Créé en 2007, Tecteo/Nethys s'est toujours opposé à l'ouverture du câble à la concurrence, une exigence européenne accompagnant la libéralisation du marché. Dès 2011, le principe était acquis mais il n'est entré en application qu'à la fin de l'année dernière. Depuis, Orange Belgium (ex-Mobistar) a déjà décroché 50 000 clients.
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Créé en 2007, Tecteo/Nethys s'est toujours opposé à l'ouverture du câble à la concurrence, une exigence européenne accompagnant la libéralisation du marché. Dès 2011, le principe était acquis mais il n'est entré en application qu'à la fin de l'année dernière. Depuis, Orange Belgium (ex-Mobistar) a déjà décroché 50 000 clients. L'autorité administrative indépendante chargée de la régulation du secteur audiovisuel, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), a été le théâtre d'innombrables manoeuvres de retardement. Généralement, ses membres étiquetés PS soutenaient les réfractaires liégeois. Une vaste étude de marché des quatre régulateurs télécoms et audiovisuels (IBPT pour le fédéral, CSA pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, VRM pour la Flandre et Medienrat pour les germanophones) vient d'en tirer la conclusion principale : la télé et l'Internet sont trop chers dans notre pays. Et un " duopole " se met en place : Proximus/Voo en Wallonie, Proximus/Telenet à Bruxelles et en Flandre. Le triple play (Internet, téléphone et télé) est choisi par 54 % des abonnés. Selon la European Commission Digital Scoreboard, en 2015, il fallait compter, pour un abonnement haut débit (30 mgb), 68 euros par mois en Belgique, 57 euros au Royaume-Uni, 44 euros en France. Moyenne européenne : 42 euros. Pour l'offre " premier prix ", la comparaison était encore plus cruelle : 52 euros en Belgique contre 25 euros en France. Les opérateurs des réseaux fixes (câble coaxial de Voo et câble bifilaire de Proximus) continuent à très bien gagner leur vie. Du point de vue de Tecteo/Nethys, l'exigence d'ouverture du câble devait être combattue par tous les moyens. Retour à une journée de mai 2013 : ce jour-là, on voit apparaître au CSA B.G., un homme envoyé par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, désigné sur le quota PS, pour remplacer un membre démissionnaire du collège d'autorisation et de contrôle, l'instance décisionnelle du CSA. Une consultation juridique demandée par le bureau du CSA pointe toutefois un conflit d'intérêts. Ancien chef du groupe PS à la Ville de Liège, B.G. était, au moment de sa désignation, administrateur délégué d'April, ce qui signifie littéralement l'association pour la promotion des intercommunales liégeoises. Un lobbyiste de Nethys au sein du régulateur indépendant... Le conflit d'intérêts est évident. S'ensuivent dix jours de menaces et de pressions. B.G. promet qu'il a des dossiers sur certains membres du CSA et qu'ayant été détective privé, il a un port d'arme, suivez mon regard. Il s'entête auprès du président du CSA entre les mains duquel il doit prêter serment : " Je serai là à la prochaine réunion, faites-moi prêter serment avant... " L'affaire remonte au Boulevard de l'Empereur et au parlement de la Communauté française. Fadila Laanan (PS), ministre de l'Audiovisuel, est interrogée par Isabelle Meerhaeghe (Ecolo) et répond que, jusqu'à plus ample informée, il faut respecter la personne choisie. Au bout de ces quelques scènes hautes en couleur, B.G. est finalement " exfiltré " du CSA avant même d'avoir prêté serment et un autre socialiste, proche de Di Rupo (feu Henry Goffin), est désigné. Seul Le Soir a évoqué l'incident à demi-mots. C'était ça aussi, Tecteo/Nethys. De 2007 à 2015, Stéphane Moreau a donc remué ciel et terre pour retarder l'échéance qui mettait en péril son business plan. La guérilla menée avec d'autres " câblos " du pays a coûté au moins trois procédures judiciaires devant la cour d'appel de Bruxelles, une absence prolongée de concurrence ainsi qu'un arrêt des investissements de Voo dans le haut débit et dans certaines parties de Wallonie qui ne bénéficient pas de l'interactivité du câble. Pourtant, lorsqu'elle a racheté les huit intercommunales wallonnes partenaires d'Electrabel, l'ALE/Télédis avait promis le service universel : tous les foyers seraient desservis sur un pied d'égalité. Elio Di Rupo et Jean-Claude Marcourt étaient de farouches supporters car il ne fallait pas que le câble wallon tombe aux mains de Telenet. Le prix payé par la Province de Liège et les 76 communes associées fut douloureux : 475 millions d'euros au départ, des dépenses imprévues en sus. Le remboursement des 425 millions empruntés en deux tranches vient à échéance en 2018 et 2019. Voo, une bonne affaire ? Selon l'audit stratégique et financier du groupe Publifin réalisé par le cabinet d'avocats Philippe & Partners à la demande de Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie, sa valeur actuelle est comprise entre 1,150 milliard et 1,350 milliard d'euros. L'ancien patron de la Province de Liège et de Publifin, André Gilles, avait évoqué un chiffre autrement extraordinaire en extrapolant les 400 000 euros de la vente de Numéricable/SFR Belux à Telenet. " Si nous transposons ces chiffres, nous pourrions vendre la seule activité Voo pour quelque 3 milliards, affirmait-il le 26 janvier dernier. Mais l'emploi, où sera-t-il ? Le centre de décision, où sera-t-il ? Les emplois du call center, toujours à Herstal ? Dans le même ordre d'idées, et après avoir vendu les tuyaux, nous pourrions vendre ce qui passe dedans. Nous pourrions faire la même chose avec les Editions de l'Avenir... Sûr que le groupe Rossel devrait être intéressé afin de contrôler plus de 75 % du marché... ". L'argumentaire liégeois n'a pas changé. La propriété publique, c'est sacré. Même quand on perd de l'argent ? Soumise depuis 2005 à la concurrence féroce de Proximus TV et plus récemment à celle des géants du Net, l'activité " câble " de Tecteo/Nethys est longtemps restée déficitaire : - 61 millions en 2009, - 97 en 2010, - 61 en 2012, - 59 en 2013, - 26 en 2014. Nethys/Publifin a épongé ces pertes. La commission d'enquête du parlement de Wallonie et Philippe & Partners ont pointé la relative opacité des circuits financiers au sein du groupe. Même élogieux pour la stratégie de Nethys/Publifin qu'il qualifie d'opportuniste mais efficace, l'audit du bureau d'avocats aidé d'experts universitaires n'exclut pas un risque de subsidiation croisée ou d'aide d'Etat. En 2015, pour la première fois, Voo a affiché un boni de 500 000 euros mais comment en être sûr ? Les comptes de Voo sont noyés dans ceux de Nethys à la différence d'autres entités médiatiques comme Les Editions de l'Avenir. Pour les commissaires wallons, pas de doute : le gestionnaire de réseau de distribution Resa finance indirectement Voo. Les responsables de Nethys n'ayant pas répondu aux questions du Vif/L'Express, impossible de connaître le véritable état de santé de la société. Peut-il être raisonnablement bon en dépit de la fuite de beaucoup d'abonnés, notamment ceux de Be TV, la télévision à péage rachetée par Nethys en 2009 ? En suivant le calcul d'André Gilles, c'est-à-dire trois milliards d'euros divisés par 4 500 (le prix par abonné de Numéricable), Voo aurait 666 666 abonnés virtuels. En 2007, lors de la fusion, 1,3 million de foyers wallons étaient abonnés à la télédistribution. Fort de 120 000 abonnés à la belle époque, Be TV perd des milliers d'abonnés chaque année. Pour le triple play, Voo et son principal concurrent, Proximus, seraient à égalité. Le nombre d'abonnés des deux opérateurs rivaux est le secret le mieux gardé du royaume... Voo emploie environ 1 300 personnes mais le travail de mise en service et de dépannage de l'ancienne ALE/Télédis a été transféré progressivement à des privés. Les clients de Voo sont gérés par le call center de Herstal, la SA Wallonie-Bruxelles Contact Center, qui emploie du personnel local mais sans grandes qualifications. Pour les fonctions plus pointues, Nethys fait appel à des experts extérieurs, des bureaux de consultance, des avocats spécialisés - pas tous liégeois au demeurant. Le rapport Philippe & Partners considère que sur les 2 946 emplois de Nethys/Publifin en 2016, un tiers est réellement nouveau, les deux tiers ayant été " sauvés " par reprise. Dirigeant de Voo pendant douze ans, Frédéric Vandeschoor a été déplacé à la tête de la branche finances et assurances du groupe Publifin en septembre dernier. Il a été remplacé par un Flamand, Jos Donvil, qui a dirigé Base jusqu'à son rachat par Telenet. Passé sous pavillon américain (Global Liberty), Telenet lorgne toujours le câble du sud du pays. Dans L'Echo du 4 juillet dernier, Martine Tempels, directrice de la division business chez Telenet, évoque les hésitations de sa maison : " Pour l'instant, toutes les portes sont ouvertes, que ce soit un partenariat, une coopération avec Voo, une montée en puissance, une acquisition... Mais ce n'est pas encore clair pour l'instant. " Elle note au passage que l'infrastructure des télécoms en Wallonie n'est pas aussi bonne qu'en Flandre, " par manque de concurrence sur le marché ". La saison des négociations est-elle ouverte ? Orange aussi est sur les rangs. Après le scandale Publifin, l'avenir de Voo reste indiscernable. Certains le voient en rose bonbon, d'autres sont plus pessimistes. " Il fallait vendre quand cela avait encore une grande valeur, nous dit un expert. Proximus TV a marché très vite et a pris le dessus sur Voo qui n'a pas trouvé mieux que ralentir ses investissements pour protester contre la concurrence. Etrange stratégie... Maintenant, que vaut-il mieux ? Que les abonnés épongent chaque année les pertes (NDLR : éventuelles...)de Voo ou que ses bénéfices remontent chez un actionnaire américain comme pour Telenet ? " Le choix est effectivement cornélien mais à ce stade peu documenté, faute de connaître la réalité qui se cache sous les chiffres.