Avant toute chose, il est important de préciser ce que l'on entend par investissement durable ou responsable. Historiquement, on l'a associé aux énergies renouvelables, mais il est bien plus vaste. " Globalement, les investissements socialement responsables (ISR) recouvrent les 17 objectifs de développement durable des Nations unies ", détaille Guy Janssens, responsable des investissements durables et responsables chez BNP Paribas Fortis. Cela inclut la réduction de l'empreinte carbone, mais aussi l'égalité hommes-femmes, la lutte contre la pauvreté, l'accès à l'eau, la protection des éco- systèmes, etc.
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Avant toute chose, il est important de préciser ce que l'on entend par investissement durable ou responsable. Historiquement, on l'a associé aux énergies renouvelables, mais il est bien plus vaste. " Globalement, les investissements socialement responsables (ISR) recouvrent les 17 objectifs de développement durable des Nations unies ", détaille Guy Janssens, responsable des investissements durables et responsables chez BNP Paribas Fortis. Cela inclut la réduction de l'empreinte carbone, mais aussi l'égalité hommes-femmes, la lutte contre la pauvreté, l'accès à l'eau, la protection des éco- systèmes, etc. Il faut distinguer deux grandes familles de produits ISR. Au sein de la première, on retrouve les fonds dits thématiques qui vont, par exemple, investir dans les énergies renouvelables. Ce type d'investissement peu diversifié peut s'avérer très risqué. Ainsi, les producteurs de panneaux photovoltaïques ont connu une grave crise de 2010 à 2016 sur fond de concurrence des acteurs chinois et de baisse des subsides, ce qui avait plombé les fonds en énergies renouvelables. La seconde famille d'ISR est composée des placements dits best in class. En résumé, l'objectif du gestionnaire est alors d'investir dans des entreprises qui combinent un bon score au niveau des ratios financiers et des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par rapport aux autres acteurs du secteur. Pour jauger des performances de durabilité, les gestionnaires se réfèrent aux notes extrafinancières fournies par des organismes de notation indépendants comme Msci ESG Research ou Sustainalytics. Ces derniers évaluent les politiques ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) des entreprises et autres émetteurs de titres et leur attribuent un score. Outre des notes globales ou par critère, ces firmes de notation procurent aussi de précieuses informations comme l'implication d'une entreprise dans une industrie bien précise (le charbon thermique, un type d'arme...) ou certaines pratiques peu éthiques (tests sur animaux...). Chaque gestionnaire de fonds peut ainsi déterminer ses politiques d'exclusion de certaines activités et d'investissement : les 10 % ou les 50 % d'entreprises avec les meilleures notes ESG de leur secteur, par exemple. " Pour les personnes disposant d'un portefeuille conséquent de plus d'un million, nous pouvons également définir avec elles les critères spécifiques qu'elles souhaitent appliquer ", précise Etienne de Callataÿ, économiste en chef d'Orcadia Asset Management. " Ce n'est pas possible pour des portefeuilles moindres, car cela serait trop coûteux, chaque transaction impliquant notamment un coût fixe non négligeable, sauf à sacrifier la diversification, ce qui serait déraisonnable. Dans ce cas, l'investisseur doit se tourner vers les fonds existants. Chaque banquier doit indiquer quels critères sont appliqués pour sélectionner les investissements durables, notamment dans les documents de base du fonds. " Cette sélection concerne évidemment les actions, mais aussi les obligations. " Dans le cas des obligations d'entreprises, les critères sont les mêmes que pour les actions ", explique Etienne de Callataÿ. " Pour les obligations d'Etat, c'est moins clair. Les critères à retenir sont plus hétérogènes. Ainsi, le label Financité, par exemple, rejette les titres du Trésor américain en raison de l'application de la peine de mort aux Etats-Unis. Cela pose toutefois problème car les bons du Trésor américain sont le premier marché financier du monde et l'actif de référence par excellence. " La seconde approche consiste à s'intéresser aux émissions d'obligations spécifiques. Dans le cadre d'une obligation verte ou sociale, l'émetteur (entreprise ou autorité publique) s'engage à utiliser les fonds récoltés pour financer des investissements verts (énergie renouvelable, etc.) ou sociaux (accès à l'eau ou à la santé, logement social...). Dans le cas de prêts et d'obligations avec des objectifs durables, l'émetteur s'engage à atteindre certains objectifs sous peine d'une pénalité financière. Le producteur d'électricité italien Enel a par exemple émis une telle obligation en s'engageant notamment à atteindre une capacité de production d'électricité d'origine renouvelable de 55 % en 2021. A défaut, le taux d'intérêt augmentera de 0,25 %. Ces obligations spécifiques sont régulièrement pointées du doigt, accusées d'écoblanchiment. Les critiques soulignent tout particulièrement qu'elles permettent de financer à moindre coût des projets déjà prévus, les taux de ce type d'obligations étant généralement un peu moins élevés. On peut toutefois se demander si les émetteurs concernés auraient envisagé ces investissements sans cet incitant financier. Loin d'une formule consacrée, les ISR englobent donc de nombreuses formes. Afin d'y mettre un peu d'ordre, Febelfin, la fédération belge des banques, a développé une norme de qualité et octroyé ses premiers labels à la fin de 2019. " Ils permettent de clarifier quelque peu la situation et de garantir un certain niveau d'exigence même si, globalement, je rejoins la banque Triodos quant au fait que la norme n'est pas assez exigeante ", précise Etienne de Callataÿ. " Cela va dans la bonne direction, mais les épargnants souhaitant réellement être attentifs à l'impact de leur portefeuille ne peuvent s'en contenter et doivent s'informer. " Ce qui est aussi dans leur intérêt financier. " Ces dernières années, les investissements durables ont affiché de meilleures performances, tout particulièrement en Europe ", pointe Etienne de Callataÿ. " On peut avancer deux types d'explications à cette bonne tenue " selon l'économiste en chef d'Orcadia Asset Management. " D'une part, il y a un effet de demande. Plus il y a d'investisseurs qui investissent durablement, plus la demande de titres durables est forte, ce qui soutient les cours. " D'autre part, la littérature renseigne toute une série de facteurs fondamentaux. " Une entreprise responsable est en principe dotée d'une meilleure gouvernance et est donc mieux gérée. Elle bénéficie d'avantages en matière de coûts, étant attentive à sa consommation d'intrants et profitant de financements meilleur marché en raison d'un risque de faillite moindre. Sa meilleure réputation se reflète sur l'engagement du personnel et sur la loyauté des clients. Par exemple, le client retrouvant un légume pourri dans son caddie sera plus compréhensif s'il l'a acheté dans un magasin bio que dans un supermarché. Les entreprises responsables disposent d'un avantage technologique et réglementaire, étant notamment en avance sur la réglementation environnementale dont on sait qu'elle va devenir de plus en plus stricte. Enfin, leur souci de durabilité fait contrepoids au court- termisme des entreprises obnubilées par les prochains résultats trimestriels. Elles n'hésiteront pas à investir aujourd'hui dans des panneaux solaires, ce qui leur permettra aussi d'améliorer leur rentabilité à l'avenir. "