C'était une note de bas de page dans le Rapport 2018 de la Banque Nationale: "Deux régents ne peuvent souscrire au Rapport dans son intégralité". Ce n'est pas la première fois que cela se produit et cela rend la situation encore plus problématique. L'an dernier, le patron de la FGTB, Rudy De Leeuw, n'a pas voulu signer le rapport, cette année son successeur Robert Vertenueil et le président du CSC Marc Leemans ont refusé de le signer. Ils ne sont donc pas d'accord avec les conclusions de la Banque Nationale sur la situation financière et économique du pays, étayées par des centaines de chiffres et de graphiques. Cela devient un problème si, pendant des années et des années, les mêmes représentants ne signent pas le rapport. Non seulement cela grignote l'autorité de la Banque Nationale, mais cela soulève aussi des questions sur le sérieux des syndicats. La FGTB (où le PTB/PVDA prend de l'ampleur) et la CSC (où les partisans écologistes occupent des position...

C'était une note de bas de page dans le Rapport 2018 de la Banque Nationale: "Deux régents ne peuvent souscrire au Rapport dans son intégralité". Ce n'est pas la première fois que cela se produit et cela rend la situation encore plus problématique. L'an dernier, le patron de la FGTB, Rudy De Leeuw, n'a pas voulu signer le rapport, cette année son successeur Robert Vertenueil et le président du CSC Marc Leemans ont refusé de le signer. Ils ne sont donc pas d'accord avec les conclusions de la Banque Nationale sur la situation financière et économique du pays, étayées par des centaines de chiffres et de graphiques. Cela devient un problème si, pendant des années et des années, les mêmes représentants ne signent pas le rapport. Non seulement cela grignote l'autorité de la Banque Nationale, mais cela soulève aussi des questions sur le sérieux des syndicats. La FGTB (où le PTB/PVDA prend de l'ampleur) et la CSC (où les partisans écologistes occupent des positions clés) peuvent-elles encore conclure des accords ?Selon les calculs du Conseil Central de l'Économie (CCE), la marge maximale pour la hausse salariale est de 0,8 %, en plus de l'indice. Les syndicats estiment que c'est beaucoup trop peu, ils se battent pour 1,5%. Mais désirons-nous vraiment des négociations salariales coordonnées dans notre pays, comme se demande Frank Vandenbroucke (Université d'Amsterdam) dans le quotidien De Standaard. L'ancien ministre y reste favorable parce qu'il pense que la libre négociation salariale dans les entreprises et les secteurs sans coordination "n'est pas une bonne recette pour des États-providence qui forment une union monétaire. Ils ont besoin d'un suivi efficace et durable de la répartition du gâteau national et de la position concurrentielle internationale."Les négociations salariales nationales fonctionnaient dans les années 1950 et 1960, alors que nous avions encore un secteur industriel important. "Mais aujourd'hui, notre économie est tellement diversifiée qu'on ne peut plus maintenir la même norme salariale pour tout le monde", déclarait Paul de Grauwe (London School of Economics) la semaine dernière. Il vaudrait mieux négocier au niveau sectoriel, mais même au sein d'un secteur, les entreprises ne se ressemblent plus toutes. Au fond, il serait préférable de négocier la norme salariale pour chaque entreprise séparément. En tout état de cause, le gouverneur de la Banque Nationale, Pierre Wunsch, estime que la situation actuelle est "trop rigide". Il souhaite que les négociations salariales prennent davantage en compte "les différences entre entreprises, secteurs, sous-régions et compétences recherchées".La concertation salariale n'est pas la seule négociation entre organisations d'employeurs et d'employés à être dans une impasse. Ils ne parviennent pas non plus, par exemple, à un accord sur la liste de métiers lourds. Ou sur le lien entre la rémunération et l'ancienneté. Bref, la concertation sociale se gâte. "Les dossiers sur lesquels le gouvernement n'est pas d'accord sont soumis à la consultation sociale, et ensuite on ne les revoit plus", dit Stijn Baert (UGent). Il décrit la consultation sociale comme "une oubliette". Ive Marx (Université d'Anvers) qualifie la consultation sociale "de feuilleton en trois épisodes qui dure depuis 40 ans". Au premier épisode, la conjoncture est favorable, la consultation s'enlise et on fait grève pour des salaires plus élevés. Au deuxième épisode, la croissance diminue et le déficit augmente. Au troisième, les impôts augmentent, on fait des économies suivies de manifestations et de grèves. Ensuite, on revient au premier épisode.Notre modèle de concertation sociale n'est pas seulement menacé parce que le Groupe des Dix, qui regroupe les représentants des employeurs et des salariés, ne parvient plus à conclure des accords. La question se pose de plus en plus : qui ces partenaires sociaux représentent-ils encore? Ce n'est pas nouveau : l'image et le soutien aux organisations d'employeurs et de travailleurs s'effritent depuis quelque temps. Il y a sept ans, le président des mutualités socialistes, Guy Peeters, s'inquiétait déjà lors d'un entretien avec De Morgen : "On a perdu le contact avec la personne que l'on est censé représenter". Il a d'ailleurs comparé les organisations de la société civile à une "chorale de castrats". Le CSC, la FGTB, la FEB, Unizo et les autres partenaires sociaux peuvent-ils se réinventer ?Et comment se terminera la concertation salariale ? Gageons que sur proposition du ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V), le Conseil Central de l'Économie (CCE) recalculera tout, et qu'alors on verra que les salaires n'augmentent pas de 0,8, mais de 1,1%. Un exemple de "Vos ordres sont nos désirs". Personne ne sera satisfait, mais tout le monde est content. Du moment qu'on ne croit pas que c'est comme ça qu'on avance.