Le secrétaire d'Etat ne s'est pas avancé sur les pistes de solution qui s'offrent au gouvernement d'ici au 10 décembre, lorsqu'une conférence s'ouvrira à Marrakech pour adopter le Pacte. L'idée d'une déclaration interprétative, éventuellement commune à plusieurs pays européens, pourrait offrir une porte de sortie au gouvernement Michel, divisé sur la question, entre des libéraux et le CD&V qui veulent une signature par la Belgique, et la N-VA qui, jusqu'à présent, s'oppose au texte.

"Certains pays travaillent à une déclaration interprétative, comme les Pays Bas et le Danemark. D'autres disent clairement non", s'est contenté d'expliquer M. Francken, en rappelant une nouvelle fois que, parmi les opposants, figuraient les Etats-Unis et l'Australie, deux des principaux pays d'immigration.

A nouveau, le secrétaire d'Etat s'est défendu de s'être tu lorsqu'avaient lieu les discussions au sein du gouvernement sur le Pacte. Il dit avoir agi "en coulisses" et évité des prises de position publiques alors que la Belgique menait campagne pour décrocher un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

A la fin septembre, devant l'assemblée générale des Nations-Unies, le Premier ministre, Charles Michel, s'est engagé à ce que la Belgique approuve le Pacte.

La FEB souhaite que le gouvernement cesse de se disputer

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) demande mercredi au gouvernement de mettre un terme à ses chamailleries à propos du pacte de l'Onu sur les migrations. Elle suggère plutôt à l'exécutif de se pencher sur un certain nombre de questions économiques importantes qui sont toujours sur la table.

Il existe actuellement un désaccord au sein du gouvernement fédéral quant au soutien à ce texte des Nations Unies sur la migration, également appelé pacte de Marrakech. La N-VA considère ainsi le contenu du document comme hautement problématique.

Aux yeux de Pieter Timmermans, l'administrateur délégué de la FEB, une chute du gouvernement sur cette question serait inadmissible. "Il reste encore une quinzaine de dossiers à boucler, notamment le jobsdeal, la norme énergétique et le budget mobilité. Il s'agit de dossiers importants pour lesquels nos entrepreneurs attendent une concrétisation."

La principale organisation patronale du pays ne se prononce par contre pas sur le pacte lui-même. "Résolvez le problème, sinon tout le bon travail du gouvernement de ces quatre dernières années risque d'être éclipsé. Résolvez-le et assurez-vous que le gouvernement ne tombe pas", demande Pieter Timmermans.

Déchirements sur un Pacte de l'ONU visant à encadrer les migrations

"Moteur de croissance" ou épouvantail? Les migrations, objet d'un Pacte mondial soumis à approbation lors d'un sommet les 10 et 11 décembre à Marrakech, déchaînent les passions dans une période propice aux crises sur plusieurs continents.

En juillet, à l'exception notable des Etats-Unis, tous les pays de l'ONU avaient adopté ce Pacte à New York après de longues négociations.

Non contraignant, ce document de quelque 25 pages, premier du genre sur ce sujet, recense des principes - défense des droits de l'homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale - et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations en facilitant l'information, l'intégration des migrants, l'échange d'expertises...

Le Pacte interdit les détentions arbitraires, n'autorisant les arrestations qu'en dernier recours.

Dès 2017, la nouvelle administration républicaine de Donald Trump avait quitté les discussions, affirmant que les dispositions du Pacte étaient contraires à sa politique migratoire et sa volonté d'en finir avec les arrivées illégales en provenance d'Amérique centrale.

- Retraits en série -

Depuis juillet, les retraits ou les reports de décision s'accumulent, jetant une sérieuse ombre sur le sommet à venir à Marrakech. "Il est crucial que la migration internationale nous unisse plutôt qu'elle nous divise", insiste pourtant le texte.

La représentante spéciale de l'ONU pour les migrations, la Canadienne Louise Arbour, a balayé mardi les critiques, mettant sur le compte de la xénophobie et de politiques intérieures les volte-face enregistrées. "Ce n'est pas un traité mais un cadre de travail" qui est proposé pour un "sujet mondial", a-t-elle asséné, en insistant sur le caractère non contraignant du texte.

A l'été, la Hongrie s'était rapidement alignée sur la position américaine et, à l'approche du sommet au Maroc, plusieurs autres pays viennent aussi de renoncer ou de geler leur décision: parmi eux, l'Australie, la République tchèque, Israël, la Pologne, l'Autriche, la Bulgarie, la Slovaquie, la Belgique...

Et même la Suisse confrontée à une opposition parlementaire. Un comble alors que le Pacte a été négocié pendant 18 mois sous la houlette de ce pays et du Mexique, co-facilitateurs pour le consensus mondial acquis en juillet.

- Résolution -

Selon eux, les 27 pays de l'Union européenne avaient parlé tout au long des négociations "d'une seule voix".

Certains d'entre eux avancent aujourd'hui des craintes de voir déferler des migrants. Le texte est "dangereux", il "incitera des millions de personnes à prendre la route", a ainsi dit Budapest. Il ne "garantit pas la sécurité de la Pologne", a renchéri Varsovie.

Tous ces arguments "ne sont pas très précis", rétorque Louise Arbour, en laissant poindre son incompréhension alors que le texte "protège la souveraineté" des Etats.

"Espérons que ces pays rejoignent à l'avenir le Pacte". "Cela peut vouloir dire qu'ils prennent la question au sérieux", veut croire la présidente de l'Assemblée générale de l'ONU, l'Equatorienne Maria Fernanda Espinosa.

"L'Histoire de l'humanité est l'Histoire de peuples en mouvement", rappelle-t-elle.

"Les migrants sont un moteur extraordinaire de croissance" et ce "Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulée (...) est un pas sans précédent pour accroître la coopération internationale", avait estimé en juillet le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Selon lui, 60.000 migrants sont décédés depuis 2000 en mer, dans le désert ou ailleurs.

"Le Pacte mondial n'imposera rien à personne, mais il propose des solutions", avait alors résumé le co-facilitateur mexicain, l'ambassadeur Juan José Gomez Camacho.

Le nombre de migrants dans le monde est estimé à 258 millions, soit 3,4% de la population mondiale.

Plusieurs ONG, comme Amnesty International ou la Fédération internationale de la Croix-Rouge, avaient salué l'adoption du texte, tout en réclamant la "levée des barrières qui interdisent à des migrants vulnérables d'accéder à l'aide humanitaire et aux services de base".

Après le sommet de Marrakech, où le texte doit être formellement entériné sans signature, une résolution est prévue à l'Assemblée générale. Avec une dernière approbation sans vote et par consensus, espère-t-on encore à l'ONU. Pour la suite, un réseau de coordination sur les migrations pourrait être établi au sein de l'ONU, selon Louise Arbour.

AFP