Mi-août, Le Vif/L'Express a envoyé un questionnaire écrit (lire page 28) aux 50 plus grandes communes francophones, celles qui rassemblent plus de 20 000 habitants. Objectif : connaître les localités les plus actives en faveur de l'égalité femmes-hommes. Autrement dit, celles qui mènent des initiatives pour faire en sorte que leur espace public soit plus accueillant tant pour les femmes que pour les hommes. L'échelon local possède en effet un réel pouvoir dans la lutte contre les discriminations de genre, grâce à son domaine d'action et son rôle de proximité. La preuve : signataires de la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, élaborée en 2006 par le Conseil des communes et des régions d'Europe (CCRE), 1 726 municipalités sur le continent forment un réseau mobilisé contre l'inégalité des sexes. A ce jour, quinze communes sollicitées par Le Vif/L'Express ont adhéré à ce document, lequel les engage à construire un plan d'actions, dans les deux ans, et à intégrer le genre dans toutes leurs politiques. Un chiffre rachitique au regard des centaines de collectivités qui l'ont paraphé dans 35 pays d'Europe.
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Mi-août, Le Vif/L'Express a envoyé un questionnaire écrit (lire page 28) aux 50 plus grandes communes francophones, celles qui rassemblent plus de 20 000 habitants. Objectif : connaître les localités les plus actives en faveur de l'égalité femmes-hommes. Autrement dit, celles qui mènent des initiatives pour faire en sorte que leur espace public soit plus accueillant tant pour les femmes que pour les hommes. L'échelon local possède en effet un réel pouvoir dans la lutte contre les discriminations de genre, grâce à son domaine d'action et son rôle de proximité. La preuve : signataires de la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, élaborée en 2006 par le Conseil des communes et des régions d'Europe (CCRE), 1 726 municipalités sur le continent forment un réseau mobilisé contre l'inégalité des sexes. A ce jour, quinze communes sollicitées par Le Vif/L'Express ont adhéré à ce document, lequel les engage à construire un plan d'actions, dans les deux ans, et à intégrer le genre dans toutes leurs politiques. Un chiffre rachitique au regard des centaines de collectivités qui l'ont paraphé dans 35 pays d'Europe. Douze localités ont adopté la Charte de l'égalité des chances des communes wallonnes, rédigée en 2013 et largement inspirée de sa version européenne. D'autres, à l'instar de Liège, Bruxelles ou Woluwe-Saint-Lambert, ont prévu, parfois en sus, leur propre texte. Seul un petit nombre d'entre elles (huit) ne s'est doté d'aucun document. Des mesures concrètes ont-elles suivi la signature de ces textes ? Près de 90 % des communes ont donné suite à notre questionnaire. Une petite dizaine de communes se démarquent, parce qu'elles mènent une politique volontariste et structurée. Suit un groupe de localités qui ont pris des décisions positives. Mais celles-ci sont très diverses et ne permettent pas d'entrevoir un mouvement de fond. Puis, il y a celles qui ont répondu à peu de nos 25 questions. Tout cela donne des résultats en creux, sans doute parce qu'il leur fallait répondre à des questions qu'elles ne se posent pas souvent. Ainsi, très peu de municipalités disposent de statistiques genrées ou elles ne les communiquent pas. Difficile, dès lors, d'objectiver les inégalités et de les combattre. Ce qui n'est pas compté ne compte pas. Le questionnaire reprend les grands principes de la Charte européenne. Les questions portent d'abord sur l'équipe collégiale. On ne dénombre que huit femmes bourgmestres (Ixelles, Molenbeek-Saint-Jean, Mouscron, Verviers, Courcelles, Waterloo, Soignies, Flémalle), dont trois qui le sont devenues en cours de mandat, à l'occasion d'un décès ou d'un retrait. Pour l'échelon inférieur, le poste de premier échevin - bien que protocolaire -, elles sont neuf à occuper cette fonction. Si la loi impose le dépôt de listes paritaires à tous les niveaux de pouvoir, elle ne porte que sur le nombre de candidates effectivement présentées, non sur le nombre d'élues. Ainsi la parité numérique ne se mue pas mécaniquement en parité réelle. Dans la pratique, quinze collèges communaux sur 50 affichent une présence équilibrée ou presque. Neuf ne comptent qu'une femme : Schaerbeek, Ath, Gembloux, Herstal, Binche, Sambreville, Tubize, Ans ou encore Fleurus. Deux se placent à contre-courant, puisque les élues y sont majoritaires. Ixelles fait figure d'exception, puisque la commune compte six élues sur neuf. En tout cas, les portefeuilles sont souvent sexués : aux hommes, les finances, le budget, la voirie, l'urbanisme ; aux femmes, la petite enfance, la santé, la scolarité, le troisème âge. Cependant, les communes dans lesquelles ces attributions sont fortement stéréotypées ne sont pas forcément les plus machos. Molenbeek-Saint-Jean et Anderlecht ont des équipes stéréotypées mais se rattrapent en ayant une parité parfaite au sein du collège. De leur côté, Tournai, Arlon, Braine-l'Alleud, Flémalle ou Saint-Ghislain ont des cabinets peu stéréotypés - ici, les finances, le budget ou le numérique sont dirigés par une échevine - mais comptabilisent peu de femmes. La moitié des exécutifs intègre l'égalité entre les sexes dans son propre secteur, en déléguant la matière à un échevin. Ce mandat, relié systématiquement à l'égalité des chances et dilué parmi d'autres compétences, est en général dévolu à une élue (deux fois sur trois). Seules Schaerbeek et Etterbeek ont nommé une échevine chargée expressément de l'" égalité entre les femmes et les hommes ". Il faut aussi examiner la situation à tous les étages, par exemple au niveau des cadres locaux, fonctions clés de l'appareil local. Il y a d'abord le plus haut grade communal, celui de directeur général (ex-secrétaire communal), et dont on dit parfois qu'il est le " vrai bourgmestre ". Et à ce poste, les femmes ne dépassent pas 25 %. Autre position à responsabilités, celle de directeur financier, occupée par un tiers de femmes. Notre enquête s'intéresse également aux expériences menées pour inclure les femmes dans les décisions concernant l'urbanisme. Ainsi, dans treize communes sondées, des marches exploratoires ont été menées, au cours desquelles des femmes arpentent leur quartier pour pointer les obstacles à leur fréquentation. Dans neuf d'entre elles, cette approche s'est intégrée aux politiques de la ville, aboutissant à un conseil consultatif de l'égalité femmes-hommes. Une série de questions concerne ensuite la part du budget communal consacrée spécifiquement en faveur des droits des femmes et de l'égalité entre femmes et hommes. Difficile de départager les communes. Six, parmi les localités sollicitées, n'y allouent aucun budget. Trois ont pu fournir une estimation précise, qui tournait alors autour de 0,1 % du budget total. La plupart l'ignorent simplement et déclarent qu'il leur est impossible de le quantifier, considérant qu'une série de dépenses sont dévolues à l'égalité femmes-hommes sans être pour autant identifiables comme telles. Certaines municipalités mentionnent dans ce budget des formations aux stéréotypes de genre, destinées aux élèves et aux personnels communaux. Mais quand on aborde ce type d'informations, dans beaucoup de municipalités, on entre en terra incognita. La question " Dans le total des licenciés des clubs sportifs subventionnés, quelle est la répartition femmes/hommes ? " recueille neuf réponses, allant de 50 % à 80 % d'hommes. Sur les équipements sportifs publics (terrains de foot, de basket, skatepark...) ou sur les piscines, les communes ne disposent pas de chiffres genrés. Seules Mouscron, Ixelles et Evere - dans une moindre mesure, Namur, Charleroi et Schaerbeek - fournissent un recensement plus précis. Lorsqu'on les interroge sur leur offre d'espaces publics sportifs, on constate que celle-ci semble pensée - de façon inconsciente - pour les garçons : football, gymnase ouvert, street workout (fitness et musculation urbaine), city stade ou skatepark, ouverts à tous mais, dans la pratique, accaparés exclusivement par les jeunes garçons. " Ce qui est privilégié, c'est une offre se disant neutre, mais en fait identifiée à des stéréotypes masculins ", note le géographe Yves Raibaud. Néanmoins, quelques communes signalent des efforts particuliers pour tenter de rattraper progressivement les inégalités. Schaerbeek a intégré la mixité dans les critères d'attribution des subventions aux clubs sportifs. En parallèle, elle accorde un bonus au sexe le moins représenté, en doublant le remboursement de l'inscription des filles (soit 120 euros, contre 60 euros pour les garçons). Ce qui a permis de voir leur nombre augmenter de 8 %. La Ville de Bruxelles alloue des montants supplémentaires aux clubs qui ouvrent une section féminine. Elle organise également, sur les terrains de basket, des animations ponctuelles exclusivement féminines, pour encourager les filles à investir les lieux de sport. A Saint-Gilles, dans les espaces publics, le coaching sportif est dispensé par une femme, dans le but de soutenir la pratique mixte. Peu de données de fréquentation donc. Or, ces statistiques sont fondamentales pour les personnes qui font les territoires, qu'il s'agisse des urbanistes ou des élus. Un outil existe, le gender budgeting, la " budgétisation sensible au genre ". Il permet d'examiner la distribution des budgets, des dépenses et recettes publiques en fonction du sexe. Autrement dit, répondre à cette question : quelle part du budget bénéficie, directement ou indirectement, à une majorité d'hommes ou de femmes ? Sur la base de cet outil, on peut ainsi mettre en place des dispositifs de soutien aux femmes ou aux hommes. Sa mise en oeuvre reste encore très timide. Une poignée de communes (7) sondées ont intégré le genre dans leur processus budgétaire. La discrimination des femmes dans l'espace public se révèle partout... jusqu'au petit coin. Ce qui ressort des marches exploratoires menées par les associations demeure le manque de toilettes publiques réservées aux femmes, gratuites et entretenues, sur une grande partie des territoires. Un frein qui complique leur occupation, les contraint à adapter leur itinéraire, et réduit leur temps dans l'espace public. Sondées sur la présence de W.-C. pour dames dans leur localité, un quart des communes affirment avoir équipé leurs territoires de toilettes publiques réservées aux femmes. En Wallonie, en moyenne, de 1 à 2 % des noms de rues est consacré à une femme. L'invisibilité symbolique se manifeste enfin dans les dénominations majoritairement masculines des établissements scolaires, des monuments, des statues, des salles communales, des espaces verts... Les " scores " oscillent entre 0 % et 12 %. Très peu de municipalités ont pu répondre " oui " à la question " La proportion de femmes ayant donné leur nom à une rue a-t-elle augmenté ces cinq dernières années ? " Le fait est qu'il n'y a pas assez d'espaces pour les accueillir, et pas question de débaptiser des lieux. Une dizaine tente de faire mieux que les malheureux 1 à 2 %. Ainsi Liège a inauguré quinze nouvelles voiries de noms féminins. Ixelles baptisera prochainement cinq voies et toutes porteront un patronyme de femme. Même engagement pris à Bruxelles et à Namur pour les prochaines voiries à dénommer.