A l'issue d'une semaine de session plénière, les délégués des 132 pays membres de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) ont adopté samedi à Paris un "résumé pour les décideurs" du nouveau rapport de la plateforme. Ce rapport, élaboré par 145 experts avec la collaboration de 310 autres scientifiques, est le plus exhaustif à ce jour. Il compile des milliers d'études sur l'état de la nature. La version finale doit encore être adaptée. Mais le résumé -publié lundi- confirme que les constats sont alarmants. 75% du milieu terrestre et 40% du milieu marin sont "sévèrement altérés" à ce jour par les activités humaines. Sur un total estimé de 8 millions, jusqu'à un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction. Alors peut-on espérer un sursaut planétaire, un réveil salutaire? "Pourvu que l'IPBES ait autant d'impact sur la prise en compte de la biodiversité par les politiques que le GIEC en a sur le climat", s'accordent les chercheurs. "Ce rapport offre une importante source d'informations pour mobiliser un vaste éventail d'acteurs (gouvernements, société civile, secteur privé) et prouver ainsi que nous sommes encore capables de préserver la biodiversité et, par conséquent, notre avenir par des investissements solides en faveur de la conservation et de la protection de la nature, des actions collaboratives, des politiques avisées et des interventions intelligentes", selon Hilde Eggermont. Car la situation est critique: jamais dans l'histoire de l'humanité la biodiversité n'a autant décliné. A petite échelle, l'impact de notre pays sur la biodiversité mondiale est affolant: "la Belgique se classe dans le top 5 des pays qui ont la plus grande empreinte écologique. Si chaque être humain de la planète avait le même mode de vie que les Belges, nous aurions besoin de 4,3 planètes Terre pour pouvoir vivre confortablement", constate H. Eggermont. Une série de vidéos de la campagne fédérale BeBiodiversity montrent ainsi l'impact de nos habitudes de consommation sur d'autres parties du monde. On y voit, par exemple, le lien qui existe entre la production de smartphones et les répercussions négatives sur les populations de gorilles (en déclin car leur habitat disparaît au profit des mines) ou les effets de la consommation de sushis sur les tortues (capturées dans des grands filets, parmi d'autres poissons comme le thon). Alors comment peut-on agir? "Au niveau fédéral, il est très important de continuer à appuyer des initiatives comme l'IPBES et le GIEC. Ces initiatives ont besoin de financements publics afin d'éviter les conflits d'intérêts. Au niveau régional et local, de nombreuses actions peuvent être mises en place, telles qu'investir dans le maillage vert, reconnecter les zones fragmentées, donner des subsides aux exploitations agricoles respectueuses de la conservation des sols et de la biodiversité", suggère Brendan Coolsaet, maître de conférences en environnement et développement à l'ESPOL (European School of Political and Social Sciences) de Lille. Pour le Dr. Hilde Eggermont, l'enseignement est primordial: "Il est urgent de mieux intégrer la notion de biodiversité dans l'éducation et l'apprentissage. Chez les jeunes enfants, le concept de 'biodiversité' n'évoque souvent rien de plus qu'un joli papillon ou scarabée. On n'apprend pas aux enfants l'importance de la biodiversité pour la vie et le bien-être. Or l'éducation peut pérenniser le travail de développement", lance-t-elle en guise de conclusion. (Belga)