En mars dernier, pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, toutes les visites familiales en prison ont été suspendues. Depuis le 25 mai, elles ont repris de façon limitée : une seule personne par semaine est autorisée à se rendre à la prison. Les enfants sont toujours privés de contacts physiques avec leur parent détenu. En Belgique, 17.000 enfants sont concernés par cette situation difficile. La Ligue des familles a réalisé une étude sur les familles confrontées à la détention en temps "normal". "Les résultats de celle-ci sont inquiétants et il est temps d'attirer l'attention de nos politiques sur le sort des familles des détenu.e.s", alerte la Ligue.
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En mars dernier, pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, toutes les visites familiales en prison ont été suspendues. Depuis le 25 mai, elles ont repris de façon limitée : une seule personne par semaine est autorisée à se rendre à la prison. Les enfants sont toujours privés de contacts physiques avec leur parent détenu. En Belgique, 17.000 enfants sont concernés par cette situation difficile. La Ligue des familles a réalisé une étude sur les familles confrontées à la détention en temps "normal". "Les résultats de celle-ci sont inquiétants et il est temps d'attirer l'attention de nos politiques sur le sort des familles des détenu.e.s", alerte la Ligue.En Belgique, plus de 17.000 enfants ont un parent en prison. En effet, la moitié des détenu.e.s ont un ou plusieurs enfants mineurs. "Le maintien du lien entre les enfants et le parent détenu est primordial", rappelle la Ligue des familles. Une rupture de lien peut avoir des conséquences multiples et les enfants peuvent développer des comportements inquiétants : problèmes de santé, comportement hostile et agressif, consommation de drogue ou d'alcool, école buissonnière, fugues, problèmes de discipline, repli sur soi, peurs paniques, etc.Mais même en prison, les déténu.e.s restent des parents. Ils veulent exercer librement leur autorité parentale et contribuer à l'éducation de leurs enfants. Garder du lien leur permet aussi de conserver leur identité de "père" ou de "mère", ce qui évite la réduction du parent au seul statut de "détenu.e". De plus, le maintien des relations familiales et sociales pendant et après la détention est un réel facteur de succès du retour dans la société. La famille et les enfants jouent un rôle capital pour la bonne réinsertion et constitue un rempart contre la récidive. Or, les lieux de détention ne tiennent pas suffisamment compte du lieu de résidence des familles, constate la Ligue des Familles. Les prisons sont de plus en plus souvent construites loin des centres-villes et certaines sont très mal desservies par les transports en commun. Les horaires des visites ne sont pas compatibles avec les horaires des bus locaux et/ou des trains ni avec les heures de travail d'ailleurs. Aucune politique de mobilité ne s'intéresse aux déplacements de ces familles entre les villes et les prisons. Certains trajets entre l'arrêt du bus ou du train n'ont même pas de trottoirs. L'incarcération d'un membre de la famille a pour conséquence de la priver d'une de ses sources de revenus. Peu de détenu.e.s arrivent à travailler en prison et la rémunération est tellement faible qu'elle ne couvre même pas les dépenses personnelles. La détention a donc pour conséquence de fragiliser la situation économique des familles qui était pour la plupart déjà critique.Selon les témoignages des acteurs du terrain, recueillis par la Ligue des familles, les locaux sont trop petits, mal aérés, avec trop peu ou pas du tout de jeux pour les enfants. Les salles sont très bruyantes vu le monde de visites dans le même local. Les enfants ne peuvent pas amener de jeux et peuvent rapidement s'ennuyer assis à une table avec les parents. Il n'y a pas d'espaces pour jouer, dessiner, s'amuser ensemble.Le personnel pénitentiaire n'a pas le temps d'expliquer aux familles les règles spécifiques à chaque établissement. Les familles apprennent souvent de leurs erreurs ce qui entraine une frustration et un sentiment d'injustice.Lorsqu'une mère de famille est emprisonnée, son enfant perd la première et souvent la seule personne qui prenait soin de lui. Les enfants sont alors souvent placés en famille d'accueil ou en institution. Les enfants de moins de trois ans sont parfois incarcérés avec leur mère avec pour conséquence de les séparer de leur père et de leurs éventuels frères et soeurs. Ces derniers peuvent également très mal vivre la séparation avec la mère et ne pas comprendre pourquoi le petit frère ou la petite soeur peut rester avec elle. Aux trois ans de l'enfant, la séparation est très violente, car le jeune enfant quitte l'univers carcéral pour vivre dans sa famille ou dans une famille d'accueil ou une institution. Ses contacts avec sa mère sont alors drastiquement réduits à quelques heures par mois.