Paul Magnette n'est pas un homme quelconque. Il lui plaît de le savoir, se délecte de le faire savoir, et montre de la mélancolie quand il trouve que ça ne se sait pas assez. Il n'est pas un homme sans qualités, mais il a le défaut des gâtés : il n'a pas de plan de carrière, parce qu'il n'en a pas besoin, alors il ne planifie rien de bien loin. Une carrière sans plan, parce qu'elle ne s'aiguillonne pas d'une volonté ferme, souffre toujours d'une manière d'inconstance, celle du jouisseur émerveillé de lui-même qui ne demande rien mais qui reçoit tout. Puisqu'il peut tout, puisqu'on lui propose beaucoup, puisque ça le flatte, il pense sérieusement à accepter tout, et ne refuse presque rien. Démineur à Charleroi en juin 2007 ? " Bien sûr ! " Ministre wallon de la Santé quelques semaines plus tard ? " Volontiers ! " Ministre fédéral du Climat quelques mois après ? " Oui, pardi ! " Bourgmestre de Charleroi en décembre 2012 ? " Bon, allez, d'accord... " Président du PS en janvier 2013 ? " Ah bah ouais, OK les gars. " Ministre-président wallon à l'été 2014 ? " Yolo ! " Mais mener une carrière sans plan n'exclut pas l'ambition, ni la tactique, ni de suivre une direction. Surtout pas quand on est machiavélien de formation, florentin par nécessité, et européen par vocation. Son chemin de dix ans, déjà, jalonné de cadavres, ceux d'adversaires passés et d'anciens alliés renversés, était réputé le mener à un fructueux cumul, bourgmestre de Charleroi et président du Parti socialiste, programmé à la fin de 2019, à l'échéance du dernier mandat d'Elio Di Rupo. Mais sa destination à plus long terme devait le faire arriver quelque part en Europe, à gauche, où déjà Paul Magnette n'est plus un homme politique quelconque.
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Paul Magnette n'est pas un homme quelconque. Il lui plaît de le savoir, se délecte de le faire savoir, et montre de la mélancolie quand il trouve que ça ne se sait pas assez. Il n'est pas un homme sans qualités, mais il a le défaut des gâtés : il n'a pas de plan de carrière, parce qu'il n'en a pas besoin, alors il ne planifie rien de bien loin. Une carrière sans plan, parce qu'elle ne s'aiguillonne pas d'une volonté ferme, souffre toujours d'une manière d'inconstance, celle du jouisseur émerveillé de lui-même qui ne demande rien mais qui reçoit tout. Puisqu'il peut tout, puisqu'on lui propose beaucoup, puisque ça le flatte, il pense sérieusement à accepter tout, et ne refuse presque rien. Démineur à Charleroi en juin 2007 ? " Bien sûr ! " Ministre wallon de la Santé quelques semaines plus tard ? " Volontiers ! " Ministre fédéral du Climat quelques mois après ? " Oui, pardi ! " Bourgmestre de Charleroi en décembre 2012 ? " Bon, allez, d'accord... " Président du PS en janvier 2013 ? " Ah bah ouais, OK les gars. " Ministre-président wallon à l'été 2014 ? " Yolo ! " Mais mener une carrière sans plan n'exclut pas l'ambition, ni la tactique, ni de suivre une direction. Surtout pas quand on est machiavélien de formation, florentin par nécessité, et européen par vocation. Son chemin de dix ans, déjà, jalonné de cadavres, ceux d'adversaires passés et d'anciens alliés renversés, était réputé le mener à un fructueux cumul, bourgmestre de Charleroi et président du Parti socialiste, programmé à la fin de 2019, à l'échéance du dernier mandat d'Elio Di Rupo. Mais sa destination à plus long terme devait le faire arriver quelque part en Europe, à gauche, où déjà Paul Magnette n'est plus un homme politique quelconque. Là survient la proposition, cet été, du premier secrétaire du Parti socialiste français, Olivier Faure. Celui-ci, fraîchement désigné à la tête d'une formation en voie de disparition, verrait de nombreux avantages à voir Paul Magnette battre pour lui la campagne européenne. Il se cherche une figure légitime, dont la désignation, pense-t-il, ne vexerait pas les derniers socialistes hexagonaux d'influence - il paraît qu'il en reste encore. Paul Magnette n'a pas voulu répondre aux questions du Vif/L'Express mais, comme toujours, il y réfléchit sérieusement. Comme souvent, il est tenté d'accepter une proposition reçue comme un honneur. Tenté de dire oui tout de suite, de l'annoncer à la fin de l'automne, et de se lancer en campagne continentale après la campagne communale. Et, peut-être, de siéger comme député européen, voire comme chef de groupe socialiste à Bruxelles et Strasbourg ? En tout état de cause, l'ancien directeur de l'Institut d'études européennes de l'ULB s'y verrait bien, à Bruxelles ou à Strasbourg, et depuis longtemps. Il se verrait bien ceint de l'aura qui entoure aujourd'hui Guy Verhofstadt et Philippe Lamberts, respectivement présidents des groupes libéral et écologiste au Parlement européen, auxquels il ne se sent pas inférieur - vous avait-on dit qu'il n'était pas un homme quelconque, et qu'il le savait ? Mais il y a les communales, il y a Charleroi, il y a les législatives et les régionales de 2019, il y a le parti, il y a Elio. En vacances lui aussi, Elio Di Rupo, focalisé comme toujours sur la plus brève échéance, lui demande de patienter jusqu'au scrutin du 14 octobre. Il vaut mieux, doit analyser le président, réserver sa réponse à l'après-octobre. Mais il y a surtout Le Figaro. En révélant, le 7 août, la petite idée du premier secrétaire français, le respectable quotidien parisien perturbe une réflexion pas encore aboutie, et pollue tant la fin des vacances de Paul Magnette que le vrai début de sa campagne communale. Ses réponses à Sudpresse et au Soir sont compromettantes : parce qu'il était tenté de dire oui à Olivier Faure, Paul Magnette ne dit pas non aux journalistes francophones. " Flatté ", il " explore cette hypothèse. Dans l'immédiat, je me concentre à 100 % sur les élections communales. C'est ce que je leur ai dit. Après ? Que faire en vue de 2019 ? C'est un sujet de réflexion. J'en discuterai évidemment dans le parti, chez nous. Je veux être candidat là où c'est le plus utile ", répond-il à nos confrères du Soir. Et cette incertitude, entretenue par l'intéressé, compromet le plan de carrière qu'il n'a pas mais que son curriculum lui promettait : à l'hôtel de ville de Charleroi aussi bien qu'au boulevard de l'Empereur, on n'a pas tellement besoin d'un élu du peuple français, aussi brillant socialiste fût-il. Cet homme si peu quelconque, aussi gourmand d'honneurs que de tactique, a-t-il joué le coup de trop du machiavélien ? A Charleroi, personne ne doute du destin européen de Paul Magnette. Ses rodomontades de 2012 (" vu mon âge, je peux espérer faire quatre mandats de bourgmestre ", répétait-il à qui ne voulait pas l'entendre) n'avaient pas convaincu. Sa première législature non plus. " Depuis qu'il est vraiment revenu, après avoir dû quitter l'Elysette, il s'emmerde, et il ne s'embête pas à le cacher ", relève un Carolo, qui le voyait quitter l'hôtel de ville, mais plus tard, par exemple autour de l'année 2024, qui devrait voir se tenir des élections européennes, nationales, mais aussi communales. La brigue entre les échevins Julie Patte et Philippe Van Cauwenberghe se dessine déjà pour la succession annoncée... mais pas si tôt. " Il parle italien au Bois du Cazier, espagnol à la Feria de Gilly, et même quelques mots de turc quand il visite une association : son identité est européenne, pas carolorégienne ", en appuie un autre, qui, comme tout le monde, ne peut pas concevoir que Paul Magnette n'annonce pas tout bientôt formellement refuser la proposition d'Olivier Faure, " sous peine de pourrir sa campagne ". Une campagne communale déjà difficile, au cours de laquelle le bourgmestre politologue s'est engagé à frapper à chacune des cent mille portes carolorégiennes, et où il lui sera compliqué d'expliquer qu'il faut voter pour lui sachant qu'il n'exclut pas de s'en aller juste après. Mieux, même : il pourrait ne pas pouvoir prêter serment de bourgmestre, ni de conseiller communal à l'installation du nouveau conseil, en décembre prochain. L'article 22 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne impose en effet à tout candidat de résider dans l'Etat membre où il se présente. Paul Magnette devrait donc se domicilier en France - la famille y a une résidence méridionale -six mois avant le scrutin européen. Soit en décembre, au moment où il s'installerait comme conseiller communal et bourgmestre d'une ville dont il ne serait alors déjà plus résident. Ce que l'article L 1125-5 du Code wallon de la démocratie locale considère comme un motif de déchéance de son mandat communal - et l'article 262 du Code pénal comme passible de huit jours à un an d'emprisonnement si le mandataire ne se démet pas de lui-même. Cette déchéance/démission, contrairement à un empêchement, possiblement temporaire, est définitive. Si Paul Magnette veut tirer la liste du PS français, il doit donc quitter Charleroi pour au moins six mois de résidence, donc pour six ans de mandat communal, donc presque pour toujours. Au Parti socialiste, on a lu Le Figaro dans un mélange de peur et d'espoir. L'espoir, c'est celui de ceux, et ils sont aussi nombreux que discrets, qui voient aigrement arriver Paul Magnette à la présidence du PS. Son ascension rapide et sa position sur le décumul, qu'il voulait intégral à l'encontre de plusieurs strates du parti, des influents députés-bourgmestres à la décisive fédération d'arrondissement de Liège, en passant par certaines voix (le député wallon Anthony Dufrane, qui vient d'abandonner sa 51e place sur la liste communale carolorégienne et le député européen et bourgmestre de Farciennes Hugues Bayet) de sa propre fédération, ont fait pâlir son étoile. La peur, c'est celle qui a saisi ceux qui veulent le voir arriver à cette présidence, et qui ont vu, dans la réponse hésitante de leur favori, comme une confirmation : Paul Magnette n'est pas là pour durer, et ne s'attarde pas là où on ne l'aime pas assez. Plus bourgmestre de Charleroi, il ne serait même pas candidat au scrutin belge de mai 2019, alors que la tête de liste législative lui était promise dans le Hainaut. Et donc potentiel président de parti in partibus, qui dirigerait le PS belge tout en étant résident français ? Aucune chance. Paul Magnette partirait alors, là aussi, pour cinq ans au moins, pour toujours peut-être. Aujourd'hui, le " oui " est impossible, le " non " est improbable, mais Paul Magnette fait durer le déplaisir : " oui " impossible parce qu'il y a ce devoir communal, " non " improbable parce qu'il y a cette envie continentale. L'improbable étant toujours plus probable que l'impossible, il devrait l'emporter. Mais c'est du PS français, déjà pas bien flamboyant, que pourrait venir la décision : certaines de ses figures ont déjà tenté de crever le ballon d'essai d'Olivier Faure, qui n'offrirait alors finalement pas à Paul Magnette un poste que celui-ci n'a pas publiquement refusé. En gros, il a trois possibilités. Soit Paul Magnette n'y va pas du tout, mais laisse tout de même perdurer cette âcre impression qu'il veut quitter la Belgique. Soit il n'y va pas complètement, fait campagne pour ne pas siéger à Strasbourg mais doit quitter Charleroi et la Belgique, à moins d'un repêchage comme ministre par un parti qui pourrait ne plus trop l'avoir à la bonne. Soit il part complètement, fait campagne pour siéger, et quitte proprement la politique belge. Dans tous les cas, ce n'est pas ordinaire et n'est pas sans qualités, mais ça donne un air de médiocre arrivisme qui plaît peu, de nos jours, à l'homme quelconque de la rue.