"J'ai la chance d'être toujours content !" Venant de Martin Weill, la confidence n'a rien d'étonnant. Quand, frais diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, il se retrouve, à seulement 25 ans, recruté par Canal+ et propulsé, dès août 2013, aux quatre coins de la planète comme envoyé spécial quotidien du Petit Journal de Yann Barthès, il y a de quoi avoir la banane. Et lorsque, après cinq ans à cette cadence surmultipliée de directs - perpétués sur Quotidien pour TF1 -, il se voit offrir par son employeur un magazine de grands reportages tellement personnalisé qu'il s'appelle... Martin Weill, l'extase n'est pas loin.
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"J'ai la chance d'être toujours content !" Venant de Martin Weill, la confidence n'a rien d'étonnant. Quand, frais diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, il se retrouve, à seulement 25 ans, recruté par Canal+ et propulsé, dès août 2013, aux quatre coins de la planète comme envoyé spécial quotidien du Petit Journal de Yann Barthès, il y a de quoi avoir la banane. Et lorsque, après cinq ans à cette cadence surmultipliée de directs - perpétués sur Quotidien pour TF1 -, il se voit offrir par son employeur un magazine de grands reportages tellement personnalisé qu'il s'appelle... Martin Weill, l'extase n'est pas loin. Pas de doute, en seulement huit ans, la trajectoire de Martin Weill a été rectiligne, battante, fulgurante. De quoi fermer le clapet de ceux qui ne voyaient dans le jeune reporter cool aux look sage et visage poupon qu'un énième et éphémère gadget Canal+, parachuté aux directs pour donner un cachet actu internationale au talk-show branché. C'était sous-estimer son endurance (en 2016, le reporter avait déjà parcouru près de 600.000 kilomètres, l'équivalent de 16 tours du monde !) et, surtout, son style subtilement décalé. Celui d'un journalisme moderne, décomplexé, atypique dans le ton mais redoutablement informé et sérieux sur le fond. Hier en capsule quotidienne live comme aujourd'hui dans ses enquêtes de nonante minutes distillées chaque semaine sur TMC et désormais sur Tipik (RTBF). "Le truc, c'est de parler de sujets sérieux sans se prendre au sérieux. De faire du grand reportage international sur un ton différent, en s'autorisant un vocabulaire et des touches d'humour largement absents dans les reportages classiques. Mon style narratif, c'est comme si je racontais une histoire à un copain, de manière accessible, vivante, proche, décrit Martin Weill lors des trente minutes qu'il nous a réservées en plein tournage d'un prochain sujet "Police et violences policières". Autre ingrédient, on veille toujours à ce que l'info soit "incarnée", principalement par moi mais aussi par les gens que j'interviewe. Une caméra à l'épaule me suit et le télé-spectateur découvre les choses avec moi." Fan de journalistes marquants comme feu le Polonais Ryszard Kapuscinski, Paul Moreira ( Cash Investigation) ou Sorj Chalandon ( Le Canard enchaîné), Martin Weill revendique un journalisme remuant sans virer militant. "Je ne suis pas là pour défendre des causes. Uniquement pour exercer mon travail de manière indépendante et honnête. Cela n'empêche pas que celui-ci serve des valeurs universelles, elles-mêmes au service de combats contre l'homophobie, le racisme, l'exclusion, l'incitation à la haine, etc.", estime le reporter. Tel sera le cas dans "Le grand complot" (1), un édifiant décryptage de la folie des thèses complotistes, des actions et harcèlements menés par leurs adeptes en différents endroits du monde. "Dans un autre registre, je me suis aussi déjà payé le président brésilien Jair Bolsonaro ou le président américain Donald Trump ("La fin de l'American Dream"), car ce sont des personnages particuliers et qu'il est nécessaire de montrer les dessous de leur façon de gouverner ", justifie le reporter. Y a-t-il pour autant un fil conducteur entre tous les sujets traités aujourd'hui par Martin Weill ? Avant de repartir en opération sur le terrain avec une équipe de la BAC (Brigade anticriminalité) française, le jeune trentenaire esquisse : "Nos sujets sont tous le fruit d'une discussion au sein de la rédaction du magazine. Ce qui nous branche, c'est de parler des obsessions de notre société. Que ce soit le culte du corps (2), les gourous, les smartphones, le tourisme de masse, la crise sanitaire, Trump, le racisme... tous les phénomènes qui reflètent notre époque." Martin Weill jouit d'un double luxe. Celui de pouvoir creuser des sujets très différents, et cela n'importe où dans le monde. "Le thème décide de l'endroit, du ou des pays, où le reportage sera tourné. Je suis passionné par cette dimension internationale ! J'ai toujours été connecté sur ce qui se passait ailleurs. C'est le sésame vers un réservoir de sujets intéressants, une ouverture formidable et une extraordinaire confrontation à des réalités que seul le journalisme rend possible. Mon kif professionnel, c'est de découvrir des choses et des gens que je ne connais pas. Cela force parfois à penser contre soi, à se confronter à d'autres personnes, à voir des réalités différentes des nôtres. Cela ouvre l'esprit", savoure le globe- reporter impénitent... Comme un certain Tintin, surnom aussitôt accolé à Weill dès l'entame de son marathon de directs internationaux quotidiens comme envoyé spécial du Petit Journal. "J'imagine que c'était bienveillant... C'est déjà plus sympa que Rastapopoulos !" sourit Mar(Tin)tin. "Mon air jeunot, ma fonction de reporter, mes déplacements tout autour du monde, il n'en fallait pas plus. Cela dit, Tintin a le titre de reporter mais on le voit rarement faire un taf de journaliste. Il est surtout enquêteur, redresseur de torts, toujours embarqué dans des poursuites et bagarres. Perso, je pense être incapable de mettre une droite à quelqu'un." Il est vrai que décocher un reportage peut avoir plus d'effet... Reste "la" question qui grattouille. Quand votre émission porte votre propre nom, n'est-ce pas le signe qu'on a pris le melon ? "Ouiii... Non, je plaisante !" pirouette Martin Weill. "Ce titre a été longtemps débattu au sein de Bangumi (NDLR : "programme de télévision", en japonais), la société de Yann Barthès et Laurent Bon, qui m'emploie. Je n'étais vraiment pas pour. In fine, on m'a expliqué que c'était la meilleure solution, partant du principe que ce qui est marqué dessus fait qu'on sait ce qu'il y a dedans. De plus, cela réglait le souci que notre offre tellement éclectique de sujets était difficilement réductible à un titre. Bref, mon nom faisait le lien entre tous les contenus, façon marque de fabrique et soulignait le caractère incarné de l'émission. Mais c'est sûr, vu de l'extérieur, j'ai dû passer pour un mégalo-melon. " Par Fernand Letist.