Redoutés mardis. Depuis de longs mois déjà, plus personne au sein du collège échevinal linkebeekois ne se réjouissait de l'arrivée de ce jour de la semaine. Celui où il se réunit. Les mots se feront désormais encore plus acérés, les silences plus rancuniers, les colères plus débridées. Jusqu'au 14 octobre. Quatre gros mois à tenir ; il y a tout de même une commune à gérer. Chaque camp doit rêver d'une majorité absolue, au lendemain des élections. Car une coalition ? Pas avec des traîtres ! Pas avec un despote !
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Redoutés mardis. Depuis de longs mois déjà, plus personne au sein du collège échevinal linkebeekois ne se réjouissait de l'arrivée de ce jour de la semaine. Celui où il se réunit. Les mots se feront désormais encore plus acérés, les silences plus rancuniers, les colères plus débridées. Jusqu'au 14 octobre. Quatre gros mois à tenir ; il y a tout de même une commune à gérer. Chaque camp doit rêver d'une majorité absolue, au lendemain des élections. Car une coalition ? Pas avec des traîtres ! Pas avec un despote ! Le despote, c'est-à-dire Damien Thiéry (MR), échevin et bourgmestre jamais nommé de l'entité. C'est du moins ainsi qu'il est souvent dépeint. Alors, certains de ses anciens alliés vont constituer leur propre liste en vue du prochain scrutin. Sans lui. Les traîtres, c'est donc eux. C'est du moins ainsi que les décrit Damien Thiéry. Yves Ghequiere (échevin et ami proche du libéral, parrain de l'un de ses enfants), Philippe Thiéry (son frère, président du CPAS), Valérie Geeurickx (bourgmestre) et Pasquale Nardone (échevin) seront les figures de proue de cette liste " dissidente " ou " alternative ", c'est selon. Sur les 20 élus francophones à Linkebeek (12 à la commune, 8 au CPAS), 13 ont voté pour ce destin séparé. " Mon équipe ne souhaitait pas repartir avec mon frère, détaille Philippe Thiéry (DéFI). Soit je me retirais, soit je me rangeais à sa décision. Ce que j'ai fait. Je ne vais pas dire la mort dans l'âme, mais ce n'était pas facile. Même si nous n'avons pas les mêmes points de vue politiques, il reste mon frère. " Sans surprise, Damien Thiéry ne l'a pas bien pris. D'autant qu'Yves Ghequiere, lui, avait été son fidèle soutien durant toutes ces années de combat pour être nommé au mayorat de cette commune à facilités. En 2006, en 2012 et même aux élections anticipées de 2015, le libéral avait remporté le plus de voix de préférences au sein de la liste ayant engrangé le plus de sièges. Mais les ministres flamands successifs de l'Intérieur l'ont toujours recalé. " Liesbeth Homans (NDLR : l'actuelle ministre flamande des Affaires intérieures, N-VA) aura réussi à mettre le bordel chez nous ", s'exaspérait Damien Thiéry dans L'Echo(il n'a pas répondu à notre demande d'interview). En réalité, le député MR s'est débrouillé tout seul. " Il y a sans doute un problème de frustration psychologique, lié au fait de ne jamais avoir été bourgmestre ", avance Pasquale Nardone (PS). Une frustration qui se serait pleinement révélée en mars 2017. A l'époque, le bourgmestre Eric De Bruycker, issu de l'opposition et imposé par Liesbeth Homans en 2015, vient de démissionner. La ministre N-VA entend le remplacer par Yves Ghequiere. Au conseil communal précédant cette nomination, Damien Thiéry annonce qu'il sera absent, prétextant d'abord un voyage au Pakistan, puis le fait de devoir s'occuper de son enfant. Yves Ghequiere le remplace. Il ne recadre pas les deux conseillers communaux qui - cela n'était plus arrivé depuis un bail - prennent la parole en français, ce qui est interdit. Il ne sera jamais nommé. Beaucoup soupçonnent Damien Thiéry d'avoir torpillé son ami, en organisant son absence et en téléguidant les prises de parole en français des conseillers, deux de ses fidèles. Quatre mois plus tard, l'échevine Valérie Geeurickx est nommée bourgmestre. Sans doute Damien Thiéry aurait-il espéré qu'elle n'occupe ce poste qu'en façade, le laissant gérer dans l'ombre. Le libéral (surnommé " je m'appelle Thiéry et tout m'est permis " parmi le personnel communal) s'immisce dans tous les dossiers, les scrute jusqu'à dénicher le détail permettant de la tacler d'un " ton travail n'est pas impeccable ". Seul politique à temps plein au sein du collège, il prend le temps de réceptionner toutes les demandes que la population continue à lui adresser. Il signe les éditos du journal communal en utilisant son titre de président du conseil, gommant progressivement le nom de la mayeure. Comme lorsqu'il envoie un toutes-boîtes pré-électoral, défendant le bilan de la majorité : sa photo figure bien en vue sur la Une, celle de Valérie Geeurickx n'apparaît qu'en septième page, précédée de la mention " en charge de la culture et de la jeunesse ", nulle part du mot " bourgmestre "... En janvier dernier, lors d'une cérémonie en l'honneur de bénévoles, il prononce un discours sans faire référence à sa collègue, pourtant à deux pas. Dans la salle, tout le monde applaudit, sauf elle. Ils finiront par ne plus s'adresser la parole. Damien Thiéry a certes la réputation d'être " un homme de dossier ", un " bosseur ". Mais aussi un égotique, cassant, autoritaire, batailleur. " Pas quelqu'un qui fait dans le compromis, mais dans le conflit. " Le président de DéFI, Olivier Maingain, qui était un ami proche avant son transfuge au MR en 2014, dira qu'il " lui manque la petite dimension psychologique dans ses relations, celle qui facilite les rapports individuels ". Et qui finit par créer un divorce politique. Certains y ajoutent un vernis idéologique (que le MR soit l'allié de la N-VA au fédéral serait difficilement défendable en périphérie), mais celui-ci n'aurait pas craquelé sans ces conflictualités humaines. Damien Thiéry a annoncé qu'il constituerait malgré tout sa propre liste. Il lui sera plus compliqué de proposer une équipe complète pour le CPAS, tous les conseillers francophones sortants s'étant positionnés contre lui, n'ayant pas digéré que leur budget 2014 ne soit pas approuvé par le conseil communal, pour des raisons interprétées comme politiciennes. Le député libéral ne semble pas prêt à faire ce " pas de côté " réclamé par Olivier Maingain pour " préserver l'union francophone ". Il semble toutefois préparer sa reconversion lui qui, en décembre 2016, a créé la société Geo-Pharm, active dans le domaine pharmaceutique et la géobiologie, dont il est le cogérant. Le nom et la composition exacte de la liste dissidente ne sont pas encore connus, si ce n'est la place d'Yves Ghequiere (premier) et celle de Valérie Geeurickx (dernière). Ce ne sera pas la première fois que les francophones se présenteront en front désuni à Linkebeek. En 2006, l'ancien bourgmestre ad interim Marc De Neef avait constitué sa propre équipe face à cet ambitieux échevin qu'était alors Damien Thiéry. Ce dernier avait gagné le duel haut la main. Et cette fois ?