelles. La première réaction engendrée par l'annonce a été le soulagement, car la situation de la capitale en la matière est assez désastreuse. D'abord, parce que les collections d'art moderne des Musées royaux des beaux-arts ne sont plus visibles depuis 2011. Ensuite, parce que l'art contemporain n'a pas de musée attitré. Dur, dur dans une ville réputée pour ses artistes, ses galeries, ses centres d'art privés ou publics, ses collectionneurs. En plus du soulagement, l'agréable nouvelle laissait la place à l'espoir : une décision pouvait donc émaner du fantastique imbroglio de niveaux de pouvoirs qui entoure le secteur culturel belge. Alléluia ! Hélas, la joie fut de courte durée. Fin septembre, le ministre-président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort ratifiait un protocole d'accord avec le Centre Pompidou pour l'une de ces joint-ventures, à mi-chemin entre la franchise et l'aide à la création, dont l'époque est en passe de cribler le globe à la manière de l'ail dans le gigot. Bien sûr, à ce niveau, personne ne peut dire à quoi ressemblera ce partenariat. Il reste que dans le Landernau artistique local, cet accord a été reçu comme un camouflet. Il est vrai que la nécessité d'en passer par la France peut être interprétée comme une insulte adressée aux acteurs culturels concernés. Le projet soulève de nombreuses questions. La principale ? Ne risque-t-on pas de payer très cher un label qui, à l'heure d'une mobilité accrue faisant de Bruxelles la banlieue de Paris, pourrait être confronté à une autoconcurrence inédite ? Historienne de l'art spécialisée dans le domaine de la politique culturelle, auteure d'un mémoire sur le Centre Pompidou, Pauline de la Boulaye confirme : " Le danger serait que le musée soit transformé non en un satellite, comme promis, mais en une succursale d'une collection qui déborde. D'autant qu'une telle formule impliquerait des coûts logistiques énormes. Qui va les payer ? Bruxelles ne ferait-elle pas mieux de se concentrer sur une vraie politique d'acquisition, qui fait défaut aujourd'hui ? Et miser sur son véritable capital : la vitalité enviée de sa scène artistique ? "