Certes, les catholiques, suppôts traditionnels du trône, dominaient à nouveau le champ politique mais le défunt n'avait pas eu d'enfants, son frère, plus passionné de moto et de voyages qu'enthousiaste à l'idée de lui succéder, n'était pas son premier choix, et l'aîné de ses neveux, qu'il avait commencé à initier, n'était pas encore, aux yeux de beaucoup, "sec derrière les oreilles", si l'on me permet cette familiarité, pour diriger un Etat, au demeurant déjà bancal. Comme il se disait, en coulisse, même chez les légitimistes, que le costume royal paraissait trop lourd pour le frère du défunt et beaucoup trop large pour son neveu, tous les "républicains de coeur" (les socialistes, les écologistes et beaucoup de libéraux) n'avaient plus guère de motifs de rester "royalistes de raison" d'autant que trois ans plus tôt, le défunt leur avait fait un coup de Jarnac en leur tournant le dos après qu'ils eussent voté la loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse. J'ai donc imaginé que la classe politique allait, presqu'à l'unisson, glisser vers la modernité et voter séance tenante une loi qui aurait eu un unique article : "Les pouvoirs constitutionnels du roi seront exercés par le Conseil des ministres jusqu'à l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution qui instaurera la République". Et pourtant, aucun politique n'a osé proposer un changement de régime, même en douce, car le battage médiatique (au creux de l'été, un décès "people" est toujours une aubaine pour les journalistes) a poussé dans la rue des dizaines de milliers de belges larmoyants et leur donna à penser que le glissement vers la république eût été, à ce moment en tout cas, inconvenant. Du coup, même les plus courageux ont eu peur pour leur avenir si leur plan échouait et c'est gros-jean comme devant que se sont retrouvés les républicains.Jean-Luc Dehaene et Melchior Wathelet mirent l'émotion collective à profit pour vaincre l'indolence du prince Albert et le hisser sur le trône. On connait la suite.

Certes, les catholiques, suppôts traditionnels du trône, dominaient à nouveau le champ politique mais le défunt n'avait pas eu d'enfants, son frère, plus passionné de moto et de voyages qu'enthousiaste à l'idée de lui succéder, n'était pas son premier choix, et l'aîné de ses neveux, qu'il avait commencé à initier, n'était pas encore, aux yeux de beaucoup, "sec derrière les oreilles", si l'on me permet cette familiarité, pour diriger un Etat, au demeurant déjà bancal. Comme il se disait, en coulisse, même chez les légitimistes, que le costume royal paraissait trop lourd pour le frère du défunt et beaucoup trop large pour son neveu, tous les "républicains de coeur" (les socialistes, les écologistes et beaucoup de libéraux) n'avaient plus guère de motifs de rester "royalistes de raison" d'autant que trois ans plus tôt, le défunt leur avait fait un coup de Jarnac en leur tournant le dos après qu'ils eussent voté la loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse. J'ai donc imaginé que la classe politique allait, presqu'à l'unisson, glisser vers la modernité et voter séance tenante une loi qui aurait eu un unique article : "Les pouvoirs constitutionnels du roi seront exercés par le Conseil des ministres jusqu'à l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution qui instaurera la République". Et pourtant, aucun politique n'a osé proposer un changement de régime, même en douce, car le battage médiatique (au creux de l'été, un décès "people" est toujours une aubaine pour les journalistes) a poussé dans la rue des dizaines de milliers de belges larmoyants et leur donna à penser que le glissement vers la république eût été, à ce moment en tout cas, inconvenant. Du coup, même les plus courageux ont eu peur pour leur avenir si leur plan échouait et c'est gros-jean comme devant que se sont retrouvés les républicains.Jean-Luc Dehaene et Melchior Wathelet mirent l'émotion collective à profit pour vaincre l'indolence du prince Albert et le hisser sur le trône. On connait la suite.