" Cela fait six mois que nous n'avons plus rien de positif à vendre. " Le constat désabusé d'un ténor libéral francophone, fin 2016, vaut plus qu'un long discours. L'année ne restera pas dans les annales comme un cru d'exception pour la suédoise fédérale de Charles Michel, installée au pouvoir en octobre 2014. Même si elle maintient le cap. MR, N-VA, Open VLD et CD&V restent liés par leur volonté de réformer le pays sur le plan socio-économique, avec l'espoir d'en récolter les fruits, à l'issue des cinq ans. Mais en matière de perception, le dynamisme initial a cédé la place aux tergiversations, en raison d'un casting discutable et de fortes tensions internes.
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" Cela fait six mois que nous n'avons plus rien de positif à vendre. " Le constat désabusé d'un ténor libéral francophone, fin 2016, vaut plus qu'un long discours. L'année ne restera pas dans les annales comme un cru d'exception pour la suédoise fédérale de Charles Michel, installée au pouvoir en octobre 2014. Même si elle maintient le cap. MR, N-VA, Open VLD et CD&V restent liés par leur volonté de réformer le pays sur le plan socio-économique, avec l'espoir d'en récolter les fruits, à l'issue des cinq ans. Mais en matière de perception, le dynamisme initial a cédé la place aux tergiversations, en raison d'un casting discutable et de fortes tensions internes. Le contexte de cette année ne fut guère favorable aux dirigeants fédéraux. A peine remis du lockdown désastreux de la fin 2015, le pays est frappé, le 22 mars, par les attentats de Bruxelles avec leur cortège de remises en question sécuritaires et économiques. La croissance reste molle, à 1,3 % sur l'ensemble de l'année. Face à ces complications, la cohérence du gouvernement laisse à désirer. En termes sportifs, on dirait que l'équipe Michel est contrainte de jouer défensivement, sur un terrain enneigé, en misant sur des joueurs blessés ou individualistes. Le tout face à une opposition démontée dans un Parlement devenu champ de bataille. Difficile, dans ce contexte, de viser le titre. Après des débuts orageux en raison de la montée de la N-VA au pouvoir fédéral, la suédoise avait pourtant imposé un rythme d'enfer : réforme des pensions, baisse des charges sur le travail, tax-shift, plans successifs de lutte contre le terrorisme... Au point de devenir légitime et de railler les gouvernements francophones, à majorité PS - CDH - DéFI, accusés de reporter les charges sur les prochaines générations. Mais, depuis l'été, la mécanique fédérale est grippée par les rivalités féroces entre partenaires flamands de la majorité. La meilleure illustration est budgétaire. En juillet, le gouvernement décide de reporter l'essentiel de la négociation après les vacances. A la rentrée, un bras de fer mémorable a lieu pour combler le trou de trois milliards d'euros, revu à la baisse après quelques entourloupes, mais aussi pour tenter de poursuivre la voie des réformes structurelles. " Le gouvernement a démontré sa capacité à prendre des décisions ", martèle Charles Michel devant les parlementaires, tandis que sa coalition se déchire. Le 14 octobre, à 22h40, le Premier lance enfin " Agreement " sur Twitter, comme il en a pris l'habitude en guise de clin d'oeil, avant de défendre ledit accord un dimanche à la Chambre. Bien joué pour la com. Mais les réformes de l'impôt sur les sociétés, la taxation des plus-values et la mobilisation de l'épargne pour relancer l'économie sont reportées à des jours meilleurs. Pire : le budget, violemment attaqué par l'opposition, est considéré comme étant " à risque " par l'Europe : il présente un risque de " non-conformité " avec les objectifs fixés par l'Union. Pour une coalition qui promettait de faire le ménage dans la maison Belgique, voilà qui fait désordre. C'est comme si un entraîneur ne parvenait désespérément pas à qualifier son club pour les compétitions européennes en dépit de la prétention affichée par ses dirigeants. En football, on le licencie. Perturbé, le MR perd de son flair politique et ne voit pas venir, en novembre, le missile Ceta : le refus wallon de signer le traité de libre-échange économique avec le Canada ouvre une crise aux relents internationaux. Aux yeux de l'opinion publique francophone, c'est une victoire par KO du ministre-président PS, Paul Magnette, face au Premier ministre Charles Michel. Même si le texte final ne varie en rien de l'original. Seul parti francophone au fédéral, le MR paie ce " casting de merde " dénoncé en interne : la démission de la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant, diminue le crédit du parti, au même titre que les remous à répétition provoqués par la ministre de l'Energie, Marie-Christine Marghem. En fin d'année, l'implication du libéral Armand De Decker dans le Kazakhgate, est encore plus désastreuse, car elle ramène le MR à la vieille image d'un parti n'ayant aucun scrupule avec l'argent. Sur fond d'explosion du PTB dans les sondages. Ce n'est pas la fronde contre le président de commission d'enquête parlementaire, le CDH Francis Delpérée, qui suffira à détourner l'attention. Comme si cela ne suffisait pas, le parti a réussi à se fâcher avec des pans entiers de la population qui lui étaient a priori favorables : policiers, militaires, médecins, avocats... En 2017, il s'agira pour la suédoise de marquer des buts et de vendre du rêve pour relever la tête. Dans un climat qui promet d'être très difficile, en raison de la préparation des élections communales de 2018.