Le 13 septembre dernier, des heurts se sont produits entre la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles et des manifestants qui ne respectaient pas l'itinéraire ou tardaient à se disperser après la manifestation organisée par le collectif La santé en lutte. Une scène relayée par LN24 a frappé les esprits. On y voit un homme bondir en actionnant un spray au poivre professionnel. Problème: l'homme en question n'était pas un policier, mais un photographe "embarqué" avec le commissaire Pierre Vandersmissen, premier commissaire divisionnaire à la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles, responsable de la Direction des interventions, c'est-à-dire de l'encadrement de toutes les manifestations festives (marathon de Bruxelles...), protocolaires (sommets européens...) ou revendicatives (998 en 2019). La même séquence montre le commissaire, penché sur un manifestant à terre, se retourner vivement et intimer au photographe l'ordre de s'arrêter.
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Le 13 septembre dernier, des heurts se sont produits entre la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles et des manifestants qui ne respectaient pas l'itinéraire ou tardaient à se disperser après la manifestation organisée par le collectif La santé en lutte. Une scène relayée par LN24 a frappé les esprits. On y voit un homme bondir en actionnant un spray au poivre professionnel. Problème: l'homme en question n'était pas un policier, mais un photographe "embarqué" avec le commissaire Pierre Vandersmissen, premier commissaire divisionnaire à la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles, responsable de la Direction des interventions, c'est-à-dire de l'encadrement de toutes les manifestations festives (marathon de Bruxelles...), protocolaires (sommets européens...) ou revendicatives (998 en 2019). La même séquence montre le commissaire, penché sur un manifestant à terre, se retourner vivement et intimer au photographe l'ordre de s'arrêter. La réaction politique n'a pas tardé. "D'après les éléments en notre possession, il apparaît qu'un non-policier a utilisé un gaz lacrymogène à la fin de la manifestation du dimanche 13 septembre, ce qui est inacceptable et complètement illégal", a communiqué le cabinet du bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS). Celui-ci a demandé une enquête administrative au chef de corps de la zone, Michel Goovaerts, qui, par mesure d'ordre, a écarté provisoirement le commissaire Vandersmissen. Une mesure que ce dernier a contestée en extrême urgence devant le Conseil d'Etat, car, justifiait son avocat, Me Jean Bourtembourg, le commissaire n'avait pas été entendu préalablement par sa hiérarchie et sa mise à l'écart lui causait un préjudice médiatique. Son recours en suspension a été rejeté, l'extrême urgence n'étant pas retenue par le juge du fond. Aucune enquête disciplinaire n'a encore été lancée. En revanche, plainte a été déposée contre X par Me Olivier Stein, l'avocat de trois manifestants, pour, notamment coups et blessures ayant entraîné une incapacité de travail. De son côté, le parquet de Bruxelles a ouvert une enquête à l'encontre du photographe Philippe Bourguet pour port d'arme prohibée et coups et blessures volontaires. Une affaire Benalla en puissance, du nom de ce chargé de mission de l'Elysée, non-policier, filmé en train d'alpaguer un couple qui lançait des projectiles sur les CRS, le 1er Mai 2018, place de la Contrescarpe, à Paris. Le Liégeois Philippe Bourguet n'a pas la notoriété d'Alexandre Benalla, ni de proximité avec un président de la République, mais seulement avec Pierre Vandersmissen, ce qui, dans certains milieux d'extrême gauche, est pratiquement du même ordre. Le commissaire est honni, vilipendé, déshumanisé, son nom travesti en VandersmiSSen, à cause de son engagement peu classique sur le terrain, jamais casqué, toujours reconnaissable, au point de l'avoir payé d'un pavé sur la tête, le 24 mai 2016, lors d'une manifestation syndicale. Comment Philippe Bourguet s'est-il procuré la "gazeuse"? Et que faisait-il dans la voiture du commissaire, ce jour-là, quand elle s'arrête, rue de la Régence, un peu en contrebas du Musée des beaux-arts? "Quand je suis avec le commissaire, je reste dans la voiture s'il me le dit, c'est le deal. Comme il ne m'a pas dit de rester, je suis descendu avec lui, qui il allait contrôler deux personnes. Un jeune à vélo est arrivé. Il a commencé à insulter le commissaire qui a voulu le faire dégager avec un petit jet de lacrymogène. Ensuite, une vingtaine de personnes se sont approchées, certaines avec des lattes en bois. Elles avaient vu que le commissaire était tout seul. J'ai pris l'initiative de demander une bonbonne au chauffeur de la voiture du commissaire: le policier me l'a donnée par la vitre baissée côté passager. Je ne l'ai pas volée et ce n'est pas le commissaire qui me l'a donnée. Je l'ai suivi pendant deux ans sur des manifestations bien plus graves que ça, un appareil photo, ça me suffit." Le photographe, après avoir "obtenu cette arme", revient auprès des deux personnes interpellées, mais "l'homme à vélo arrivait en face. Le groupe de vingt personnes avec les lattes en bois, ça ne faisait pas peur au commissaire. Il m'a laissé tout seul et a foncé pour contrôler leurs papiers. Celui qui était à vélo a contourné la voiture de police et est venu de mon côté pour apporter un produit pour les yeux aux deux personnes contrôlées qui, elles, n'étaient pas menaçantes. Il s'est approché de moi en me criant dessus et je me suis senti en danger, mais j'avais un moyen de défense ; il a donc fait demi-tour et j'ai couru après. Le commissaire et d'autres policiers l'ont mis au sol, puis, je les ai rejoints (NDLR: le photographe souffre d'un handicap à la suite d'un accident de reportage à l'étranger) et j'ai poussé instinctivement sur le bouton, aspergeant surtout le commissaire et un policier en civil. Je suis le seul responsable de mon geste. Je ne savais pas que cet objet était prohibé en Belgique, je n'aurais pas dû l'utiliser. Cela n'a pas fait plaisir au commissaire. Lorsqu'il m'a ramené à la caserne, je me suis fait engueuler." Photographe dans une agence de presse dont il a été écarté après l'incident, redevenu photographe free lance, Philippe Bourguet, 56 ans, est l'auteur d'un livre sur la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles, Polbru (autoédition), qu'il a réalisé en immersion. "Après un livre sur l'immigration clandestine en Europe, j'avais suivi les manifestations des gilets jaunes à Paris et vu les policiers se faire attaquer par les Black Blocs. J'ai voulu savoir comment les manifestations se passaient à Bruxelles et j'ai obtenu la permission de suivre le travail du commissaire Vandersmissen. J'ai commencé lors de la première visite de Donald Trump à Bruxelles, en mai 2017. Le livre est sorti le 21 juillet 2019, préfacé par le chef de la zone et le bourgmestre de Bruxelles, qui en a acheté un exemplaire au stand de la police. La police ne m'a jamais demandé de lui fournir des photos. A titre privé, j'ai donné à plusieurs membres de la police et au commissaire lui-même une photo avec le président Emmanuel Macron à l'aéroport de Melsbroek, pour mettre sur son bureau, avec les photos d'autres photographes."