Le constat est réalisé par l'Union nationale des mutualités socialistes dans son baromètre commun avec la mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN). Cette méfiance envers les institutions explique l'apparition du mouvement des gilets jaunes, selon le président du groupe français, Roland Berthilier.

Sur 1.064 Belges et un millier de Français interrogés en septembre 2018, soit deux mois avant l'émergence des gilets jaunes dans l'Hexagone, 41% des répondants se déclarent "anti-système". Les chômeurs, les personnes en incapacité de travail et les bas diplômes sont les profils les plus représentés dans cette catégorie.

Outre une extrême méfiance envers le politique et les institutions financières, ces citoyens estiment que leur propre capacité d'agir est faible. Ainsi, ces "perdus", selon les termes de l'étude, considèrent à 98% que les gouvernants politiques n'agissent pas "vraiment" pour tenter d'améliorer leur qualité de vie et 92% ne se disent pas "rassurés" par le système économique et financier. Ils sont également nombreux (72%) à envisager l'évolution de la société d'un mauvais oeil.

"Il y a eu beaucoup de promesses de la part d'un président nouvellement élu, puis de la déception" en France, analyse le président de MGEN. "La démission de Nicolas Hulot a assené un nouveau coup. Les gens se sont dit que, même en mettant la société civile au pouvoir, ça ne marchait pas."

Mobilité

Selon le baromètre de Solidaris, la mobilité constitue un poste problématique dans le budget de 49,3% des Français (+12 points par rapport à 2017) et 46,5% des Belges (+10 points). Les premières manifestations de gilets jaunes dans l'Hexagone visaient à protester contre une nouvelle hausse du prix des carburants.

Les "indifférents" (20%), qui se caractérisent par une grande distance et une neutralité marquée tant vis-à-vis du système que de leur propre vie, ont quant à eux un profil plutôt d'hommes jeunes et travailleurs. En France, ils vivent plutôt en milieu rural, tandis que ce critère démographique n'est pas significatif en Belgique.

Les "espérants" (27%) expriment un rejet du politique mais accordent leur confiance aux corps intermédiaires que sont notamment les syndicats, les mutuelles et les associations. En Belgique, ce sont plutôt des hommes, tandis qu'en France, il s'agit plutôt d'universitaires urbains.

À l'opposé du spectre, les "ultra-optimistes" (12%) sont très "pro-système" et voient l'avenir positivement. Les personnes d'origine étrangère sont davantage représentées dans cette catégorie où l'on retrouve plutôt des jeunes, des femmes, des chômeurs et des bas diplômes. Paradoxalement, "s'ils ne nient pas que l'immigration est source d'enrichissement culturel, c'est aussi la classe qui pense le plus qu'il y a trop d'immigrés", pointe Solidaris.