Massés derrière une longue banderole appelant à "se lever pour la Catalogne", l'ancien ministre régional de la Santé Antoni Comin, l'actuelle représentante du gouvernement de Catalogne auprès de l'Union européenne Meritxell Serret et l'ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont, tous trois résidant en Belgique, ont insisté une nouvelle fois sur le caractère politique de la crise catalane. "Il ne s'agit pas d'un problème catalan ou espagnol, cela nous concerne tous", a déclaré M. Puigdemont face aux institutions européennes. "Au nom de tous ceux qui sont persécutés, s'il vous plaît, aidez-nous", a-t-il lancé. Les indépendantistes estiment en effet que les sept anciens membres du gouvernement catalans et deux représentants de la société civile condamnés pour sédition et, pour certains, détournement de fonds lundi par la Cour suprême espagnole, ont écopé de neuf à 13 ans de prison pour leurs idées sécessionnistes.

Au terme de ce procès exceptionnel, qui s'est étalé sur plusieurs mois, les juges ont écarté le chef d'accusation, plus grave, de rébellion. Au total, 12 séparatistes catalans étaient poursuivis pour leur implication dans l'organisation d'un référendum d'autodétermination le 1er octobre 2017. Trois anciens membres du gouvernement catalan ont, eux, été condamnés à des amendes pour désobéissance. Devant la Commission européenne mardi, Antoni Comin a comparé l'Espagne à la Turquie pour son "absence de démocratie". "Il y a une solution démocratique: négocier avec les indépendantistes", a-t-il insisté. Drapeaux catalans sur le dos et rubans jaunes épinglés à la veste, la foule a ensuite pris le chemin de l'ambassade d'Espagne à Bruxelles aux cris de "Dignité, indépendance" et "Vous, les fascistes, êtes les terroristes". "Nous obtiendrons l'indépendance en nous mobilisant", estime cette manifestante catalane établie au Luxembourg. "L'Espagne a trop besoin de l'apport économique de la Catalogne, elle ne nous lâchera pas." Au milieu des pancartes demandant à l'Europe "de se réveiller", Maria et Mireille accusent l'Espagne d'être un État fasciste. "Nous avons besoin d'aide", lancent ces deux jeunes touristes catalanes. Pour deux représentants du Collectif wallon pour la Catalogne, il s'agit surtout de soutenir la démocratie, plus que l'indépendance de la région espagnole. "Nous voulons attirer l'attention sur le déroulement du procès, sans véritable débat", dénoncent-ils.

Des militants N-VA brandissaient pour leur part une large banderole affirmant que "Nous sommes tous Catalans aujourd'hui". L'ex-secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration Theo Francken, la parlementaire bruxelloise Cieltje van Achter et le sénateur Mark Demesmaeker étaient également présents. "L'usage de la violence n'a jamais été prouvé, alors que les charges de rébellion et sédition avaient été retenues. En Espagne, la loi est utilisée pour violer les libertés fondamentales", a assené ce dernier. La manifestation était organisée par la puissante association indépendantiste ANC, dont le dirigeant Jordi Sanchez a été condamné à neuf ans de prison. Ce rassemblement "est une réaction à un verdict scandaleux, qui crée un dangereux précédent en Europe. Or, l'Union européenne ne réagit pas", a dénoncé Eva Pruneda Ruiz, de l'ANC. Le gouvernement espagnol "ne peut pas fermer les yeux devant un million de personnes qui ont réclamé un référendum, ne pas soutenir ce processus démocratique puis mettre les leaders de cette contestation en prison." Devant l'ambassade d'Espagne, trois touristes catalans ont regretté qu'aucun véritable travail de mémoire n'ait été entamé après la dictature franquiste, qui a violemment réprimé les ardeurs nationalistes de certaines régions espagnoles. "Il y a 79 ans jour pour jour, le président du gouvernement catalan (Lluís Companys, NDLR) était fusillé par la police franquiste. Ce qui se passe aujourd'hui est différent, oui, mais reste en lien avec ce qu'il s'est passé" à l'époque, a souligné l'un d'eux. Le cortège s'est dissipé vers 14h00.