"Je ne me laisserai pas intimider par le chantage de la N-VA à propos du vote du budget", a affirmé le Premier ministre Charles Michel. Après avoir louvoyé tout le week-end pour maintenir un semblant de modus vivendi avec la N-VA, la patience du Premier semble avoir atteint ses limites. Il est cependant fort possible que la N-VA n'en ait cure. Le point.
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"Je ne me laisserai pas intimider par le chantage de la N-VA à propos du vote du budget", a affirmé le Premier ministre Charles Michel. Après avoir louvoyé tout le week-end pour maintenir un semblant de modus vivendi avec la N-VA, la patience du Premier semble avoir atteint ses limites. Il est cependant fort possible que la N-VA n'en ait cure. Le point. Selon des sources gouvernementales, la N-VA a mis sur la table deux options ce week-end : l'une dans laquelle le parti approuverait le budget sans aucun problème, à condition que le gouvernement se dirige immédiatement vers des élections anticipées. Et une deuxième ou le nouveau gouvernement devrait remplir quatre conditions s'ils voulaient bénéficier de la bienveillance du parti flamand. Dans cette deuxième option, la N-VA exige que l'on maintienne la trajectoire du budget 2019, les adaptations éventuelles ne pouvant consister en de nouvelles recettes (une manière d'éviter des cadeaux pré-électoraux), que le jobsdeal soit réalisé moyennant l'ajout du projet qu'était censé préparer le ministre de l'Emploi Kris Peeters pour accroître la dégressivité des allocations de chômage, et qu'il soit tenu compte des exigences nationalistes sur le pacte de l'Onu sur les migrations, même si la N-VA ne réitère pas sa demande d'une abstention à New York. Enfin, elle souhaitait également que l'article 195 de la Constitution, qui permettrait rapidement une réforme de grande envergure de l'État, soit déclaré révisable. La constitution pourrait ainsi être révisée lors de la prochaine législature pour dégager la voie vers le confédéralisme. En soi, les revendications n'ont rien d'extravagant puisqu'elles sont dans la droite ligne de la politique menée par l'ancienne coalition suédoise. Les anciens partenaires de la coalition de la N-VA avaient par exemple déjà proposé de joindre une note interprétative au Pacte sur les migrations. Ce qui coince davantage, c'est la révision de l'article 195. Une question sensible, car cela plonge le Premier ministre Michel, qui pouvait se targuer d'avoir mis le dossier communautaire au réfrigérateur pendant toute la durée de son mandat, dans l'embarras du côté francophone. Un sujet d'autant plus glissant que la N-VA y associe aujourd'hui ouvertement le confédéralisme. La N-VA se dit surprise d'un tel lever de bouclier et indique que cette exigence avait été incluse dans les accords secrets lors de la formation du gouvernement Michel, ceux notés dans le fameux cahier Atoma. L'existence de ce dernier avait été révélée au début de la législature par l'ancien vice-premier ministre N-VA, Jan Jambon. Celui-ci reprenait, selon lui, la manière d'organiser la révision de la Constitution à la fin de la législature. Le Premier ministre Charles Michel avait nié l'existence d'un tel accord secret, mais aujourd'hui des sources gouvernementales nuancent pourtant et disent que deux scénarios étaient prévus en cas de succès de la Suédoise. Soit une liste d'articles constitutionnels serait révisée, soit l'article 195. Sauf que tout le monde peut constater que les choses ne se sont pas finies en beauté. De quoi entretenir le flou autour de la question. Pour le parti de Bart De Wever, les conversations de ces derniers jours ont été infructueuses. Une page a donc été tournée pour la N-VA. "Affirmer que les conditions de la N-VA relèvent du chantage revient à quitter la trajectoire de la Suédoise", a répliqué le chef de groupe à la Chambre Peter De Roover suite aux propos du Premier ministre Charles Michel. "Le gouvernement suédois s'est arrêté, mais nous avons toujours dit que nous souhaitions préserver l'héritage suédois", a dit M. De Roover. "J'entends à présent qu'on parle de chantage, du coup je ne peux que constater que l'on met fin à l'héritage suédois et j'observe que ce gouvernement a décidé de prendre une nouvelle direction", a-t-il poursuivi. "Si la N-VA avait émis des conditions hors de proportion, j'aurais encore pu comprendre", a-t-il encore dit. Mais ce ne sont là que "la concrétisation des accords"."Aujourd'hui, pour la N-VA, il n'y a donc plus trente-six possibilités. "Un gouvernement ne disposant plus que du soutien d'un tiers des parlementaires ne peut - j'espère - être une option. Dès lors, soit émerge un gouvernement Michel III avec le soutien de la gauche et du PS, soit on jette l'éponge. On peut donc soit tourner à gauche, soit continuer tout droit à travers le parc jusqu'au roi." conclut Peeter De Roover. Pour les partis du gouvernement minoritaire, les mouvements de girouette de la N-VA leur donnent des migraines. "A chaque fois qu'ils ont des exigences différentes, il est impossible de leur parler. À maintes reprises, ils posent des exigences supplémentaires, pour finir par reculer. On ne peut pas laisser faire si l'on a un de respect pour soi-même', entend-on au CD&V. Le parti est dans une logique pyromane, on tire sur tout le monde. C'est un parti en quête d'élections", renchérit-on au Open VLD.Le parlement attend du gouvernement minoritaire qu'il pose la question de confiance. Le gouvernement Michel s'y refuse, répliquant que le parlement peut voter une motion de méfiance à son égard. Le budget de la coalition suédoise est à l'ordre du jour de la séance plénière de la Chambre mercredi et jeudi. Tous les yeux sont donc à nouveau tournés vers la N-VA. Le parti a approuvé le budget de 2019 en comité et il est signé par l'ancien ministre des Finances Johan Van Overtveldt. "Le budget a été approuvé en commission et soutenu par le ministre des Finances" en fonction au moment des discussions - le N-VA Johan Van Overtveldt -," a rappelé le Premier ministre, ajoutant "qu'aucun euro n'a changé" par rapport au projet. Voter contre le budget jeudi serait donc difficile à expliquer au parti du monde des affaires. Ce qui devrait freiner certaines ardeurs. Tout comme le dernier sondage en date. Qui, bien que réalisé en pleine crise de Marrakech, mais avant que la N-VA ne quitte le gouvernement, va donner du grain à moudre dans de nombreux QG de parti. La N-VA - surtout avec le très populaire Theo Francken - montre dans ce dernier sondage qu'elle couvre bien son flanc droit. Sauf qu'elle perd des électeurs au profit du CD&V et Open VLD dit De Standaard. Avec 28,3 %, la N-VA devrait perdre environ quatre points par rapport aux élections fédérales de 2014 et à l'enquête précédente en mars. Mais contrairement aux élections municipales, ce n'est pas le Vlaams Belang qui en bénéficierait. Lui perdrait 7,6%. On nuancera tout de même en précisant que ce dernier est sous-estimé dans les sondages.Le sondage nous apprend aussi que plus de la moitié de la population flamande voterait pour Theo Francken. C'est la première fois que l'ancien secrétaire d'Etat à l'asile et à l'immigration est l'homme politique le plus populaire de Flandre. Il n'est pas seulement populaire, il est aussi l'un des rares à dépasser les 50% dans l'histoire de ce sondage. Seuls Steve Stevaert (SP.A), Guy Verhofstadt (Open VLD), Yves Leterme (CD&V), Kris Peeters (CD&V), Maggie De Block (Open VLD), Bart De Wever (N-VA) et le Premier ministre Charles Michel (MR) avaient réussi cet exploit. On notera aussi que Francken est plus populaire auprès des électeurs du Vlaams Belang que Tom Van Grieken, son président.La N-VA a axé sa politique des derniers mois de façon à garder ses électeurs les plus à droite. Près de quatre personnes sur dix qui envisagent de voter pour le Vlaams Belang choisissent la N-VA - contre seulement 35 % pour le Vlaams Belang lui-même. Mais cette politique a aussi effrayé les électeurs du centre, ce qui a, à son tour, bénéficié aux anciens partenaires de la coalition CD& et Open VLD qui ont obtenu des résultats sensiblement meilleurs qu'au début de cette année. Il n'est donc pas inconcevable que cette fuite ait encore augmenté après le départ de la N-VA du gouvernement. Les écologistes déposeront ce mardi, après leur interpellation en séance plénière, "une motion de recommandations comprenant un ensemble d'exigences ambitieuses, mais raisonnables, et surtout nécessaires", a annoncé le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Georges Gilkinet. "A travers cette motion, nous voulons que la Belgique relève ses ambitions climatiques, renonce à son projet d'accélérer la dégressivité des allocations de chômage, relève les allocations sociales minimales jusqu'au seuil du risque de pauvreté, tel qu'il s'y était engagé en 2014, et garantisse à court terme une capacité suffisante et un traitement digne des demandes d'asile", a précisé M. Gilkinet. Les Verts comptent également sur le fait que le gouvernement fédéral respecte sans réserve la résolution de la Chambre et approuve donc le Pacte sur les Migrations à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU à New York. "Nous demandons au gouvernement d'enfin faire la clarté sur ses ambitions d'ici au terme de la législature, et donc de respecter la motion d'ordre adoptée par la Chambre le 12 décembre en formulant des propositions claires pour la gestion des dossiers urgents auxquels la Belgique est confrontée et en demandant la confiance du Parlement, conformément à la tradition constitutionnelle, et en tenant compte des recommandations de fond énoncées plus haut", peut-on également lire dans cette motion que déposeront Ecolo et Groen.