Pourtant, depuis quelques années, la ville de Bruxelles et quelques autres communes ont préféré supprimer purement et simplement l'appellation ancestrale du Marché de Noel, comme si ce dernier mettait à mal le principe de laïcité. Un nouveau surréalisme à la belge.

Aujourd'hui, la fête de Noël s'est imposée de Bangkok à Montréal. Les centres commerciaux sont décorés, les esprits sont légers, la magie de Noël opère pour tous, croyants ou non. Cette fête - aux racines évidemment chrétiennes - est vraisemblablement devenue la plus grande fête universelle et, de toute évidence, la plus grande fête familiale de toute l'année. Les associations caritatives, les écoles ou les mouvements de jeunesse ne s'y trompent pas et continuent d'utiliser l'appellation "Marché de Noël" en vue de récolter des fonds pour une oeuvre ou pour améliorer leurs établissements. Noël, c'est aussi une ambiance, un élan de générosité, des lumières qui viennent décorer nos sapins et nos rues et qui permettent d'égayer notre quotidien. Entre collègues, tant le 24 que le 31 décembre, tout le monde se souhaite un Joyeux Noël et une bonne année, peu importe les façons dont chacun fête ces deux événements.

Au lieu de continuer à utiliser une appellation qui a fait ses preuves et qui fait partie intégrante de nos traditions, certains élus déconnectés des priorités des citoyens ont décidé de remplacer le "Marché de Noël" de Bruxelles par les "Plaisirs d'hiver". Que signifie cette appellation ? Une patinoire, une piste de ski artificielle, le fait de manger un cornet de frites à la Grand-Place ou pourquoi pas une promenade en forêt ? C'est un concept creux, vide, matérialiste, pris au nom de la laïcité mais qui ne percute pas. Une sorte de mauvaise marque que tous les communicants auraient déjà supprimé. En effet, le thème de Noël est imbattable et évoque, outre l'aspect religieux, la générosité, les produits du terroir, le sens de la famille et de l'amitié, bref tout ce que les gens apprécient. A l'image de la madeleine de Proust, chacun voit remonter ses souvenirs d'enfance ou s'émerveille devant la joie des petits et grands d'ouvrir leurs cadeaux. Si vous regardez les réseaux sociaux ces jours-ci, vous aurez peut-être vu qu'aujourd'hui encore des milliers et des milliers de personnes n'apprécient pas ce changement lexical. Cela va devenir un superbe marronnier pour le journalisme.

Ce genre du sujet montre encore le fossé entre le politique et le citoyen. Aucun élu local n'avait, en campagne électorale, précisé qu'il allait supprimer le "marché de Noël".

Ce genre du sujet montre encore le fossé entre le politique et le citoyen. Aucun élu local n'avait, en campagne électorale, précisé qu'il allait supprimer le "marché de Noël". Une fois au pouvoir, ils donnent pourtant le sentiment d'en faire une priorité au détriment de la sécurité, de la propreté dans les rues, du soutien aux commerçants et j'en passe. De plus, aucune demande sociale n'existe pour ce type de changement, aucune pétition n'a été établie en ce sens. Les seules qui circulent et sont partagées par milliers sont celles qui demandent un rétablissement de l'appellation classique de notre bon vieux Marché de Noël.

Sur le plan touristique, toutes les villes jouent, au mois de décembre, sur l'aspect festif lié aux fêtes de Noël. Ce changement de nom qui omet le concept de Noël peut porter préjudice au tourisme de la capitale. Je me souviens de l'année 2012 où la Ville de Bruxelles avait supprimé le sapin de Noël de la Grand-Place pour une version 2.0, soit un sapin électronique, peu réussi, mais au solide budget de 40 000 euros. Cela pour "dépoussiérer Noël" selon la Ville de Bruxelles. Tollé général : l'élue Bianca Debaets est montée au créneau, une pétition a rassemblé 12 000 personnes en 48h, la presse internationale s'est emparée de cette nouvelle histoire belge et la ville de Bruxelles a pu rétropédaler aussi vite en disant que c'était un essai unique et que son but n'était pas du tout de dénaturer les fêtes de Noël.

La laïcité ne doit pas devenir l'ennemi des religions. La laïcité est l'organisation de la tolérance. Elle l'a un peu oublié ces dernières années avec des combats inutiles d'un autre âge. On peut citer le cas des Plaisirs d'hiver, mais on pourrait aussi se demander pourquoi les congés scolaires ont été rebaptisés en "congé d'automne", "congé de printemps"... A ce rythme, on ne pourra bientôt plus distribuer d'oeufs de Pâques dans les écoles et Saint-Nicolas devra rester chez lui !

Vous avez sans doute remarqué, comme moi, que les promoteurs de ce genre de cosmétique lexicale le font toujours au nom du vivre-ensemble. Cependant, le vivre-ensemble ne doit pas rimer avec perte de ses repères, de son histoire, de sa culturelle, de ses racines, de ses traditions. On ne crée pas une société harmonieuse en enfouissant son ADN mais au contraire en s'y appuyant pour l'enrichir !