Jonathan a pris des photos, qu'il dégaine dès que le sujet éclot d'une conversation. Des avions dans le ciel, première nouvelle ! Sauf que ceux-là semblent bas, très bas. Et, qu'accessoirement, ils survolent la centrale nucléaire de Tihange. L'idée qu'un jour, l'un d'eux puisse s'y écraser - accidentellement ou non - ne réjouit pas ce trentenaire, dont les chances de survie seraient aussi faibles que son habitation est proche du site. Mais, dans l'immédiat, ce sont surtout les nuisances sonores qui l'irritent. Rien qui l'empêche de dormir, rien d'agréable pour autant. Rien, en tout cas, qui l'importunait comme ça avant. Celles qui troublent François Schreuer réveillent en revanche sa fille de 2 ans, " assez fréquemment ". Causées par des gros porteurs donnant l'impression de raser le quartier des Vennes à Liège, où il réside. Alors, " c'est un peu le papa ", doublé du conseiller communal Vega, qui a pris le clavier, le 12 juillet dernier, pour interpeller le bourgmestre Willy Demeyer (PS). " Le survol nocturne du territoire de la ville semble être devenu une pratique courante, écrivait-il. De nombreux habitants, dans des quartiers qui étaient jusqu'à présent épargnés, sont désormais dérangés - voire fortement dérangés - de façon régulière, en pleine nuit [...] "
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Jonathan a pris des photos, qu'il dégaine dès que le sujet éclot d'une conversation. Des avions dans le ciel, première nouvelle ! Sauf que ceux-là semblent bas, très bas. Et, qu'accessoirement, ils survolent la centrale nucléaire de Tihange. L'idée qu'un jour, l'un d'eux puisse s'y écraser - accidentellement ou non - ne réjouit pas ce trentenaire, dont les chances de survie seraient aussi faibles que son habitation est proche du site. Mais, dans l'immédiat, ce sont surtout les nuisances sonores qui l'irritent. Rien qui l'empêche de dormir, rien d'agréable pour autant. Rien, en tout cas, qui l'importunait comme ça avant. Celles qui troublent François Schreuer réveillent en revanche sa fille de 2 ans, " assez fréquemment ". Causées par des gros porteurs donnant l'impression de raser le quartier des Vennes à Liège, où il réside. Alors, " c'est un peu le papa ", doublé du conseiller communal Vega, qui a pris le clavier, le 12 juillet dernier, pour interpeller le bourgmestre Willy Demeyer (PS). " Le survol nocturne du territoire de la ville semble être devenu une pratique courante, écrivait-il. De nombreux habitants, dans des quartiers qui étaient jusqu'à présent épargnés, sont désormais dérangés - voire fortement dérangés - de façon régulière, en pleine nuit [...] " A la suite de cette sortie médiatique, François Schreuer a reçu une bonne cinquantaine de messages de soutien, allant du " merci " au " je confirme tout à fait ". C'est qu'à Huy comme à Liège, les nuits devraient être silencieuses. Ni l'une, ni l'autre entité ne sont consignées dans le " plan d'exposition au bruit " (PEB), cette zone qui barre la province d'ouest en est en cercles concentriques autour de Bierset et qui fixe le seuil des désagréments acoustiques, de la zone A'(la pire) à la D'(la plus éloignée). Villers-le-Bouillet, Ans, Saint-Nicolas, Juprelle, Awans, Amay, Grâce-Hollogne, Oupeye... Aucune de ces communes n'y sont intégrées (ou, alors, juste par bouts de territoires), ce qui n'empêche pas leurs édiles d'être régulièrement interpellés par leurs administrés. " Nous recevons de plus en plus de plaintes, confirme Christine Servaes (CDH), bourgmestre de Juprelle. Moi-même, chez moi, je constate qu'il y a davantage de bruit. " Thomas Cialone (MR), échevin à Ans, partage la même impression. " Beaucoup de réclamations sont parvenues à la commune, de la part de personnes qui estiment que les avions passent plus bas et plus au-dessus de leur maison. " " Nous n'avons pas reçu de pétition, mais je remarque effectivement que c'est un sujet récurrent dans les conversations ", déclare Jacques Heleven (PS), mayeur de Saint-Nicolas. " Nous sommes aussi questionnés sur l'impact du kérosène au niveau environnemental, des crasses qu'il provoquerait, les odeurs, les rejets sur les habitations... ", relate Jean-Michel Javaux (Ecolo), bourgmestre d'Amay. " Vu les températures de ces dernières semaines, tout le monde a dormi les fenêtres ouvertes, peut-être que ça a davantage tapé sur le système, se demande Serge Fillot, bourgmestre faisant fonction d'Oupeye (PS). Mais le fait est que ces vols existent ! " Alors, ce serait tout ? Une canicule, un sommeil tiède donc indisposé, des oreilles qui découvrent ce qui, jusqu'alors, ne les avait guère gênées ? La Sowaer, société wallonne des aéroports, est persuadée qu'il y a de ça. Mais cela n'explique pas pourquoi le nombre de plaintes a quasi été multiplié par cinq en 2017, in ardent été non suspecto. En 2016, la Sowaer en actait 35. L'année dernière, 167. Cela ne représente, comme le souligne le porte-parole Christian Delcourt, " que 3 % du nombre global de demandes d'informations " qui, lui, s'élevait à 5 544 (soit 764 de plus par rapport à 2016). Reste qu'en 2018, selon les premiers indicateurs disponibles, le nombre de plaintes battra à nouveau un record. La Sowaer constate que les réclamations ont commencé à affluer à partir de juin 2017, date à laquelle une saga judiciaire longue de vingt ans a trouvé son épilogue. Elle opposait 500 familles (soit 1 547 riverains) au trio Région-aéroport-TNT et avait débuté en 1998, lorsque le transporteur s'était installé à Bierset au détriment de Cologne. Tant mieux pour l'emploi, tant pis pour le bruit : les aéronefs de l'époque dépotaient les conduits auditifs. Or, aucune politique publique n'avait été mise en place pour contrer ce vacarme nocturne. En 2002, au plus fort du conflit, la Sowaer avait recueilli... 981 plaintes. Les mesures compensatoires (rachats d'habitations, travaux d'insonorisation) n'étaient arrivées qu'en 2004. Trop tard, selon la cour d'appel de Bruxelles, qui a estimé que la Région aurait dû réaliser une étude d'incidences avant que l'entreprise ne débute son activité. Un " oubli " qui va coûter cher aux caisses publiques : de 20 à 60 millions d'euros d'indemnisations, selon le plus optimiste ou le plus pessimiste des scénarios. Les négociations sont toujours en cours - et hautement confidentielles - entre les avocats des différentes parties. En attendant, " le fait que les riverains aient gagné en appel en a réveillé certains ", relève Christian Delcourt. N'en demeurent pas moins des raisons techniques et objectives. Une question de poids, d'abord : les gros porteurs ont beau être plus récents et donc moins bruyants que ceux qui composaient la flotte de TNT en 1998, ils sont de plus en plus chargés, à la fois de fuel et de cargaisons. Les compagnies aériennes emploient désormais des space planners, des techniciens dont la mission est d'agencer le plus efficacement possible les biens transportés. Or, un avion lourd pétarade un max, parce qu'il a plus de prise au vent. Ceux qui ont décollé en 2017 depuis Liege Airport étaient un peu moins nombreux qu'en 2016 (37 199 mouvements, contre 37 988 l'année précédente, et même 45 269 en 2012). Ils étaient, en revanche, bien plus pesants (716 893 tonnes, contre 660 643). Ceci peut expliquer cela. Les vents, eux, se chargent du reste. En général, ils viennent de l'ouest. Pour décoller, les avions les affrontent et s'envolent donc vers Saint-Georges-sur-Meuse. " Puis ils tournent à droite au nord, vers les zones moins peuplées comme Juprelle, la Flandre... Justement pour épargner les espaces les plus habités ", détaille ce pilote habitué de Bierset. Les aléas météorologiques font parfois souffler les vents depuis l'est. Les appareils prennent alors le départ dans le sens opposé, en direction d'Alleur, Rocourt, Ans, la Basse-Meuse... Ce qui, d'habitude, ne se produit que dans 15 % des cas s'est répété bien plus fréquemment ces derniers temps. " Depuis mai, environ, ce sens de décollage a été davantage utilisé, à hauteur de 25-30 % ", précise Christian Delcourt. Il n'est pas non plus impossible - même si cela reste rare - qu'un avion survole une zone inhabituelle à basse altitude. Pas parce que l'envie lui en aurait pris, mais à cause de circonstances météorologiques ou techniques. " Cela peut être pour éviter une cellule orageuse, par exemple. Ou des oiseaux, que l'on ne voit parfois que très tard sur notre radar, explique ce pilote. Mais on demande toujours l'autorisation à la tour de contrôle. " Lorsque la Sowaer reçoit ce type de plainte, elle demande de préciser la date et l'heure, afin d'identifier l'appareil incriminé. Les riverains aux oreilles incommodées peuvent toujours réclamer qu'un sonomètre soit installé gratuitement dans leur jardin, durant quinze jours. Soit parce qu'ils sont installés à l'intérieur du PEB mais qu'ils considèrent qu'ils ne sont pas rattachés à la bonne zone (une maison en zone D'qui aurait le sentiment de devoir plutôt être catégorisée en C', par exemple). Soit parce qu'ils vivent en dehors du périmètre mais pensent subir de trop importantes nuisances sonores. Si quatre jours de dépassement sont constatés, ils peuvent alors prétendre à des indemnités (des primes à l'insonorisation), en vertu du " principe d'égalité ". A condition d'avoir été propriétaire avant le 13 juillet 2004. Passé cette date, les actes notariés prennent soin de spécifier que le bien se situe à proximité d'un aéroport et, qu'en gros, il ne faudra pas venir s'en plaindre... La Sowaer prend aussi elle-même l'initiative de poser des sonomètres mobiles dans des jardins, histoire de contrôler que les normes sont bel et bien respectées. La dernière vérification date de l'automne dernier ; 183 mesures ont été effectuées. Un seul immeuble, situé hors zone PEB, a été " surclassé ", ce qui a permis à son propriétaire d'obtenir une prime forfaitaire pour l'insonoriser. Le PEB est, quant à lui, révisé tous les trois ans, sur la base de simulations informatiques, de l'évolution technologique des appareils, de perspectives d'évolution à dix ans... En avril 2017, le gouvernement wallon a jugé " qu'il n'y avait pas lieu d'élargir les zones des plans d'exposition au bruit [...] car les enveloppes de bruit sont plus petites que celles arrêtées par [les autorités] ". En réalité, depuis 2004, les frontières du PEB n'ont jamais été modifiées. Le gouvernement estime que " les progrès technologiques qui conduisent à des aéronefs moins bruyants " ainsi que " l'amélioration des procédures de pilotage " contrebalanceront l'accroissement des activités de l'aéroport. De l'accroissement, il devrait effectivement y en avoir. L'allongement de la piste, un temps réclamée par Fedex (le nouveau nom de TNT) pour accroître ses activités, n'est plus du tout d'actualité. L'entreprise n'est plus demandeuse et l'option s'avérait bien trop coûteuse. Par contre, des négociations sont en cours (" au niveau du Premier ministre et du roi ", dixit Christian Delcourt) avec le géant chinois de l'e-commerce, Alibaba, qui projette d'implanter une plateforme logistique à Liege Airport. Quand, où, comment, combien d'emplois ? Bonnes questions, confidentialité oblige. Si l'investissement se confirme, le nombre de vols ne pourra que croître. " Plus il y a de mouvements, plus il y a de nuisances, c'est clair ", note ce pilote. Le conseiller communal Vega François Schreuer n'hésite déjà pas à dire tout le mal qu'il pense de cette probable arrivée chinoise, au nom du sommeil respecté des Liégeois, mais aussi parce que ce projet " foncièrement douteux ", ce " développement économique à courte vue " détruirait plus d'emplois qu'il n'en créerait. " Ces discussions autour des nuisances sonores pourraient vite créer des tensions, affirme Jean-Michel Javaux. C'est un vrai débat de société. " Entre ceux qui entendent jalousement protéger leur sommeil et ceux qui seraient prêts à renoncer une heure ou deux chaque nuit aux bras de Morphée pour que leurs enfants trouvent du boulot. Car les entreprises actives sur le site de l'aéroport figurent parmi les dernières, en région liégeoise, à embaucher du personnel peu qualifié, dans un contexte social où le taux de chômage n'est pas la première fierté de la Cité ardente... " Aussi, poursuit le bourgmestre Ecolo, cela nous place devant nos contradictions : nous voulons recevoir nos colis commandés sur le Web toujours plus rapidement, mais sans subir les désagréments qui vont avec ! " " Tout est une question d'acceptabilité, conclut Christian Delcourt. Peut-être qu'à un moment donné, cela ne sera plus considéré comme acceptable et qu'il faudra changer de stratégie de développement. C'est arrivé dans d'autres pays. Mais peu de régions dans le monde ont pris le problème des nuisances sonores à bras-le-corps comme nous l'avons fait. 350 millions d'euros ont été investis en quinze ans pour le rachat de logements (NDLR : 1 568 au 31 décembre 2017) et les primes à l'insonorisation (5 370 accordées). " Les fenêtres des chambres à coucher se refermeront bientôt avec la fin de l'été. Peut-être comme l'irritabilité aux nuisances sonores. Ou pas.