"Ce dimanche était plus noir que le 24 novembre 1991", déclare Ico Maly, chargé de cours en nouveaux médias et politique à l'Université de Tilburg. "Tous considéraient comme un problème fondamental que le Vlaams Blok de l'époque atteigne 6,6% (NDLR : pour toute la Belgique, son score était de 10,4% en Flandre). À cette époque, personne n'envisageait même de s'allier à ce parti. Moins de trente ans plus tard, le plus grand parti de Flandre refuse explicitement d'exclure la possibilité d'unir ses forces à celles du Vlaams Belang. Je dirais même plus, le président de la N-VA, Bart De Wever, qualifie constamment le Vlaams Belang de droite plutôt que d'extrême droite. "Ce changement de discours se poursuit depuis un certain temps déjà et pour de nombreuses personnes, il a écarté l'obstacle pour voter pour ce parti."

Vous attendiez-vous à ce que le Vlaams Belang obtienne 20% des voix en Flandre orientale?

Ico Maly: Je pensais que le parti allait progresser, mais pas autant. De plus, je partais du principe que le Vlaams Belang et la N-VA étaient des vases communicants, mais ce n'est pas le cas. En Flandre orientale, par exemple, la N-VA perd " seulement " 8,5 points de pourcentage tandis que le Vlaams Belang progresse de plus de 14 points de pourcentage. Ces voix viennent donc aussi d'autres partis. On attend encore les analyses de transferts des voix, mais il me semble hautement probable que le sp.a ait lui aussi perdu beaucoup de voix au profit du Vlaams Belang.

Qu'est-ce qui selon vous a incité à voter Vlaams Belang ?

Tout d'abord, l'aile d'extrême droite de la N-VA était mécontente de l'évolution du parti. Qu'elle ait soutenu le Pacte de Marrakech pendant si longtemps, par exemple. De plus, de nombreux électeurs en ont assez du discours des grands partis, qui continuent d'affirmer que l'économie va bien, alors que de plus en plus de gens ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Le Vlaams Belang a très bien réagi à ce ressentiment par une campagne incroyablement forte, pour laquelle ils ont cherché l'inspiration à l'étranger.

À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le PVDA a également franchi le seuil électoral en Flandre orientale.

Le PTB/PVDA répond également au fait que tant de gens ont du mal et se sentent abandonnés par les partis traditionnels. Pour le PVDA, le système est le problème. Pour le Vlaams Belang, ce sont les étrangers et les Wallons. Si la réponse du Vlaams Belang aux problèmes sociaux prend plus, c'est notamment parce que la Flandre a toujours été plus à droite. Mais il ne faut pas sous-estimer non plus la victoire du PTB/PVDA : le résultat obtenu par le parti dimanche n'est pas très éloigné de celui du Vlaams Belang, le premier dimanche noir de 1991.

Êtes-vous surpris que la grande victoire verte ne se soit pas concrétisée ?

Je m'attendais à ce que le parti fasse plus de profits, mais les dernières semaines de la campagne ont bien sûr eu beaucoup d'impact. Presque à l'unisson, les autres partis ont déclaré que voter Groen nous appauvrirait. Un autre facteur qui entre en ligne de compte, c'est que Groen reste un parti qui propose des recettes qui fonctionnent particulièrement bien dans les villes. Si vous habitez au centre-ville, ce n'est pas si grave qu'un plan de circulation soit mis en place ou que vous perdiez votre voiture-salaire, car vous vous déplacez aussi à vélo. En périphérie et dans les petites villes, c'est déjà beaucoup moins évident. Cela explique en partie pourquoi Groen pourrait devenir le plus grand parti de Gand alors qu'autour, beaucoup de communes ont voté N-VA et Vlaams Belang.