" Ces Flamands, tous des racistes ", ont-ils parfois affirmé, faisant dans la foulée un amalgame aussi douteux que les commentaires xénophobes qui pullulent aujourd'hui sur les réseaux sociaux, au nord comme au sud du pays. S'il n'est, certes, qu'à moitié étonnant de découvrir l'existence de ce groupe d'ultradroite en Flandre, on ne peut pour autant attester d'un racisme généralisé de l'autre côté de la frontière linguistique.
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" Ces Flamands, tous des racistes ", ont-ils parfois affirmé, faisant dans la foulée un amalgame aussi douteux que les commentaires xénophobes qui pullulent aujourd'hui sur les réseaux sociaux, au nord comme au sud du pays. S'il n'est, certes, qu'à moitié étonnant de découvrir l'existence de ce groupe d'ultradroite en Flandre, on ne peut pour autant attester d'un racisme généralisé de l'autre côté de la frontière linguistique. Les Flamands, il est vrai, luttent encore toujours pour se débarrasser d'un passé encombrant qui leur colle décidément à la peau. Les révélations de l'émission Pano, qui a mis au jour des dizaines de milliers de messages xénophobes, homophobes et sexistes partagés dans des groupes secrets de S&V, vient douloureusement leur rappeler que la mouvance d'extrême droite n'a jamais réellement cessé d'exister. S&V ne diffère que peu des autres mouvements suprémacistes qui ont marqué le nord du pays. Les historiens évoquent notamment la milice du Verdinaso des années 1930, les brigades nées sous le régime nazi, ou encore l'Ordre des militants flamands (VMO), entre les années 1950 et 1980. Ces groupes ont pour similitude d'être constitués de jeunes hommes blancs motivés par la haine de l'autre. Les membres de S&V se voient toutefois renforcés par une arme redoutable : Internet. Les armées de trolls qui y déferlent parviennent désormais à colporter leurs idées radicales, les jeunes recrues de l'alt-right flamande se laissant séduire par l'" humour " raciste d'une propagande bien ficelée et véhiculée par les algorithmes des réseaux sociaux. Ces dernières semaines encore, le cliché du Flamand raciste a été amplifié par de graves incidents. En l'espace de quelques jours, des personnes d'origine africaine ont été victimes de violentes agressions à la gare d'Aarschot et au festival Pukkelpop. A Louvain, une croix gammée et un message islamophobe ont été tagués sur une mosquée. Ironie du sort, la radio-télévision publique flamande publiait dans le même temps une étude scientifique de la KU Leuven affirmant que la tolérance à l'égard des minorités a augmenté au nord du pays. Un résultat contre-intuitif, mais qui ne surprend pas au vu des innombrables réactions d'indignation qui ont suivi ces fâcheux événements. La Flandre a été profondément choquée par le reportage de Pano. Il a toutefois fallu attendre des faits de racisme particulièrement extrêmes pour véritablement ébranler l'opinion publique. Cette forme de xénophobie pure et dure ne concerne sans doute qu'une partie infime de la population. Le fléau du racisme quotidien, banalisé et débridé, progresse, lui, toujours plus, des deux côtés de la frontière linguistique, comme en témoignent les récentes attaques contre la présentatrice météo de la RTBF, Cécile Djunga. La problématique des migrants, exacerbée par les priorités de certains responsables politiques, ne fait qu'accentuer le phénomène. Le rejet des étrangers est aujourd'hui revendiqué comme un droit par la mouvance identitaire, dont la mission affichée de défendre " nos normes et notre culture " est facilitée par l'une de nos plus grandes valeurs : la liberté d'expression. Une liberté qui permet de tenir des propos qui suscitaient l'émoi, il y a quelques années encore. Mais les temps changent. En Flandre, comme partout ailleurs en Europe.