La commune de Villers-la-Ville dépense 39 euros par an et par habitant pour assurer la collecte et le traitement des déchets. A Erezée, la facture grimpe à 108 euros... Les 260 autres communes de Wallonie s'échelonnent entre ces deux extrêmes. Attention, terrain miné ! La simple évocation du coût des déchets fait immédiatement frissonner tout le monde : les consommateurs, qui sont aussi les payeurs ; les communes, qui organisent le ramassage et le traitement du contenu des poubelles ; les intercommunales, qui le valorisent en collectivisant une partie de ces activités de recyclage ; les acteurs privés du secteur, qui rivalisent avec leurs concurrents du secteur public, et le ministre de tutelle, qui tente d'enrayer la production totale de déchets. Ça fait du monde !
...

La commune de Villers-la-Ville dépense 39 euros par an et par habitant pour assurer la collecte et le traitement des déchets. A Erezée, la facture grimpe à 108 euros... Les 260 autres communes de Wallonie s'échelonnent entre ces deux extrêmes. Attention, terrain miné ! La simple évocation du coût des déchets fait immédiatement frissonner tout le monde : les consommateurs, qui sont aussi les payeurs ; les communes, qui organisent le ramassage et le traitement du contenu des poubelles ; les intercommunales, qui le valorisent en collectivisant une partie de ces activités de recyclage ; les acteurs privés du secteur, qui rivalisent avec leurs concurrents du secteur public, et le ministre de tutelle, qui tente d'enrayer la production totale de déchets. Ça fait du monde ! Les enjeux ne sont pas minces. Ils sont financiers d'abord : en 2015 (derniers chiffres disponibles), les communes wallonnes prévoyaient de consacrer au total 240 millions d'euros à leur politique de déchets. Ils sont aussi politiques : tout collège échevinal hésite à deux fois avant d'augmenter sa taxe sur les déchets, tant celle-ci est impopulaire. Les citoyens sont d'ailleurs prêts à faire payer dans l'urne les élus qui leur chercheraient noise du côté des poubelles. " La gestion des déchets ne coûte pourtant pas cher par rapport à d'autres dépenses dans le ménage, remarque Cédric Slegers, directeur adjoint de Go4Circle, la fédération des acteurs privés du déchet, mais personne ne veut payer pour quelque chose dont on ne voit plus l'utilité. " Les enjeux sont environnementaux, enfin. Selon que l'on mette en place - ou non - une récolte de déchets organiques, on réduit - ou non - le volume à incinérer. Et on alimente - ou non - une filière de compostage ou de biométhanisation qui peut être rentable. Toute orientation donnée à la politique des déchets entraîne immédiatement des conséquences en chaîne, que l'on n'imagine pas toujours. Bref, l'affaire est délicate. Est-ce à dire que rien ne peut être comparé, entre communes, entre consommateurs ou entre intercommunales, tant les politiques de déchets, les services aux citoyens, les territoires couverts diffèrent d'une entité à l'autre ? Une première donnée peut être épinglée : le montant consacré, par habitant, à la collecte et au traitement des déchets par chaque commune. Depuis 2008, la Région wallonne impose aux communes d'appliquer un service minimum en la matière, ainsi que le coût vérité : leurs dépenses et leurs recettes estampillées " déchets " doivent globalement s'équilibrer. On sait ainsi quel montant les communes consacrent annuellement à ce poste de dépenses : en Wallonie, il varie pratiquement du simple au triple, selon les localités. Mais certaines communes accueillent, par exemple, des cohortes de touristes également producteurs de déchets, ou d'étudiants, non recensés comme habitants de fait. C'est la raison pour laquelle l'intercommunale du Sud du pays AIVE (Association intercommunale de protection et de valorisation de l'environnement) établit aussi ses statistiques en fonction de ses équivalents/habitants, de manière à coller au plus juste à sa réalité touristique. Comparer les prestations des communes est d'autant plus complexe qu'elles ont la liberté d'organiser leurs services en fonction de leurs spécificités, tant que le service minimum est garanti : certaines optent pour des mesures sociales en offrant davantage de sacs-poubelle aux familles nombreuses, par exemple. La taxe qu'elles réclament aux citoyens dépend aussi du fait qu'elles mobilisent, ou non, un personnel important pour le poste " déchets " ; qu'elles comptent, ou non, d'importantes écoles ou de multiples commerces sur leur territoire ; qu'elles organisent, ou non, des collectes d'encombrants, de PMC à domicile, ou de sapins de Noël. Le mode de ramassage (sacs ou poubelles à puce) détermine aussi le prix imposé aux habitants. Bref, les variables sont nombreuses. Mais sur une taxe déchets moyenne de 60 euros en Wallonie, 10 euros seulement relèvent de choix communaux. " Le solde est directement lié au coût de gestion réclamé à la commune par son intercommunale ", précise Marie-Christine Nossent, directrice de l'intercommunale Intradel. Environ 55 % - en poids - des déchets ménagers wallons sont en effet collectés dans les parcs à conteneurs collectivisés et autres bulles à verre. Or, les coûts de gestion des intercommunales ne sont pas identiques. L'AIVE et l'IBW (Intercommunale du Brabant wallon) occupent les deux extrémités du tableau. " Cela s'explique, assure-t-on à la Copidec, qui fédère les sept intercommunales wallonnes de gestion des déchets. L'AIVE, en province de Luxembourg, compte peu d'habitants mais dispose d'un nombre de parcs à conteneurs élevé. Par habitant, son coût est donc plus élevé. La géographie de cette région augmente également ses frais. L'IBW, en revanche, affiche des tarifs nettement plus avantageux. " Nos parcs à conteneurs sont amortis, justifie Etienne Offergeld, directeur du département déchets. Nous allons devoir les renouveler, ce qui aura vraisemblablement un impact sur nos coûts dans les prochaines années. Je crois que j'ai mangé mon pain blanc. " Que peut-on néanmoins observer, outre le coût de cette gestion ? Le volume des ordures ménagères brutes (OMB) par habitant dans chacune des 262 communes de Wallonie. En Wallonie, cette production s'échelonne entre un peu moins de 53 kg/an/habitant à Amblève et 214 kg/an/habitant à Farciennes. Soit un impressionnant rapport de 1 à 4. La moyenne est de 148 kg. Là encore, il faut être prudent. " Il arrive que les déchets municipaux récoltés dans les poubelles publiques soient compris dans ce total ", relève Sylvie Meekers, cheffe de cabinet adjointe au cabinet wallon de l'environnement. Il reste quoi qu'il en soit du pain sur la planche puisque la Wallonie vise une production de déchets de 100 kg/an/habitant d'ici à 2025. " Le passage des sacs aux conteneurs à puce ou une collecte séparée des déchets organiques sont clairement des options qui rencontreront l'objectif européen de 70 % de taux de recyclage en 2030, donc une réduction au maximum des ordures brutes, affirme Cédric Slegers. Certaines communes ont pris les devants, d'autres sont dans une position attentiste en jouant la montre. " " Le niveau socio-économique de la population pèse dans la production de déchets, ajoute Gwenaël Delaite, conseillère à la cellule environnement de l'Union des villes et communes de Wallonie. Si les habitants sont attentifs au tri, ce qui suppose d'y être conscientisés, leurs ordures ménagères brutes sont moindres. " A l'inverse, certains citoyens peu désireux de se rendre dans les déchetteries vont opter pour les dépôts clandestins, ce qui a également un coût pour les communes. Le lien est en tout cas direct entre le mode de consommation choisi et la production de déchets. " Les déchets ménagers sont plus volumineux si on y laisse les ordures organiques, insiste Marie-Christine Nossent. Quand une commune met en place un tri d'organiques, le geste de tri global est aussitôt relancé chez les consommateurs. " Ce geste varie aussi d'intercommunale à intercommunale pour le recyclage du verre, des papiers-cartons et du PMC. Entre elles, on observe une différence comprise entre 8 et 15 kilos par habitant et par an. Le rapport entre le coût de gestion des communes et des intercommunales et leurs performances environnementales n'a jamais été calculé en Wallonie. La Copidec ne compile d'ailleurs pas les données relatives aux résultats de ses membres sur le plan de l'environnement.