"Hormis pour la sûreté d'état, peu importe qui sera le prochain président." Cette déclaration de 2007 est d'Alan Greenspan, l'ancien président de la Fed, la Banque centrale américaine. Dans une interview accordée alors au quotidien suisse Tages-Anzeiger il remettait toute la caste politique à sa place, y compris le président américain. "Heureusement que les décisions politiques aux États-Unis ont été remplacées par les forces du marché global, grâce à la globalisation. Le monde est gouverné par les marchés." Quelques mois plus tard, l'Occident sombrera à cause de ces mêmes marchés.
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"Hormis pour la sûreté d'état, peu importe qui sera le prochain président." Cette déclaration de 2007 est d'Alan Greenspan, l'ancien président de la Fed, la Banque centrale américaine. Dans une interview accordée alors au quotidien suisse Tages-Anzeiger il remettait toute la caste politique à sa place, y compris le président américain. "Heureusement que les décisions politiques aux États-Unis ont été remplacées par les forces du marché global, grâce à la globalisation. Le monde est gouverné par les marchés." Quelques mois plus tard, l'Occident sombrera à cause de ces mêmes marchés. Si même Obama - ou Clinton, ou Trump - n'a guère de pouvoir face aux forces de l'économie mondiale, le nom de la personne qui tient les rênes en Belgique revêt-il la moindre importance ? Après deux ans de gouvernement sur la touche, le président de la N-VA Bart De Wever ne peut qu'éprouver un sentiment mitigé. On sait que depuis ses études à Louvain, il défend un cap socio-économique de centre-droite pour la Flandre. On sait aussi qu'il n'est guère tenté par un nationalisme de folklore, mais par une Flandre indépendante. Après toutes ces années, on spécule toujours sur ses objectifs et ses moyens : une démocratie efficace, ou une démocratie flamande. En 2014, il a déclaré à l'hebdomadaire flamand Humo : "Le séparatisme n'est qu'un moyen, le but est une démocratie plus efficace." Pourtant, il ne fait pas de doute que ces deux objectifs politiques principaux sont toujours restés les mêmes. Sa force est dans sa consistance. Il y a quelques années que la N-VA a mis la démocratie flamande indépendante au congélateur. Depuis le virage de Siegfired Bracke, fin août 2013, le parti s'est détourné du communautaire, au profit du redressement économique. Juste avant les élections fédérales de 2014, c'est Bracke qui est parti en tournée muni d'une kyrielle de chiffres pour convaincre de voter pour un gouvernement N-VA sans nationalisme flamand. "Même sans accord confédéral, nous rejoignons un gouvernement fédéral", avait-il déclaré au Standaard. "L'agenda socio-économique est beaucoup trop urgent."C'est le moins que l'on puisse dire aujourd'hui. Les "forces du marché mondial" sont plus que contraires. La croissance est modeste, l'intérêt artificiellement bas et, sur le plan européen, il y a très peu d'inflation. Entre-temps, pratiquement tout le monde a accepté un déficit budgétaire - tant qu'on baisse les impôts. Pas d'état flamand, donc même pas de petits pas en ce sens. Et pas de budget équilibré, mais un saut d'index et un tax shift, avec quelques signes porteurs d'espoir de création d'emploi, mais absolument pas la réforme rêvée et encore moins la baisse spectaculaire souhaitée du niveau de prélèvements publics. C'est zéro sur deux. Paradoxalement, il faut se demander si c'est si grave. De Wever et le gouvernement Michel auraient-ils dû assainir davantage ? On dirait bien que ce gouvernement choisit les solutions typiquement belges, et que De Wever l'accepte. Il est évident que la dette publique ne peut continuer à augmenter. Mais à un moment où même le FMI critique vertement la politique d'austérité, il serait très étrange de sacrifier un petit groupe vulnérable à un équilibre budgétaire. Par contre, personne ne peut être contre un état plus efficace. Il est symptomatique qu'à la mort terrible de Jordy, un enfant fragile de dix-neuf ans sans toit, le ministre du Bien-être flamand se perde dans les institutions inextricables de notre pays. À la question d'un journaliste de la VRT "Devons-nous aller vers un système où l'on peut obliger les jeunes à se faire interner ?", Jo Vandeurzen (CD&V) a d'abord répondu "Eh bien, cela ne relève certainement pas de la compétence de la Communauté flamande."