"La grosse mobilisation nationale est annoncée depuis le début de la semaine. On ne voulait pas que les policiers sortent de leur base car c'est cette unité qui tire à balles réelles sur le peuple, qui envoie les grenades lacrymogènes alors qu'on demande juste à être respecté" a déclaré à l'AFP Steven Edgard, un manifestant. "Maintenant on prend de quoi améliorer nos maisons, parce qu'on n'en peut plus d'être trempés dès qu'il pleut" a-t-il ajouté. Les habitants de Cité Soleil, quartier le plus pauvre de la capitale, s'affairaient en effet dans la matinée à récupérer des tôles des toits et des planchers des bâtiments du commissariat attaqué plus tôt dans la journée. Légèrement incommodés par le gaz lacrymogène présent dans l'air - un stock de grenades ayant été incendié plus tôt - les riverains ont aussi récupéré du mobilier, ainsi que des équipements de protection de policiers, absents des lieux. Dans le reste de la capitale, sur les principaux axes, des groupes de jeunes empêchaient tout passage de véhicule, à l'aide d'imposantes barricades. De nombreuses manifestations ont secoué Haïti pendant la semaine, la rue n'ayant pas été convaincue par la "trêve" proposée par le président Jovenel Moïse. Gangrenée par plusieurs scandales de corruption contre laquelle la jeunesse manifeste régulièrement depuis plus d'un an, Haïti s'enfonce dans la crise politique: le pays ne dispose que d'un gouvernement démissionnaire depuis six mois et les élections locales et législatives prévues fin octobre n'auront pas lieu, faute de vote sur la loi électorale. (Belga)