La machine parlementaire redémarrera au cours de la première semaine de septembre. Le chef du groupe N-VA, Peter De Roover, n'a pas attendu la fin de la trêve politique pour se faire entendre. Il a notamment été très critique pour la nomination de Didier Reynders (MR) au poste de Commissaire européen, qui a eu lieu sans l'approbation du Parlement. Le gouvernement Michel a pourtant indiqué qu'il avait contacté le président de la N-VA, Bart De Wever.

N'avez-vous pas parlé pour vous? Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de votre parti, les critiques sont moins dures.

Je viens de répéter ce que nous disons depuis des semaines. Le Premier ministre Charles Michel (MR) a reçu le 19 juillet une lettre officielle de la future Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lui demandant de proposer quelqu'un. Dès le 18 juillet, j'ai demandé l'implication du Parlement. Hormis le CD&V, l'Open VLD et le MR, c'est ce que dit tout le monde.

En ce qui concerne les négociations pour former un gouvernement fédéral, les présidents de parti et les informateurs se rencontrent, n'est-ce pas ? De plus, la discrétion est largement préservée.

Cette discrétion c'est parce que manifestement on est incapable de réunir les gens autour d'une table. Et ce n'est pas notre faute. Je ne dis pas qu'il serait facile pour nous de parvenir à un accord. Mais Ecolo dit de facto que le deuxième plus grand parti, le Vlaams Belang, n'existe pas et qu'il ne veut pas parler au plus grand parti, la N-VA. Je viens de rencontrer quelqu'un d'Ecolo. J'espère qu'il n'est pas mort étouffé en retenant son souffle.

Et le PS ?

Il y a eu deux sessions avec sept partis. Elles étaient ce qu'elles étaient. Le PS envoie le signal qu'il ne voit pas d'intérêt à nous parler seul à seul. Nous disons : invitez-nous et nous venons. En termes purement numériques, on peut supposer qu'il pourrait y avoir un axe théorique entre N-VA et PS. Pour ce qui est du contenu, c'est une autre paire de manches.

Vouloir parler est une chose, mais voulez-vous aussi gouverner avec le PS ?

Cela reste à voir. Il faut une discussion pour savoir à quoi nous dirions non et à quoi ils répondraient non. Il faut être deux pour danser le tango. Nous voulons une réforme structurelle. Gouverner avec le PS, c'est réformer la Belgique. Nous recevons toutes sortes de signaux de ce parti, qui sont d'ailleurs parfois contradictoires. Nous voulons aller au-delà de ces signaux.

Pour De Croo, une formation rapide d'un gouvernement est tout à fait possible.

Si vous êtes capable de bien gérer votre programme, comme le font habituellement les libéraux, je peux l'imaginer. Si vous voulez traduire ce que l'électeur a dit, vous savez que les choses doivent changer dans les deux parties du pays. C'est ce que nous appelons le confédéralisme.

Les cartes sont ce qu'elles sont et nous devons nous en servir. Quand De Croo dit que c'est facile avec le PS, je lui demande de suggérer une base pour un accord de coalition. Peut-être que ça nous inspire. Bien que j'ai peur que son ballon soit vide. Nous ne sommes pas encore au début d'une conversation sur une solution. Le PS n'arrive même pas à être en désaccord avec nous.

Faut-il organiser de nouvelles élections ?

Un démocrate ne devrait pas avoir peur des nouvelles élections, mais il serait fou de les organiser alors qu'on n'a même pas réussi à établir qu'il n'y a pas d'accord. En tout état de cause, de nouvelles élections signifieraient la faillite du niveau belge.

Une sorte de référendum pour ou contre la Belgique. N'est-ce pas une idée séduisante?

C'est trop spéculatif. Voyons d'abord qui dit non à quoi. Ecolo ne vient pas, le PS n'est pas clair. Nous disons clairement : nous voulons parler à tout le monde, même à Ecolo.

Au sein de votre parti, les gens attendent avec impatience de se retrouver dans l'opposition fédérale. Le fait est qu'il n'y aurait pas grand-chose à gagner à une participation gouvernementale.

Attendre impatiemment l'opposition ? Ce n'est pas notre attitude. Nous voulons peser sur le processus décisionnel en premier lieu. En 2010, nous avons décidé à un moment donné qu'il n'y avait rien dedans. En 2014, si. Les options sont là.

Ce n'est pas évident de gouverner avec le Vlaams Belang à vos trousses.

Nous ne sommes pas paralysés par eux. Si nous sautons, nous défendrons pleinement notre décision.

Si la N-VA va dans l'opposition, Theo Francken semble l'homme parfait pour frapper le gouvernement.

Je n'ai aucune indication que les gens sont insatisfaits de la façon dont je fais mon travail.

Selon l'ancien président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA), il y a eu beaucoup de discussions au sein du parti sur cette "formation de front flamande" entre la N-VA et le Vlaams Belang.

Écoutez, le cordon sanitaire signifie que Groen ne coopère pas avec le Vlaams Belang, même si ce dernier reprend le programme intégral de Groen. Si le Vlaams Belang veut mettre en oeuvre le programme N-VA, nous y réfléchirons sérieusement. Seul le contenu compte. Si nous avions eu une majorité, je soupçonne qu'il aurait été facile pour le Belang de prendre position. Nous serions alors liés par le programme sur lequel nous aurions pu nous mettre d'accord. Je regrette qu'une fois de plus, le Vlaams Belang ait échappé à ses responsabilités.

Prochaine opportunité en 2024 ?

(vivement) La N-VA n'a pas été créée pour dédouaner le Belang. Encore une fois : il y a des cartes sur la table, nous listons toutes les possibilités et nous voyons celle qui nous convient le mieux. Nous n'avons pas d'exclusivités. Si le PTB veut exécuter notre programme, il est le bienvenu.

Combien de voix espérez-vous regagner des 18% d'électeurs du Vlaams Belang?

Je ne trouve pas qu'il faille attirer tous les électeurs du Vlaams Belang vers nous. Mais 18%, c'est trop. Dans un pays d'Europe occidentale, on peut s'attendre à environ 10% qui ne seront jamais satisfaits dans le système actuel.

Parlons de Pukkelpop. Vous vous êtes retrouvé dans une tempête après votre lettre ouverte à l'organisation sur la question du drapeau. N'était-ce pas l'occasion manquée de garder le silence ?

Bien au contraire. Avant Meyrem Almaci (Groen), j'ai condamné l'agression de ces jeunes sur le camping. Puis est venue l'idée de l'organisation d'utiliser le mot "drapeau de collaboration". Elle a fait le jeu des extrémistes qui veulent monopoliser ce drapeau, même si c'est aussi le mien. Je n'ai rien contre le drapeau du lion aux griffes rouges. Personne dans ma famille n'a un passé de collaboration. Et pourtant, j'ai grandi avec ce lion noir.

Beaucoup de gens suivront votre raisonnement. Mais pour beaucoup, le moment et le ton de votre lettre étaient fâcheux, au moment même où tout le monde parlait d'agression possible contre des adolescents sous un angle extrémiste.

J'ai soulevé la question du harcèlement criminel trois fois dans ma lettre. Mais ma question à l'organisateur Chokri Mahassine portait effectivement sur ce drapeau. Pukkelpop a poussé le lion noir dans les eaux brunes. Ce n'est pas la même chose que cette agression, qui est également dégoûtante et répréhensible.