On savait Jan Bens farouchement pro-nucléaire. Cela ne pose pas de problème particulier aux ministres de son secteur, Marie-Christine Marghem pour l'énergie, et surtout Jan Jambon pour la sécurité. L'indépendance de l'institution chargée de veiller au sûr fonctionnement des sept réacteurs nucléaires que compte la Belgique leur semble si intrinsèquement indiscutable que c'est elle, et elle seule, donc lui, et lui seul, qui décidera, lorsqu'il aura sous les yeux les conclusions des divers organismes mobilisés sur le dossier, du redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, ces réacteurs dont la cuve est émaillée de microfissures, et qui sont à l'arrêt depuis le printemps 2014.
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On savait Jan Bens farouchement pro-nucléaire. Cela ne pose pas de problème particulier aux ministres de son secteur, Marie-Christine Marghem pour l'énergie, et surtout Jan Jambon pour la sécurité. L'indépendance de l'institution chargée de veiller au sûr fonctionnement des sept réacteurs nucléaires que compte la Belgique leur semble si intrinsèquement indiscutable que c'est elle, et elle seule, donc lui, et lui seul, qui décidera, lorsqu'il aura sous les yeux les conclusions des divers organismes mobilisés sur le dossier, du redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, ces réacteurs dont la cuve est émaillée de microfissures, et qui sont à l'arrêt depuis le printemps 2014.On savait Jan Bens lié à Electrabel, pour qui il a travaillé toute sa carrière. Il faut dire que l'opérateur historique est le seul en Belgique à produire de l'énergie atomique, et que le Royaume présente peu d'autres débouchés professionnels pour le brillant diplômé en ingénierie nucléaire de l'Université de Gand -promotion 1979- que fut Jan Bens. On savait aussi qu'il avait plus précisément travaillé à Doel, huit ans de 1979 à 1987, et trois ans de 2004 à 2007 comme directeur général de la centrale scaldéenne, même s'il a occupé entre-temps diverses fonctions, à l'étranger notamment. On ne savait pas du tout, en revanche, que Jan Bens s'était, alors qu'il dirigeait cette centrale, publiquement montré favorable à une prolongation d'infrastructures dont il doit aujourd'hui décider de la prolongation et/ou du redémarrage. Interviewé dans la revue interne Doel Info de fin 2004, Jans Bens déclarait notamment que le réacteur de Doel 2 était "prêt pour encore trente années de service " alors que la loi de sortie du nucléaire n'avait pas encore été enterrée, ce qu'il appelait de ses voeux. Plus clair encore, il expliquait, en fin d'interview, qu'il "devait convaincre les politiques et le grand public que nous visons les soixante ans d'exploitation" de ces réacteurs nucléaires dont le plus ancien était alors trentenaire.Dix ans plus tard donc, la personne chargée de contrôler la pertinence de ces propos est celle qui les a prononcés.Cela ne choque pas que l'opposition rouge, orange et verte : même le député bleu David Clarinval, membre de la commission sécurité nucléaire de la Chambre comprend "que l'on puisse se poser la question", et admet un possible "cas de conscience" pour Jan Bens, mais "ne doute pas qu'il faut avoir confiance en l'AFCN et en son directeur ". Le porte-parole de l'Agence, Sébastien Berg, est sur la même ligne défensive. "Nous sommes d'avis qu'il convient d'interpréter les passages que vous surlignez dans le contexte global de 2005 et non pas de façon isolée en essayant d'en tirer des conclusions sur le travail actuel de l'AFCN", dit-il. "En 2005, lorsque Jan Bens a accordé l'interview dont il est question ici, il était directeur de la centrale nucléaire de Doel. Sa mission était de gérer au mieux ses installations et de les moderniser continuellement pour en assurer la fiabilité et la disponibilité. Aujourd'hui, Jan Bens est directeur général de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire. Sa mission est de garantir la protection de la population, des travailleurs et de l'environnement contre les dangers liés à la radioactivité. Ce sont deux rôles différents, avec des réalités et des objectifs différents ", ajoute-il encore. L'ingénieur Jan Bens serait-il si bon acteur qu'il pourrait, à une décennie d'intervalle, s'échanger avec lui-même ses propres répliques sans qu'aucun spectateur ne s'en offusquât ? Le ministre de l'Intérieur, lui, s'offusque surtout du jeu que joue l'opposition. "Ce n'est pas mon gouvernement qui a nommé Jan Bens. Pourquoi à l'époque son parcours n'a posé de problème à personne ?", se demande-t-il. "Je n'ai aucune raison de douter de l'indépendance de Monsieur Bens, et ce ne sont pas ces déclarations datées de dix ans qui me feront changer d'avis", déclare encore Jan Jambon (N-VA) au Vif-L'Express.