L'affaire est surréaliste. Des militants écologistes, dont la députée régionale bruxelloise Zoé Genot, sont cloués au pilori par la direction d'Ecolo pour avoir rappelé dans un tract...la position d'Ecolo à propos du port du voile islamique et de l'abattage rituel. De quoi donner le tournis. De quoi, surtout, braquer les projecteurs sur les curieuses méthodes d'un parti qui ferait mieux de balayer devant sa porte plutôt que de donner des leçons de morale politique à la terre entière.

Zakia Khattabi la main dans le sac

Faut-il en rire ou en pleurer ? Sur le marché de Laeken, en région bruxelloise, des militants écologistes ont distribué des tracts relayant fidèlement les propositions d'Ecolo concernant quelques dossiers "chauds". On résume : Ecolo est pour l'autorisation du port du voile islamique au guichet des administrations publiques. Il est pour l'autorisation du port du voile islamique dans les écoles. Il est pour que les parents puissent choisir un jour de congé selon leurs convictions religieuses. Il est pour l'autorisation de l'abattage rituel sans étourdissement.

En toute cohérence, Zoé Genot et ses camarades de la section de Saint-Josse ont mis en exergue, dans leur tract, les positions officielles du parti Ecolo. Logiquement, la direction de leur parti devrait les féliciter. Surprise ! La coprésidente d'Ecolo, Zakia Khattabi les montre du doigt comme des mauvais écologistes. Dans une réaction outragée, elle affirme : "Nous avons toujours dénoncé ce genre de pratiques électorales chez les autres. Elles ne sont pas plus acceptables quand elles viennent des nôtres. Même une seule fois, c'est une fois de trop".

Cette réaction de la coprésidente d'Ecolo est absolument incompréhensible. Car en quoi égrener le programme de son parti est-il une pratique électorale condamnable ? En quoi jouer cartes sur table pour son électorat potentiel - ici, l'électorat de conviction musulmane - est-il une pratique électorale condamnable ? Manifestement, Zakia Khattabi refuse de jouer le jeu de la transparence. Elle est prise la main dans le sac. Pour elle, certains points du programme d'Ecolo doivent rester cachés. Parce qu'ils heurtent la sensibilité laïque de bon nombre d'électeurs des Verts ?

Où est la transparence écolo ?

Ecolo a fait de la transparence son dada politique. Cette affaire du "tract polémique" montre que la transparence à la mode écolo, c'est largement du vent. Elle montre aussi qu'Ecolo a une face cachée, bien éloignée de la caricature des "gentils petits hommes verts" défenseurs du climat et de la nature.

Ce qui est en cause, dans cette affaire, ce n'est pas "l'insupportable communautarisme" de Zoé Genot & Co. C'est le double jeu de Zakia Khattabi et de la direction d'Ecolo qui n'assument pas dans la lumière les positions de leur propre parti, ce qui est un comble.

Ce qui est en cause, c'est la complaisance de la direction d'Ecolo envers les revendications des musulmans - minoritaires - défenseurs d'un islam rigoriste et conservateur. Cette complaisance n'est pas nouvelle. Lorsqu'il était coprésident d'Ecolo, Jean-Michel Javaux avait également déclaré qu'il était partisan du port du foulard islamique dans les écoles.

L'énigme Ecolo

Sous ses dehors parfois "boy-scout", Ecolo reste un parti énigmatique. Un parti qui cultive bien des contradictions. C'est notamment le cas quand il se dit "progressiste" mais tourne le dos à la laïcité en caressant les conservateurs religieux dans le sens du poil. C'est également le cas quand il dissimule certains pans de son programme et condamne ceux qui, parmi ses militants, s'estiment logiquement en droit de l'exhiber face à des électeurs potentiels.

Chez Ecolo, au-delà des beaux discours, il y a la pratique. Elle a souvent de quoi dérouter. L'affaire du tract n'est pas un "dérapage" d'une petite section locale d'Ecolo. Elle illustre, plus fondamentalement, le double jeu d'un parti qui ne se résume pas à la défense du climat. Un parti pas toujours "progressiste", notamment dans sa défense à éclipses de la laïcité.